"Une montagne Disneyland" : polémique autour d'une piste artificielle, permettant de skier sans neige, prévue dans une zone Natura 2000

Une piste artificielle de ski pourrait voir le jour dans la station d'Artouste dans les Pyrénées après l'accord de subventions par la région Nouvelle-Aquitaine. Si ce projet vise à pallier le manque de neige en évitant l'utilisation de canons, les élus écologistes pointent des conséquences sur l'environnement.

Le projet cristallise déjà les tensions : une piste de ski artificielle de 200 mètres de long, 15 de large, praticable toute l'année dans la vallée d'Ossau. Pour la station pyrénéenne d'Artouste-Laruns, privée de neige une grande partie de l'hiver, cette "diversification d'activités" présente un intérêt économique considérable, notamment en ce qui concerne "la préservation de l'emploi". Mais l'implantation de cette piste artificielle "à proximité d'un site classé et dans une zone Natura 2000" inquiète les élus écologistes qui voient d'un mauvais œil la participation de la région Nouvelle-Aquitaine à son financement.

Dérèglement climatique

En effet, lundi 13 mai, la région a voté favorablement pour subventionner le projet à hauteur de 75 950 euros, sur un montant total de 372 000 euros. "Une honte" selon le conseiller régional écologiste Stéphane Trifiletti. "Ce n'est pas le modèle que nous souhaitons pour nos belles vallées pyrénéennes qui font partie des endroits les plus impactés par le réchauffement climatique, dénonce-t-il. En pleine zone Natura 2000, on fait ce qu’on ne doit pas faire. Au lieu de protéger ces zones et les aménager de manière durable, on les déménage et on met du synthétique." 

Pour le directeur de la station pyrénéenne, cette nouvelle piste constitue, au contraire, un virage vers la transformation d'un modèle qui n'est plus viable. "On est des victimes du changement climatique et on est conscient qu'il faut économiser de l'eau et de l'électricité, indique Jean-Christophe Lalanne. On a souhaité ne pas développer de la neige de culture artificielle."

Cette année, on n'a pas proposé de ski, ni en décembre, ni en janvier. Il a fallu attendre fin février pour commencer. Il faut transformer nos modèles,

Jean-Christophe Lalanne

directeur général de la station

Selon lui, la création d'une piste totalement artificielle, où le revêtement provenant d'Italie, fait "à partir de matières recyclées" est l'alternative idéale pour éviter l'utilisation de canons à neige et permettre le développement d'un tourisme quatre saisons. "Ce revêtement est perforé et l'herbe pousse au travers, tous les microorganismes continuent à se développer dessous", tient-il à préciser.

"Green washing"

Les élus écologistes, quant à eux, pointent un "green washing". "On n'a aucune traçabilité réelle, et dans le process de recyclage du plastique, on doit quand même réinjecter du plastique. C'est un mythe", répond Stéphane Trifiletti, vice-président du groupe. Dans un communiqué, les Verts appellent à la mise en place d'une étude environnementale. "Cette piste risque de perturber fortement les écosystèmes fragiles environnants", écrit Jean-François Blanco, conseiller régional des Pyrénées-Atlantiques.

On est face à un choix de société par rapport à l’aménagement de la montagne. Que veut-on d’elle ? Une montagne qui soit Disneyland avec des manèges, une clientèle déterritorialisée, ou est-ce qu’on promeut un tourisme ancré dans les territoires ?

Stéphane Trifiletti

conseiller régional écologiste

Cette piste artificielle suffira-t-elle à compenser le déficit de neige dans la station ? "Non", selon les écologistes qui peinent à y voir un modèle économique viable. "Cette station, même quand il y avait de la neige, était structurellement déficitaire au niveau économique. On n’arrive pas à fidéliser une clientèle qui skie sur la neige, alors sur du plastique ?"

Des pistes artificielles de ski existent déjà sur le territoire. C'est le cas dans le Pas-de-Calais par exemple, où la station de Nœux-les-Mines a été la première d'Europe à développer le ski toute l'année. Si le projet voit le jour dans les Pyrénées, le démarrage de la piste devrait se faire à l'horizon 2025. Il a déjà reçu l'avis favorable de la commission nationale des sites.