Valéry Giscard d'Estaing, ses campagnes en Aquitaine, sa rivalité avec Jacques Chaban-Delmas

Retour sur les moments forts des visites de l'ancien Président de la République sur les terres du sud-ouest à Pau, Bayonne, Agen, Libourne ou Bordeaux. Et sur sa rivalité avec Jacques Chaban-Delmas. Les deux hommes étaient tous deux candidats à la présidentielle de 1974
Valéry Giscard d'Estaing, ministre des Finances, inaugure la 43e foire exposition de Bordeaux aux côté de Jacques Chaban-Delmas le 13 juin 1964. 10 ans plus tard les deux hommes seront candidats rivaux aux élections présidentielles
Valéry Giscard d'Estaing, ministre des Finances, inaugure la 43e foire exposition de Bordeaux aux côté de Jacques Chaban-Delmas le 13 juin 1964. 10 ans plus tard les deux hommes seront candidats rivaux aux élections présidentielles © INA
Valéry Giscard d'Estaing est décédé mercredi soir des suites de la covid-19 à 94 ans, entouré de sa famille, dans sa demeure du Loir-et-Cher. Les réactions à la disparition de l'ancien chef d'Etat français, profondément européen et fondateur de l'UDF, sont nombreuses.

En Aquitaine, François Bayrou a salué l'homme auprès duquel il a fait ses débuts en politique et avec lequel il s'est battu pour défendre un mouvement de centre-droit.
 

Présidentielle de 1974 : la rivalité avec le maire de Bordeaux 


En avril 1974, seulement deux jours après le décès soudain de Georges Pompidou, Jacques Chaban Delmas, maire de Bordeaux et ancien premier ministre, se présente aux élections présidentielles anticipées. Il veut porter son projet de société nouvelle avec, notamment, l'ambition de réconcilier patronat et travailleurs. 

Valéry Giscard d'Estaing part lui aussi, de son côté, en campagne, avec le soutien de Jacques Chirac désigné fils spirituel et politique de Pompidou. Il prône le changement dans la continuité et veut fédérer les non gaullistes et le centre droit. 
 
VGE en campagne à Bayonne le 30 avril 1974 pour les élections présidentielles anticipées suite au décès de Georges Pompidou
VGE en campagne à Bayonne le 30 avril 1974 pour les élections présidentielles anticipées suite au décès de Georges Pompidou © INA


Le politologue bordelais Jean Petaux rappelle le contexte : "Jacques Chaban Delmas se déclare très tôt, ce qui lui sera reproché. Il veut en quelque sorte préempter la candidature à droite et au centre. Il va y avoir une succession de coups tordus, la droite se déchire. Chirac choisit Giscard. Et en moins d'un mois le 1er tour est plié".
 
Disparition de Valéry Giscard d'Estaing : sa rivalité avec Jacques Chaban Delmas

 Jacques Chaban Delmas sera éliminé au 1er tour ne réussissant à rassembler que 15,11% des suffrages contre 30,62% pour VGE. Ce dernier sera élu face à François Mittérand au second tour avec 50, 81% des voix.

"Ce sont deux personnalités très différentes" poursuit Jean Petaux, "Chaban était premier ministre entre 1969 et 1972 avec un programme audacieux, la nouvelle société, mais Valéry Giscard d'Estaing était 100 coudées au-dessus en terme de méthode et de volonté d'y arriver. On avait en quelque sorte d'un côté le coeur et la passion avec Chaban et de l'autre la raison, la méthode et parfois un peu la froideur de VGE".
 
Le politologue bordelais Jean Petaux revient sur la rivalité Giscard/Chaban aux élections présidentielles de 1974

1979 : tournée de 3 jours du président Giscard en Aquitaine

Il faudra attendre 5 ans, après son élection, pour que VGE retourne sur les terres du sud-ouest.

Il se rend d'abord en Lot-et-Garonne, en mai, à Agen mais aussi dans un petit village de campagne. Il échange avec une institutrice de l'école communale en charge de 12 élèves. Dans les images conservées par l'INA on aperçoit également sa jeune épouse Anne-Aymone.
 
Valery GISCARD D' ESTAING en visite dans le Lot et Garonne en mai 1979 ©INA


Puis entre le 4 et le 6 octobre 1979, deuxième voyage officiel en Aquitaine largement commenté par les médias.

Première étape à Agen où il évoque les "difficultés que traverse la France" et qu'elle "surmontera". Le pays est alors touché par la crise, le chômage et l'inflation."Je souhaite que chacun comprenne que notre intérêt à tous c'est de se serrer les coudes dans le respect de ce que nous sommes, un pays démocratique et républicain où chacun à le droit de s'exprimer, de critiquer et de proposer". 
 
VGE en voyage officiel à Agen. ©INA


Le 5 octobre, il se rend à Pau où il veut s'afficher avec le maire socialiste André Labbarrère. Les deux hommes font face à une manifestation de syndicats et partis de gauche à leur sortie de l'hôtel de ville, place Royale où des échauffourrées éclatent avec la police. Les slogans : "non à l'austérité", "liberté d'expression". 
 
Le 5 octobre 1979, échauffourées place Royale à Pau alors que le président Valéry Giscard d'Estaing rencontre le maire PS André Labarrère
Le 5 octobre 1979, échauffourées place Royale à Pau alors que le président Valéry Giscard d'Estaing rencontre le maire PS André Labarrère © INA
 
Valéry Giscard d'Estaing et le maire socialiste de Pau André Labarrère le 5 octobre 1979. Une rencontre pour renforcer son idée "qu'il n'est de peuple fort que rassemblé".
Valéry Giscard d'Estaing et le maire socialiste de Pau André Labarrère le 5 octobre 1979. Une rencontre pour renforcer son idée "qu'il n'est de peuple fort que rassemblé". © INA

Ce même 5 octobre, le Président se rend à Salles en Gironde, puis à Libourne auprès de Robert Boulin ("visite considérée comme un signe selon lequel R. Boulin pourrait succéder à Raymond Barre à Matignon, mais le corps de R. Boulin est retrouvé sans vie dans un étang de Rambouillet le 30 octobre" précise Jean Petaux) et St Emilion avant de terminer sa journée à Bordeaux où il retrouve Jacques Chaban Delmas.

"Il dîne au Palais-Rohan où il retrouve Jacques Chaban Delmas pour la première fois depuis sa défaite au premier tour de la Présidentielle de 1974" commente Jean Petaux. Le maire de Bordeaux "a pu reconquérir le « Perchoir » et la présidence de l’Assemblée nationale lors des Législatives de 1978. Il semble réconcilié avec VGE. Les Bordelais non. En 1981, à Bordeaux au second tour de la Présidentielle, Mitterrand est devant VGE".
 
Giscard et Chaban, les "retrouvailles" au Palais Rohan, la mairie de Bordeaux, 5 ans après les tensions de la présidentielle
Giscard et Chaban, les "retrouvailles" au Palais Rohan, la mairie de Bordeaux, 5 ans après les tensions de la présidentielle © F.Ducasse

Ces journées passées en Aquitaine seront placées sous le signe d'un appel au dialogue avec l'opposition.
 
0:18 / 1:07 Visite présidentielle en Aquitaine d'octobre 1979 : le reportage de Paul Amar pour Antenne 2 ©INA

L'ère UDF


Valéry Giscard d'Estaing reviendra en 1981 dans le sud-ouest, à Bayonne, pour un meeting avant les présidentielles qu'il perdra face à François Mitterrand. 
 
VGE en meeting à Bayonne pour la présidentielle de 1981 soutenu par Jacques Chaban Delmas
VGE en meeting à Bayonne pour la présidentielle de 1981 soutenu par Jacques Chaban Delmas © INA
VGE en meeting à Bayonne en mai 1981 soutenu par Jacques Chaban Delmas
VGE en meeting à Bayonne en mai 1981 soutenu par Jacques Chaban Delmas © INA

En juin 1989, il est de retour à Bordeaux, cette fois en campagne pour les européennes. Jacques Chaban Delmas l'introduit lors du meeting avec cette phrase : "nous allons entendre Valérie Giscard d'Estaing, et à chaque fois que nous l'entendons, c'est à la fois un enseignement et un plaisir". VGE enchaînera avec une phrase en allemand.
 
INA meeting Giscard bordeaux chaban européennes juin 1989 ©INA

Trois ans plus tard, il reviendra dans le port de la lune pour présider les assises dela démocratie locale de l'UDF devant 1200 élus locaux.
 
VGE préside les Assises de la Démocratie Locale de UDF à Bordeaux le 2 février 1992 ©INA

 
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