A Châtellerault, on donne une seconde vie aux objets via une plate-forme en ligne

Avec l’idée de réduire le volume de déchets à retraiter, le site héberge les annonces de ceux qui donnent et de ceux qui cherchent.

© John Angelillo - MaxPPP
La communauté d’agglomération du Grand Châtellerault a mis en place une plateforme en ligne pour redonner une seconde vie aux objets jusqu’à présent voués à la benne.

Un vélo d’appartement, un lit, un jeu de création de bougies déjà utilisé (mais il reste de quoi faire quelques bougies), un livre-photo sur la Bretagne, deux sacs aspirateurs microfibres, un globe terrestre interactif …
Mis en ligne il y a un mois, « Par ici la récup » (www.par-ici-la-recup.fr) totalise actuellement une soixantaine d’annonces actives. Agat a ainsi récupéré des chaises de jardin récemment. « Sans aucune contrepartie. Ce qui est intéressant c’est que c’est du don. Vraiment. Pur et simple ». Elle renvoie aujourd’hui l’ascenseur en proposant une table de mixage (l’adaptateur est HS) et un enregistreur numérique.

« J’ai l’habitude de donner aux organisations caritatives, mais comme c’est du matériel spécifique, j’ai peur que, noyé dans le bric-à-brac d’Emmaüs, ça ne trouve pas preneur. Et je veux que ça serve. Le réemploi c’est ce qu’il y a de plus logique. Eco - logique. Là je propose même une petite prise en main du matériel que je donne. Disons que c’est une entraide entre musiciens. Mais du coup, on peut même rencontrer des gens par ce biais-là. On a tout à y gagner. »

Agat, habituée désormais de « Par ici la récup »

L’utilisation de la plateforme est d’une simplicité déconcertante

Il suffit de rentrer son code postal, et vous accédez aux annonces proposées, avec à chaque fois la distance qui vous sépare l’objet convoité, un rapide descriptif et quelques photos. Il ne vous reste plus qu’à laisser un message à son propriétaire actuel pour organiser la passation de pouvoir.
En charge du projet, Fabien Le Puil est satisfait du démarrage de la plateforme. « C’est pas mal. Ça commence à bien fonctionner.  Sachant que c’est du don, les gens viennent chercher et donner beaucoup plus facilement. Et les échanges se font de manière assez instinctive ».
Mais au-delà de la convivialité, l’objectif recherché par le Grand Châtellerault est beaucoup plus terre à terre.

« Depuis plusieurs années que les déchetteries ont été mises en place, la part de déchets recyclés ne cesse d’augmenter, jusqu’à égaler aujourd’hui le volume d’ordures ménagères. Donc les déchetteries ça fonctionne très très bien. Ça fonctionne même un peu trop puisque maintenant qu’on a beaucoup de déchets, notre nouveau challenge c’est d’arriver à les réduire ».

Fabien Le Puil, chargé de mission économie circulaire

Pas si nouveau que cela, car depuis 2006, la communauté d’agglomération organise la vente de composteurs individuels aux particuliers, permettant ainsi de faire baisser le volume de sacs noirs de 3%. Un début.

Il y a 3 ans, un nouveau cap est franchi.

Début 2018, le Grand Châtellerault s’engage dans un « Contrat d’objectif économie circulaire » avec l’ADEME (Agence De l’environnement et de la Maitrise de l’Energie). Parallèlement elle crée les Gratiférias. Des zones de dons sont ainsi aménagées dans les déchetteries, et les agents sont invités à faire de la pédagogie. Repérant les objets que les gens s’apprêtent à jeter, ils leurs expliquent que ce n’est pas à proprement parler un déchet, et qu’il peut être réutilisé. Le fruit de la collecte menée dans les sept déchetteries du territoire, est ensuite présenté au public, qui se sert. Ce sont ainsi 6 tonnes d’objets qui sont revalorisés en trouvant preneur durant le week-end de l’événement, soulageant d’autant la benne « tout venant » des déchèteries. Et l’opération se répète chaque année, parfois plus.
Lors de la Gratiféria 2019
Lors de la Gratiféria 2019 © Nicolas Mahu - Grand Châtellerault
Forts de l’expérience de Gratiférias, « on cherchait à étendre ce service de réemploi via une plateforme en ligne » m’explique Fabien Le Puil. C’est le moment que choisit Ecomairie pour apparaitre dans le paysage. « Ce prestataire est vraiment très bien tombé ».
Car un peu partout en France, des villes, des communautés urbaines et autres regroupements de communes sont tous confrontés au même problème de saturation de leurs déchetteries, et s’efforcent d’y apporter des solutions. C’est dans cette optique que du côté de Dunkerque, le maire de Grande-Synthe contacte Laurent Marquant.
 

« Nous sommes en 2015 et à l’époque j’avais créé Ecobrico, le site de partage des restes de chantier. Il m’a dit « ton outil est super, mais la problématique est bien plus large ». Et après m’avoir invité à suivre un ramassage d’encombrants sur sa commune, il m’a demandé de réfléchir pour adapter mon site à sa ville. C’est ainsi qu’est né Ecomairie, une co-construction avec la ville de Grande-Synthe, en partenariat avec Dunkerque Métropole. Le site a été commercialisé en janvier 2016, et Châtellerault a été la première collectivité à se manifester ».

Laurent Marquant, co-fondateur d’Ecomairie.

Suivie depuis par de nombreux autres : Mulhouse, Lille, Rennes …. Ce ne sont pas moins de 70 villes qui sont aujourd’hui équipées de la plateforme en ligne, dimensionnée sur mesure à leurs problématiques spécifiques. En Nouvelle Aquitaine, Limoges et Brive-la-Gaillarde viennent de les rejoindre, et la ville de Saintes ne devrait pas tarder à les imiter.
Du coup, on peut avoir un peu de recul sur les perspectives qu’offre le site. Ainsi à Dunkerque, un an et demi après sa mise en service, il totalisait près de 5.000 annonces. Autant dire que la soixantaine d’objets qui se bousculent sur le tout jeune site châtelleraudais devraient se multiplier avant longtemps.
© Grand Châtellerault

 
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