Vienne. L’éleveur de chèvres Guillaume Poinot lance un appel pour sauver son exploitation

Guillaume Poinot - éleveur de chèvres à Surin (86) / © France Télévisions
Guillaume Poinot - éleveur de chèvres à Surin (86) / © France Télévisions

Après la publication de notre vidéo « témoignage », sur les difficultés que rencontre l’éleveur de chèvres, Guillaume Poinot, de très nombreux messages de soutien lui ont été adressé. Cet agriculteur a décidé d’ouvrir une cagnotte afin de le soutenir.

Par Lionel Gonzalez

Nous avions rencontré Guillaume Poinot, éleveur de 130 chèvres à Surin (Vienne), mercredi dernier. Lors de notre reportage, il racontait les difficultés à subvenir au quotidien. Cet éleveur de chèvres est en redressement judiciaire depuis 2015 et cela va le poursuivre jusqu’en 2030. Date à laquelle il devra s’acquitter de ses dettes, d’un montant de 430.000 euros. Au quotidien, cette situation est extrêmement pesante, pour lui et sa famille.

Aujourd’hui, c’est ma femme qui me loge, qui m’habille, qui me nourrit, et qui fait face à tous les besoins du foyer.
- Guillaume Poinot, éleveur de chèvres à Surin (86).

Une cagnotte pour l’aider à s’en sortir

Après la diffusion de son témoignage, de nombreux internautes se sont émus de son histoire. Certains lui demandent alors comment ils peuvent l'aider et pourquoi pas, contribuer via une cagnotte en ligne. C'est pour cela que, cette fois, Guillaume Poinot a décidé de demander de l’aide, non pas aux administrations ou aux banques, mais à toute personne concernée par sa situation. Il a donc ouvert une cagnotte en ligne afin de le soutenir, lui, sa famille et son exploitation.
Dans une vidéo que nous avons publiée sur nos réseaux sociaux, les internautes se sont émus de sa situation et lui envoient de nombreux messages de soutien.

En redressement judiciaire depuis 2015, il en a jusqu’en 2030

Guillaume Pionot ne voit pas trop d’issue à sa situation. Il ne voit aucune perspective d’avenir.
Il explique que quand il a repris son exploitation en 2014, il a rapidement connu des difficultés à cause de la hausse du prix de la nourriture (pour ses chèvres). Il a ensuite été placé en redressement judiciaire, avec un endettement de 430.000 euros. A ce jour, il a honoré deux échéances et demie. La troisième ne l’est pas en totalité. Aujourd’hui, il lui reste encore à payer 300.000 euros.

Jusqu’en 2030, je vais travailler, juste pour payer des dettes. Je n’ai aucun revenu. Aujourd’hui, c’est ma femme qui me loge, qui m’habille, qui me nourrit, et qui fait face à tous les besoins du foyer.
Je suis un esclave moderne du système.
- Guillaume Poinot, éleveur de chèvres à Surin (86).

Une vie de famille bouleversée

L’éleveur raconte qu’il vit jour et nuit pour son exploitation, qu'il est seul à gérer. Il ne peut pas se permettre d’embaucher un employé. Il raconte que lorsqu’il est de retour à la maison, il n’est pas réellement présent.

Même à table, j’écoute ma femme et mes enfants, mais je les entends pas. Mon esprit est ailleurs.
- Guillaume Poinot, éleveur de chèvres à Surin (86).

Au bout du rouleau ?

J’aime ma femme et mes enfants. Le matin quand je pars, ma petite dernière me dit "je t’aime papa". Mais je sais bien qu’à force de ramener cela à la maison, c’est plus vivable.
- Guillaume Poinot, éleveur de chèvres à Surin (86).


En 2015, il y a eu 736 suicides dans le monde paysan.

Par respect pour ma femme et mes enfants, je ne ferai pas partie de ceux qui se donneront la mort. Par contre il n’est pas impossible que je fasse des choses dramatiques moi aussi. On n’est pas coupable, mais on est victime de ce qui nous arrive.
- Guillaume Poinot, éleveur de chèvres à Surin (86).

Des commandes minimales et des factures qui s’accumulent

En ce moment je commande le minimum, par lot de trois tonnes. Alors qu’avant, je commandais par lot de 12, 15 ou 18 tonnes (pour bénéficier de remise). Mais en ce moment, j’ai une double sanction, car je dois payer à l’avance, et je ne bénéficie pas de remise.

Un engagement syndical pour revendiquer, dire et dénoncer

Guillaume Poinot explique que ce qui donne du sens à ce qu’il fait aujourd’hui, c’est aussi son investissement dans le syndicat caprin ou dans la coordination rurale. Car cela permet de ne pas rester enfermé chez soi.

Je n’ai pas la prétention de changer le monde, mais au moins d’y contribuer, et aussi de préparer l’avenir. On est aussi là pour garantir la pérennité des filières, des structures, du monde agricole, de la paysannerie.
- Guillaume Poinot, éleveur de chèvres à Surin (86).

En France, 10% des exploitations de la filière agricole disparaissent chaque année. Cela représente 10.000 exploitations.

Une association de soutien aux agriculteurs en détresse

L’association Solidarité paysans Poitou-Charentes vient en aide aux agriculteurs qui en font la demande. Des bénévoles se rendent alors chez l’exploitant afin de discuter et comprendre les difficultés afin de l’accompagner dans ses démarches auprès des créanciers, tribunal ou autre mandataire judiciaire.

« Au nom de la terre », un film qui rend hommage au monde paysan

Ce film sorti sur les écrans le 25 septembre dernier raconte la vie de Christian, le père d’Edouard Bergeon, un agriculteur confronté au système et en proie à d'énormes difficultés financières. Il finira par se suicider... C’est un premier long métrage du réalisateur poitevin Edouard Bergeon.
Au nom de la terre - Réal. : Edouard Bergeon / © Nord-Ouest Films
Au nom de la terre - Réal. : Edouard Bergeon / © Nord-Ouest Films

 

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