Université du Futur : l’intelligence artificielle au coeur des débats en Nouvelle-Aquitaine

Nicolas Bouzou, sociologue et essayiste à la tribune de l'Université du Futur au TAP de Poitiers, le lundi 28 mai / © France 3 Poitou-Charentes - C. Roland
Nicolas Bouzou, sociologue et essayiste à la tribune de l'Université du Futur au TAP de Poitiers, le lundi 28 mai / © France 3 Poitou-Charentes - C. Roland

La région Nouvelle-Aquitaine a organisé ce lundi 28 mai une série de débats sur l’intelligence artificielle. Loin d’être hypothétique ou fictive, elle intègre chaque jour un peu plus notre vie. Parmi les thématiques abordées, la place dans la société et ses conséquences en médecine.

Par Coralie Roland

Plus de 400 personnes sont venues assister à la séance inaugurale de l’Université du Futur, qui s'est tenue au Théâtre Auditorium de Poitiers ce lundi 28 mai. Un espace d’échanges, de débats, autour de l’Intelligence Artificielle (IA). Que nous en soyons conscients ou pas, satisfaits ou pas, l’IA est aujourd’hui intégrée à notre quotidien. 

Pour commencer, nous avons demandé à Nicolas Miailhe de répondre à quatre questions sur l'IA. Il est chercheur sur l'intelligence artificielle, co-fondateur de "the Future Society" et de "The AI Initiative" à Harvard.

L'IA est pour beaucoup d'entre nous associé à une image négative. Destructrice d'emplois, de convivialité, de libre arbitre, elle serait source ou conséquence d'une société qui décline. Ces débats doivent aider les citoyens à prendre conscience de ce qu'est aujourd'hui l'IA dans leur quotidien et comment la faire sienne pour ne pas la subir, ou subir la loi de ceux qui la conçoivent. C'est ce que nous expliquait le conseiller régional François Vincent lors d'un entretien avant ces conférences.

L’intelligence artificielle ne nous enlèvera pas la philosophie, l’empathie et la créativité.


Cette affirmation d'Alain Rousset, président de la Nouvelle-Aquitaine, dans son propos intriductif, a été confirmée quelques minutes plus tard  par le sociologue et essayiste Nicolas Bouzou. Selon lui, il y a trois domaines dans lesquels l’IA ne pourra pas supplanter l’humain : la créativité, l’interaction sociale (l'empathie) et la capacité à avoir une vision globale, systémique des choses. L'occasion pour lui d'adresser un "message aux étudiants ou à leurs parents : "Faites des spécialistes peut-être mais des spécialistes et des généralistes en même temps. Nous avons besoin de gens qui ont des visions systémiques".

Plusieurs personnalités, parmi les plus pointues dans leur spécialité, ont participé à ces échanges. Parmi elles, Antoine Petit, président du CNRS. "Je suis de ceux qui ne croient pas que l'IA va remplacer l'homme dans l'ensemble des tâhes qu'il accompplit. elle va peut-être le remplacer sur les tâches les moins intéressantes. Je pense que le futur, c'est la coopération entre cette intelligence artificielle et l'homme au sens large. Pour cela, c'est important que la société comprenne bien les enjeux, qu'elle soit agile, qu'elle soit réactive, et que dans un institut comme le CNRS, on sache faire bien sûr de la recherche en mathématiques et en informatique, ce qui est essentiel à avoir l'IA, mais qu'on sache aussi conduire des recherches qui incluent les sciences humaines et sociales, les sociologues, les anthropologues, les géographes, les historiens. Cela pour faire en sorte que cette intelligence artificielle, les gens n'en aient pas peur, comprennent que c'est à eux de la dominer et de l'adapter à leurs valeurs et à leur culture."
 
qu'est-ce-qu'on en fait de toutes ces données ?
L'intelligence artificielle s'est invitée aussi dans un partie de notre vie par la médecine. En fait, nombre de données sont collectées, que nous en soyons conscients ou pas. il y a ces applications de téléphones portables qui permettent de suivre l'évolution d'une courbe de poids, le nombre de pas réalisés en une journée ou encore l'évolution de votre rythme cardiaque. Tout ceci n'est que données, "le fuel de l'intelligence artificielle" selon François Vincent, conseiller régional délégué à l'Université du Futur et pneumologue au CHU de Limoges. "Et qu'est-ce-qu'on en fait de toutes ces données ?" reste une question essentielle. 

Le professeur Corvol, membre honoraire du Collège de France, dont les travaux ont fait avancer de manière considérable le traitement contre l'hypertension, décrit une médecine 3P qui s'ajoute un nouveau P : Prédictive, Préventive, Prédictive et maintenant Participative. Tant le patient est lui-même en mesure d'apporter des informations complémentaires au soignant grâce à l'IA. Et d'ajouter : "Il va falloir changer l’enseignement médical en conséquence".

Reste une question (et tant d'autres à bien y regarder) : la bioéthique dans tout cela. Alain Claeys, maire de Poitiers, a longtemps travaillé  sur ces questions lorsqu'il était député au sein de l'Assemblée nationale. Pour lui, "la médecine personnalisée (chercher un médicament bien précis à partir d’une analyse du génome, ndlr) est un sujet central. Cela va modifier profondément les rapports entre le médecin, le chercheur et le patient. Autre point crucial : la médecine prédictive. C’est un sujet qui se posera à un moment ou un autre".

Le champ des questionnement, des prises de position et des choix de société à établir est encore très vaste : l'Université du Futur s'est déjà donnée deux nouveaux rendez-vous en Nouvelle-Aquitaine pour en débattre : en septembre à Bordeaux pour le salon de l'innovation Novaq et à Limoges en novembre autour de la culture.
 

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