Il y a 100 ans, Jean Jaurès mourait assassiné rue Montmartre

Discours de Jaurès au Pré-Saint-Gervais (25 mai 1913)
Discours de Jaurès au Pré-Saint-Gervais (25 mai 1913)

Il y a 100 ans, Jean Jaurès dînait au Café du Croissant, à deux pas de la rédaction du journal l’Humanité, quand un coup de feu fut tiré. Atteint à la tête, il s’effondre sur la table et n’écrira jamais ce dernier article en faveur de la paix, à quelques heures de la Première Guerre Mondiale.

Par Emilie Ton

Début juillet 1914, l’attentat de Sarajevo fait la une des journaux. Pourtant, personne ne s’attend à ce que la paix soit menacée. En l’espace de quelques jours, la situation se tend. Jean Jaurès, personnalité politique, décide de mobiliser l’International socialiste pour tenter d’enrayer la dérive de l’Europe vers la guerre.

« Il n’y a plus qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c'est que le prolétariat rassemble toutes ses forces (pour écarter) l'horrible cauchemar »
(Jean Jaurès, 25 juillet 1914)

Les jours suivants, les manifestations pour la paix se multiplient en France et dans le reste de l’Europe. Le 31 juillet au matin, il est déjà trop tard. La Russie a déjà commencé à mobiliser son armée.

L’espoir d’éviter la guerre, balayé de deux balles

A 21h40 ce même jour, Jean Jaurès dîne rapidement au Café du Croissant dans le 2e arrondissement de Paris. La rédaction d’un article urgent pour l’Humanité l’attend : dans un dernier élan d’espoir, il souhaite stopper la guerre qui semble imminente. Sans même le voir venir, Jaurès est abattu de deux balles dans la tête.

Le tueur est arrêté sur place. Il s’agit de Raoul Villain, un militant nationaliste de 29 ans et membre de la Ligue ultranationaliste des Jeunes amis de l’Alsace-Lorraine, pour qui Jaurès était « un traitre » qui devait être puni « J’ai le sentiment du devoir accompli », déclare t-il pendant son interrogatoire.

La nouvelle bouleverse l’opinion publique qui voit en Jaurès un rempart contre la guerre. Bientôt, l’annonce de sa mort est balayée par un autre événement : la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France le 3 août.

Au lendemain de l'assassinat de Jean Jaurès, la France craint le pire. / ©
Au lendemain de l'assassinat de Jean Jaurès, la France craint le pire. / ©

Icône du socialisme français

Icône d’un socialisme humaniste et pacifiste en France depuis un siècle, Jean Jaurès est né en 1859 à Castres (Tarn) au sein d’une famille de petits paysans dont certains membres sont amiraux. Très vite, il s’en distingue. Il est brillamment reçu premier au concours de l’Ecole normale supérieure et devient agrégé de philosophie. 

Professeur à Albi et à Toulouse, il n’a que 25 ans lorsqu’il interrompt sa carrière dans l’éducation pour se présenter à la députation du Tarn. Il est immédiatement élu sous une bannière républicaine. C’est alors le plus jeune député de France. Ce n’est qu’en 1893, quatre ans après sa première défaite, qu’il prend l’étiquette socialiste et est élu à Carmaux, poste auquel il est réélu jusqu’à sa mort.

Son plus haut impact politique reste tout de même son implication dans le Parti socialiste français, dont il participe à la fondation. En 1908, après huit heures de discours, il parvient à faire adopter sa motion de synthèse au congrès de Toulouse de la SFIO, devenant ainsi le patron du socialisme français.

Une vie de combat

Personnalité affirmée, Jean Jaurès n’hésite pas à se battre lorsqu’on lui cause du tort. En 1894, il affronte le ministre Louis Barthou, qui l’a traité de menteur, dans un duel au pistolet. En 1904, il affronte le nationaliste Paul Deroulède qui l’accuse « d’être un corrupteur de la conscience publique ». Mais très vite, il laisse tomber la violence physique pour combattre dans les colonnes.

Jaurès est convaincu de la l’impact qu’a la presse sur l’opinion publique. Il commence à écrire pour des journaux locaux, notamment « La Dépêche » à Toulouse, et en devient un des éditorialistes vedette. Mais bientôt, cela ne lui suffit plus. En 1904, il décide de fonder son propre journal : l’Humanité. Il restera à la tête du journal jusqu’au 31 juillet 1914.

Centenaire de la mort de Jean Jaurès : un événement national

Le 31 juillet 2014, la France entière commémorera l’assassinat de Jaurès. 

Dès 8h15, un hommage sera rendu à la Taverne du Croissant (autrefois Café du Croissant où Jean Jaurès fut assassiné). A 9h15, le président de la République François Hollande s’exprimera sur l’événement. Le discours sera suivi de la cérémonie de la municipalité de Paris à 9h45. A 11h, ce sera le tour du rendez-vous de L'Humanité, avec une allocution de Patrick Le Hyaric, directeur du journal. Enfin, à 11h45, le Parti Socialiste appelle au rassemblement.

Autres événements :

Au Panthéon, dès 11h30
L’exposition, présentée jusqu’au 11 novembre, orchestre les temps, les images, les textes. Un parcours emmène le visiteur de l'époque de sa mort à "l'année Jaurès", cent ans plus tard. A l’occasion du centenaire, l’exposition sera commenté au public de 11h30 à 13h (plus d'informations ici).

A Montreuil (93) à 18h
Dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale, la ville de Montreuil commémore le centenaire de l’assassinat de Jean Jaurès le 31 juillet 1914. La cérémonie précédera le vernissage de l’exposition consacrée au parcours du grand homme et un apéritif littéraire (plus d'informations ici).

Ailleurs en France
A l’occasion du centenaire, des événements sont organisés partout dans l’Hexagone. Retrouvez la carte des événements ici.

Sur le même sujet

A Versailles, le quartier des Chantiers entièrement rénové

Les + Lus