Un an après l'arrivée des migrants à Forges-les-Bains, le village reste divisé

Le centre d'accueil des migrants de Forges-les-Bains (Essonne). / © MARTIN BUREAU / AFP
Le centre d'accueil des migrants de Forges-les-Bains (Essonne). / © MARTIN BUREAU / AFP

L'installation d'un centre d'accueil de migrants avait fait des vagues, à Forges-les-Bains, dans l'Essonne. Le commune de 3400 habitants été déchirée entre les pro et les anti. Un an après, le climat s'est apaisé, mais chacun reste campé sur ses positions.

Par France 3 Paris IDF (avec AFP)

"Franchement, on est plus emmerdé par les chiens qui aboient que par les migrants". Un an après l'incendie criminel d'un centre d'hébergement, le calme est revenu à Forges-les-Bains (Essonne) mais la foire d'empoigne entre habitants a laissé des traces. Salué par quelques Afghans sur le trottoir d'en face, Bernard Schmit, un habitant septuagénaire, le concède: "On cohabite, tout se passe bien". Avant d'ajouter: "J'imagine qu'on a dû les mettre au pas".

Un an après l'arrivée des migrants à Forges-les-Bains, le village reste divisé


Une réunion publique défouloir

Le 6 septembre 2016, le tranquille Forges-les-Bains se réveille sous le choc. Dans la nuit, l'ex-hôpital désaffecté destiné à héberger des migrants a été victime d'un incendie volontaire. Deux jours plus tard, une réunion publique avec 700 participants vire au défouloir entre pro et anti centre d'accueil s'insultant sans s'écouter. La bourgade de 3.700 âmes, refuge campagnard aux portes de Paris pour cadres et familles, devient un symbole des crispations françaises face à la crise migratoire. Les semaines suivantes, d'autres petite villes comme Arès (Gironde) voient à leur tour leurs structures d'hébergement incendiées.


Dans le village, la réunion publique post-incendie est restée dans les mémoires. M. Schmit évoque un épisode "navrant", qualificatif largement repris par les Forgeois, qu'ils soient favorables ou opposés au centre ayant ouvert en octobre. "J'étais outrée par le comportement de certains", se souvient une autre habitante, Tonya Delanglet. Cette assistante de direction confie alors à son mari: "Si l'extrême droite passe ici aux élections, on se barre". 

91 places au lieu de 200

Un mois plus tard, le centre, réduit à 91 places au lieu de 200, ouvre ses portes à quelques encablures de l'école communale, occasionnant de nouveau une manifestation d'opposants s'inquiétant d'une concentration d'hommes juste à côté d'enfants. "On les croise, ils disent bonjour et ça s'arrête souvent là", constate aujourd'hui Mme Delanglet. "Pourtant, j'ai eu peur moi aussi: je comprenais les craintes des parents". La quarantenaire n'a pas eu à déménager : Marine Le Pen s'est classée quatrième à Forges au premier tour de la présidentielle, comme en 2012. Mais les dissensions dans son lotissement l'ont forcée à jouer la médiatrice entre voisins.

On les croise, ils disent bonjour et ça s'arrête souvent là



Sur l'artère principale, beaucoup requièrent l'anonymat pour évoquer le sujet. Certains rappellent "un contexte difficile" deux mois après l'attentat de Nice et peu avant le démantèlement de la Jungle de Calais, alors au coeur de l'actualité. D'autres estiment qu'on leur "a menti" et ont été mis devant le fait accompli, affirmant que l'État et la mairie de Paris, propriétaire du centre, s'étaient déjà entendus avant d'évoquer le projet. Ils jugent aussi que la maire sans étiquette de Forges a ensuite mal communiqué.

Forges-les-Bains n'est plus la même à cause d'un projet mal fichu


Chacun campe sur son opinion

"Personne n'a fondamentalement changé d'avis, mais les choses se sont apaisées", résume l'édile, Marie Lespert Chabrier. La vidéosurveillance installée pour l'ouverture du centre a été retirée, en l'absence d'incidents notables. "Forges-les-Bains n'est plus la même à cause d'un projet mal fichu", peste de son côté Sébastien Roger, membre d'un collectif d'opposants. "Jouer sur les valeurs, en opposant faussement les gentils aux méchants fascistes, ça a laissé des cicatrices".


Le collectif craint désormais que le centre, confié à l'association Emmaüs Solidarité pour deux ans, perdure au-delà. "Il est hors de question de prolonger ou d'attribuer le site à un autre gestionnaire de migrants", assure la préfète de l'Essonne, Josiane Chevalier. Emmaüs Solidarité regrette pour sa part "un faux départ, dû à un manque de pédagogie" mais après la tension des débuts, l'association reçoit plus d'offres de bénévoles qu'elle n'en a besoin pour assurer activités sportives et cours de Français.

De nombreux Afghans vivent à Forges depuis près d'un an, dans l'attente d'une réponse à leur demande d'asile. Du coup, le centre a accueilli depuis octobre 150 migrants et n'en a réorienté qu'une soixantaine alors qu'un pensionnaire devait normalement rester quatre mois maximum. Arrivé dès l'ouverture, Asif Qaderi n'a pas été perturbé par la manifestation sous ses fenêtres en octobre. "Plus tard, on est sorti pour expliquer qu'on n'était pas des terroristes. On vient d'Afghanistan à cause des talibans", dit l'homme de 25 ans, dans un français encourageant. Dans l'ancien hôpital, un bâtiment à la toiture détruite reste inoccupé. Un an après l'incendie, l'enquête n'a identifié aucun suspect, selon le parquet d'Evry.

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