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Face à la justice, les époux Balkany devront expliquer leur amour de l'argent

Les époux Balkany avec des membres de la police municipales à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 7 mai 2015. / © Bertrand GUAY / AFP
Les époux Balkany avec des membres de la police municipales à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 7 mai 2015. / © Bertrand GUAY / AFP

Les époux Balkany sont accusés d'avoir dissimulé plus de 13 millions d'euros de bien au fisc français dont deux villas au Maroc et dans les Caraïbes. Le procès des élus de Levallois-Perret s'ouvre ce lundi 13 mai.

Par Marc Taubert avec AFP

Politique, argent, et soupçons de corruption. Le procès qui s'ouvre ce lundi 13 mai, d'une durée de six semaines, promet d'être exceptionnel par sa durée et la personnalité des mis en cause. Patrick et Isabelle Balkany sont jugés par la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris pour "fraude fiscale", "blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée", et Patrick Balkany (maire de Levallois-Perret) pour "corruption passive" et "prise illégale d'intérêts".

Ils sont soupçonnés d'avoir dissimulé plus de 13 millions d'euros d'avoirs au fisc, en particulier deux luxueuses villas au Maroc et dans les Caraïbes
 

A la recherche de leur véritable patrimoine

Dans le viseur des juges, un patrimoine "occulte" estimé "au minimum" à 13 millions d'euros composé notamment de deux propriétés. La première, la villa Pamplemousse, se situe à Saint-Martin aux Antilles. Elle a été acquise en 1997 via une société suisse, mais acculée, Isabelle Balkany a reconnu en être la propriétaire. Elle a affirmé l'avoir acheté avec l'argent d'un héritage. Depuis 2004, c'est son époux qui en est le bénéficiaire.

La deuxième villa se situe à Marrakech, au Maroc. Le riad "Dar Gyucy" est la propriété de l'homme de confiance des Balkany, Jean-Pierre Aubry, qui détient le bien depuis 2010 via SCI marocaine elle-même détenue par une société panaméenne à son nom. Mais les juges d'instruction ont établi que la propriété revenait en fait aux Balkany qui en sont les "seuls bénéficiaires" où des peignoirs brodés aux initiales "PB" (pour Patrick Balkany) ont été retrouvés.
 

Accusations de corruption

L'enquête a été particulièrement longue et les magistrats accusent les Balkany de "blanchiment à grande échelle" entre 2007 et 2014. Selon les enquêteurs, le prix de vente officiel de la villa, 2,75 millions d'euros, a été payé par un homme d'affaires saoudien, Mohamed Al Jaber, alors que celui-ci négociait un super-projet immobilier à Levallois, ce qui constituerait donc un acte de corruption. Il aurait aussi prêté à trois reprises son jet privé pour le maire et son entourage, selon L'Express.

D'autre part, 2,5 millions d'euros de "dessous de table" ont été réglés via le compte singapourien d'une autre société panaméenne. De l'argent qui proviendrait d'une commission versée à Patrick Balkany par un industriel belge, George Forrest, contre son aide pour un contrat minier en Namibie, ce que nie M. Balkany.

L'enquête a aussi mis au jour les fortes sommes en liquide utilisées par le couple, notamment plus de 87.000 euros payés dans une agence de voyages.

La justice a ainsi saisi le riad, le produit de la vente de la villa Pamplemousse et le moulin de Giverny, où résident les Balkany en Normandie.
 

"Véritable réseau de sociétés offshore"

D'où viennent l'ensemble des fonds ? Difficile à dire tant les juges estiment que Patrick Balkany a été "à la tête d'un véritable réseau de sociétés offshore" mis en place dès la fin des années 1980, quand son ancien compère Didier Schuller déposait en Suisse des fonds occultes du BTP destinés à financer le RPR.

Seule concession, le baron de la droite avait fini par admettre en 2016 avoir détenu des avoirs non-déclarés en Suisse, un héritage selon lui.

Les juges d'instruction avaient débuté leur enquête en 2013 après des révélations de Didier Schuller, un ancien allié du couple. Il estime avoir "joué les fusibles" et été "trahi" par les époux parce que sa candidature à la mairie de Clichy n'a pas été appuyée eux, selon des déclarations à Europe 1.
 

Isabelle Balkany "va très mal"

Une incertitude plane sur l'état de santé d'Isabelle Balkany, hospitalisée le 1er mai après avoir absorbé des médicaments. Elle expliquait sur Facebook sa lassitude devant une "instruction exclusivement à charge".
           
"Je ne peux pas dire si elle sera là tout à l'heure. Elle va très mal", a déclaré à l'AFP son avocat Pierre-Olivier Sur, trois heures avant le début du procès.

Dans son message Facebook, Isabelle Balkany a évoqué "un manquement fiscal qui n'a, certes, aucune excuse, mais qui a, du moins, des 'explications' familiales".
 

Quatre autres personnes jugées

Sur le banc des accusés, quatre autres personnes prendront place. D'abord le Saoudien Al Jaber devra répondre de "corruption active". Seront également jugés Jean-Pierre Aubry et l'ancien avocat Arnaud Claude pour leur "rôle central" dans le montage autour du riad de Marrakech. Enfin, le fils Balkany, Alexandre, comparaîtra pour avoir cherché à "couvrir" ses parents en signant des baux de location fictifs pour cette villa.

L'État, le fisc et les associations anticorruption Sherpa et Anticor occuperont les bancs des parties civiles. Patrick Balkany, élu pour la première fois en 1983, constamment réélu, et candidat à sa succession en 2020 risque 10 ans de prison et 5 quant à sa femme.
 

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