Maltraitance dans les Ehpad : un livre dénonce de graves défaillances dans le groupe Orpea

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Écrit par Emmanuèle Bailly avec Anaïs Bard

Dans son livre-enquête, Les Fossoyeurs, Victor Castanet dénonce des actes de maltraitance dans les maisons de retraite du groupe Orpea et notamment dans un établissement à Neuilly-sur-Seine. Victor Castanet revient sur les conditions de son enquête et les raisons qu'ils l'ont mené à écrire ce livre.

"Au début de cette enquête, j’ai été alerté par des membres du personnel soignant, ce sont des salariés d’Orpea qui m’ont contacté pour me faire part d’un certain nombre de dysfonctionnements au sein de l’établissement "Les Bords de Seine", situé à Neuilly-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine", raconte-t-il au micro de France-Télévision.

L’auteur s’attache d’abord aux dérives signalées dans l’établissement "Les Bords de Seine", une vitrine du groupe Orpea, à Neuilly-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine, puis découvre d’autres dysfonctionnements.  

"C’est un EHPAD qui coûte entre 7000 € et 15 000 € par mois, cet établissement est l’un des plus luxueux et les plus chers de France", explique Victor Castanet. "Les brochures de l'établissement mettent en avant les nombreuses activités que propose la maison de retraite, la balnéothérapie avec une piscine intérieure, des chambres grand luxe… Et ça, c’est clairement la vitrine", poursuit-il.  

"Ensuite, j’ai eu des témoignages de membres du personnel et aussi de familles qui m’ont raconté dans le détail les dysfonctionnements qu'il y avait au sein de cette luxueuse résidence. Il y avait des carences au niveau du personnel, du matériel ou de l’alimentation", souligne l'auteur du livre.

La rentabilité, l'obsession du groupe Orpea

Le livre pointe l’obsession de la rentabilité au sein du groupe privé de maisons de retraite Orpea, leader mondial des Ehpad et des cliniques.

"Le personnel de la maison de retraite me raconte que des rationnements ont été mis en place et que dans cette résidence pourtant luxueuse, le personnel avait pour consigne, de ne pas dépenser plus de trois couches, trois protections par jour par résident. C’était le maximum, parfois c’était moins", raconte-t-il.  

De la même façon, un contrôle drastique des frais était pratiqué à tous les niveaux. "Une aide-soignante m'a raconté que le nombre de biscottes était rationné, lors que ces pensionnaires payaient plus de 10 000 € par mois", témoigne le journaliste.  

Victor Castanet a passé trois ans à rassembler ces témoignages et à enquêter dans de nombreux établissements du groupe Orpea.  

"Comment est-il possible que, dans un établissement si luxueux ou les familles payent si cher, il y ait ce type de rationnement et de carence en personnel. C’est à partir de ses dérives que j’ai commencé à enquêter et à aller dans d’autres établissements du groupe Orpea en province, partout en France", confie le journaliste.  

Une politique de réduction des coûts, extrêmement brutale

Victor Castanet

"A chaque fois, le personnel mais aussi des directeurs m’ont rapporté les mêmes dysfonctionnements. C’est ce qui m’a permis de comprendre, étape après étape, que ce dysfonctionnement, n’était pas à local, il n’était pas dû à des défaillances du personnel mais qu'il trouvait son origine dans un système installé au plus haut niveau de ce groupe qui met en place une politique de réduction des coûts, extrêmement brutale, et qui a des conséquences directes sur la qualité de la prise en charge des pensionnaires mais aussi sur les conditions de travail de milliers de collaborateurs du groupe", conclut-il.  

Orpea a contesté lundi après-midi dans un communiqué l'ensemble des accusations, qu'elle considère "mensongères, outrageantes et préjudiciables".  

Ce mardi après-midi, lors des questions aux gouvernements, le ministre de la Santé Olivier Véran est revenu sur la parution de ce livre dénonçant de graves défaillances dans ces maisons de retraite. Il indique avoir demandé "à la ministre déléguée chargée de l'Autonomie, Brigitte Bourguignon, de saisir immédiatement le groupe Orpea de manière à ce que des réponses puissent être apportées", pouvant par la suite "diligenter une enquête de l'inspection générale".