Bannière résultats municipales

Municipales 2020 : dans la banlieue rouge, le Parti communiste entre défaite et réconquête

Le scrutin municipal était l'occasion de jauger les forces du Parti Communiste très représenté au niveau local. La banlieue rouge recule. Champigny-sur-Marne, Saint-Denis ou encore Bezons, dans tous les départements les communistes perdent des villes malgré quelques victoires.

Le Parti Communiste Français décline et perd l'avantage dans plusieurs communes franciliennes de la "ceinture rouge".
Le Parti Communiste Français décline et perd l'avantage dans plusieurs communes franciliennes de la "ceinture rouge". © LOIC VENANCE / AFP
Lors des dernières élections municipales en 2014, sur 651 maires PCF élus, 38 se trouvaient en région parisienne. Mais la banlieue rouge qui a longtemps ceinturé la capitale recule. Elle a encore perdu des bastions emblématiques comme Aubervilliers ou des villes de plus de 100 000 habitants comme Saint-Denis. Elle en a gagné quelques autres comme Villejuif et Bobigny. Entre défaite et reconquête.

Val-de-Marne : quatre villes échappent au PCF

Dans le dernier département dirigé par les communistes, des fiefs sont tombés pour basculer à droite. Sur dix villes communistes, quatre sont perdues, une seule est gagnée. L’une des plus emblématiques : Champigny-sur-Marne. Après 70 ans de communisme, elle passe à droite. Avec 54% des suffrages, Laurent Jeanne, le candidat Libres (le parti de Valérie Pécresse), a battu Christian Fautré (46%).
Autre symbole, Valenton, la ville où fut élue l'une des premières femmes maires en France. Métine Yavouz (Divers Centre) obtient 52,4% des voix. Derrière lui, le PCF Laurent Perichon obtient près de 42% des suffrages. Cette élection met fin à 99 ans de gestion d’extrême gauche.
Choisy-le-Roi, a perdu son maire PCF Didier Guillaume battu parle candidat LR Tonino Panetta (55,3%). Communiste depuis 1947, la ville est secouée par la fermeture prochaine du site de Renault. Le maire sortant a fait les frais d'une drôle d'alliance entre la droite et les écologistes et d'une triangulaire. Même cas de figure pour Villeneuve-Saint-Georges où Sylvie Altman (PCF) laisse sa place à Philippe Gaudin (DVD). Avec 61,67% des voix, il est loin devant la maire sortante.
 

Seule consolation, Villejuif. La municipalité a été reconquise. Il faut croire que la gestion de la droite n’aura pas convaincu. Elle repasse donc au rouge avec Pierre Garzon qui a obtenu 51,89%. Il prend l’avantage sur le maire sortant Franck Le Bohellec (ex-LR) qui totalise 48,11%. Ce dernier a décidé de quitter la vie politique.
Une reconquête saluée par Fabien Roussel, secrétaire national PCF, qui est venu féliciter l’heureux élu.
 
Malgré cette victoire, à un an des élections départementales, ce recul dans le Val-de-Marne est un mauvais signal.
 

Dans le 93, Saint-Denis passe aux mains des socialistes

La Seine-Saint-Denis, c'est l’autre bastion de la banlieue rouge. Deux communes échappent aux PCF.
Saint-Denis, la plus grande ville du département avec plus de 100 000 habitants vire au rose. En réunissant 59,04% des suffrages, le socialiste Mathieu Hanotin passe devant le maire sortant Laurent Russier (40,95%). "Nous aurons pendant ce mandat une immense tâche, celle de réussir à montrer à travers Saint-Denis que les banlieues de notre pays ne sont pas un problème mais peuvent devenir des solutions pour la République, pour la France", a-t-il déclaré sur notre antenne. Avec un fort taux d’abstention 66%, Laurent Russier considère que son adversaire "est le maire le plus mal élu de l’histoire de Saint-Denis."
 
Autre grande commune du 93, Aubervilliers. Les communistes administraient la ville depuis 1944. Ils n’ont pas résisté face à l’UDI. Karine Franclet a rassemblé 44,54% des suffrages. Mériem Derkaoui n’est arrivée qu’en troisième place avec à peine un quart des voix (24,06%). 

Abdel Sadi a mené et gagné l'opération reconquête à Bobigny. Il est arrivée en tête avec 55,3% des voix. Il fait tomber l’UDI Christian Bartholmé (44,72%). Une victoire au goût de revanche pour le miliant engagé dans la vie politique locale depuis plusieurs décennie: "Cette victoire, c'est 26 ans de travail récompensé !" a-t-il déclaré.
Une victoire saluée au-delà du périphérique, par l'adjoint communiste à la maire de Paris, Ian Brossat.
 
​​​​​​Enfin à Noisy-le-Sec, Olivier Sarrabeyrrouse a obtenu une large majorité en totalisant 79,07% des suffrages. Il a réussi à rassembler derrière lui la liste socialiste et les écologistes. Un camouflet pour le maire sortant UDI Laurent Rivoire.

Même si à La Courneuve, Montreuil, Stains ou Tremblay-en-France, les maires communistes sont parvenus à se maintenir dès le premier tour, c’est donc un nouveau recul dans ce département populaire.
 

En Essonne et dans le Val-d'Oise, les communistes ne sont pas épargnés

Deux communes où les PCF était implanté depuis plusieurs décennies ont basculé. La ville de Morsang-sur-Orge en Essonne avait réussi un exploit : depuis 67 ans, elle était dirigée uniquement par des femmes communistes. Mais c'est la candidate de l'UDI Marianne Duranton qui a remporté l'élection avec 53,3% face à Marie-Claire Asara.

Dans le Val d'Oise, la divers gauche Nessrine Menhaouara met fin à un siècle de communisme en arrivant en tête d'une quadrangulaire avec 35,6%. Le maire PCF sortant Dominique Lesparre arrive second avec 33,7% des suffrages. 
 

L'inexorable déclin des communistes

Ce recul des bastions communistes était-il prévisible ? Plusieurs raisons peuvent expliquer cette tendance. D'abord un phénomène d'usure après des décennies au pouvoir dans ces communes. Une sociologie de la banlieue qui évolue. Les villes de la petite couronne subissent la pression immobilière et la flambée des prix qui l'accompagne. Elles attirent de nouvelles populations plus aisées quand la classe ouvrière s'amenuise. Dans une interview accordée aux Echos, Emmanuel Bellanger, chercheur au CNRS et à l'université Paris-I expliquait : "L'érosion du vote communiste en banlieue parisienne est liée au choc de la désindustrialisation qui a désagrégé le modèle de politisation et de sociabilité qui caractérisait les villes rouges. Jusque dans les années 1970-1980, on travaillait et on vivait dans la commune ou ses environs. Cette imbrication renforçait l'encadrement social et politique de ville ; ce modèle a volé en éclat en l'espace d'une génération."



 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
élections municipales 2020 politique élections
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter