Le combat d'une famille pour faire connaître le nom de leur aïeul peintre, tombé dans l'oubli

Charles Wislin, un peintre post-impressionniste de la fin du XIXe siècle – début XXe était célébré en son temps. Il est depuis tombé dans l'oubli. Ses trois descendants tentent de le faire revivre à travers une vente aux enchères.

Stéphane Wislin, l'un des descendants de Charles Wislin. Avec ses deux sœurs, il espère faire revivre le nom de son ancêtre.
Stéphane Wislin, l'un des descendants de Charles Wislin. Avec ses deux sœurs, il espère faire revivre le nom de son ancêtre. © Famille Wislin
C'est un peu une trouvaille de grenier, mais sans espoir de fortune au bout du chemin. Lorsque Stéphane Wislin récupère la clef de la cave familiale à la mort de son père, il découvre des centaines de tableaux de son arrière-grand-père, Charles Wislin (1852-1932). Un trésor conservé dans le lieu pendant près d'un siècle.

"Il a fait pratiquement 1 000 toiles. Sur le total, on en a retrouvé environ 750. Un certain nombre a été volé lors d'un cambriolage dans les années 1980 (dont certaines ont été récupérées par la famille). Sur les 600 œuvres qui restent, 350 vont être vendues aux enchères, détaille-t-il. Je n'ai jamais connu ce grand-père mais toute la famille le vénérait. Ma grande tante m'avait dit à l'époque : 'tu t'occuperas de l'atelier de Charles. Tu t'occuperas de le faire connaître'".
350 œuvres de Charles Wislin sont vendues aux enchères.
350 œuvres de Charles Wislin sont vendues aux enchères. © MT - France 3 Paris Ile-de-France
 

Voisin de Monet et Caillebotte

Mais que faire de ce lourd – et encombrant – héritage ? Avec ses deux sœurs, Stéphane Wislin (collaborateur à France Télévisions), se lance d'abord dans l'inventaire des tableaux et croquis.

"J'ai convaincu mes sœurs de créer un événement, une exposition. Le but n'est pas de faire de l'argent, on sait que cette vente ne va pas faire des mille et des cents, son nom n'est pas connu. Nous voulons donner une nouvelle reconnaissance à mon grand-père. Il l'a eu, mais son œuvre n'a pas vécu", avance l'héritier.

Car Charles Wislin, en son temps, a exposé dans de nombreux salons prestigieux, jusqu'à être primé à l'Exposition Universelle de 1889 puis à celle de 1900. Remarqué par Guy de Maupassant, il côtoie aussi Monet, Caillebotte ou Zola qui habitent le quartier appelé alors Nouvelle Athènes pour son architecture inspirée de la Grèce antique.

Héritier d'un industriel du secteur pharmaceutique, l'homme est fortuné et aide certains de ses amis artistes. Il se fait aussi construire un bel hôtel particulier inspiré d'un voyage à Amsterdam. L'immeuble est depuis devenu un hôtel de luxe.

"Nous sommes une famille traditionnelle. Quatre générations ont habité dans le même immeuble que mon arrière-grand-père a acquis en 1870 ou 1880 dans le IXe arrondissement de Paris. À l'époque, c'était un quartier très avant-gardiste", raconte Stéphane Wislin.
L'hôtel particulier imaginé par Charles Wislin située au 28 rue Ballu, Paris IXe.
L'hôtel particulier imaginé par Charles Wislin située au 28 rue Ballu, Paris IXe. © Famille Wislin
 

Les ventes aux enchères se portent bien

Les 350 œuvres sorties de cette cave sont vendues aux enchères à la célèbre salle de vente Drouot.

"C'est assez exceptionnel d'avoir un atelier qui soit resté et conservé dans la famille pendant près de 100 ans. La vente aux enchères permet de faire redécouvrir l'œuvre d'un artiste qui a passé longtemps dans un hôtel particulier et qui n'a pas été présenté au public", indique Guillaume Crait, commissaire-priseur à Drouot.

Ce dernier assure que des acheteurs des États-Unis ou du Japon s'intéressent à la vente, signe selon lui qu'il existe "un retour de l'image, du classique, d'une modernité de l'époque que l'on a un peu oublié après la Seconde Guerre mondiale où l'on est parti dans l'abstrait".

Parmi les autres acheteurs, des musées régionaux, notamment de Bretagne ou de l'Oise, des lieux prisés de Charles Wislin. "Aujourd'hui, le marché est très bon. Les acheteurs sont là, les collectionneurs aussi. Il n'y a jamais eu autant d'argent en circulation, il y a beaucoup d'épargne. Les gens ont besoin d'acheter, de se faire plaisir", analyse le commissaire-priseur.
Les Lavandières. Huile sur toile. Date non-précisée.
Les Lavandières. Huile sur toile. Date non-précisée. © Famille Wislin
Croisé dans la salle de vente, Jean-Jacques, un habitué des ventes aux enchères est venu repérer les lots qui l'intéressent. "Il a peint la région qui m'est chère. Beaucoup de toiles sont autour de Concarneau, c'est le berceau de ma famille. Je collectionne les peintures bretonnes."
 
Une occasion aussi pour lui de découvrir un peintre qu'il ne connaissait pas avant l'organisation de cette vente : "Je trouve qu'il est assez inégal. Je pense qu'il y a eu une évolution de son art au fil des années. Mais il retranscrit bien les ambiances, il maîtrise bien les ciels et globalement il s'approprie bien les lieux."

Le prix de départ est fixé, selon les lots, de quelques dizaines à quelques centaines d'euros.
 
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