Huit siècles durant, du milieu du 12ème siècle jusqu'au milieu du 20ème, les Halles de Paris, immense marché central aux allures gargantuesques, ont animé le centre de Paris. Elles en sont devenues un monument historique, un personnage même, avant d'être englouties dans l'ère de la grande distribution.

Une Canopée dans Paris !

La Canopée... Drôle de nom, pour cette construction aux lignes sensuelles, posée tel un vaisseau au milieu des toits de Paris. Les Halles de Baltard ne sont plus depuis bien longtemps, et le Forum, qui avait pris leur place, enterré sous cette voile de verre et d'acier.

Après cinq ans de travaux, le coeur de Paris prend donc la forme d'une canopée, du nom de l'écosystème forestier, constitué par les cimes des arbres. Mais ici, point de végétal. Une large toiture qui façonne le paysage et filtre les rayons du soleil.

De la nature en pleine jungle urbaine ? C'est l'aboutissement d'une longue histoire...

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Le nouveau visage des Halles

 

Une vieille histoire...

C'est sans doute 1137 qu'il faut retenir si l'on veut donner un point de départ à l'histoire des Halles de Paris. Avant, il y a un marché, très ancien (depuis le cinquième siècle), dit marché Palu, sur l'île de la Cité et un autre place de Grève (aujourd'hui parvis de l'Hôtel-de-ville).

Dans cette première partie du 12ème siècle qui va marquer le début d'une période de développement et de croissance économique et démographique de Paris, le roi, Louis VI décide de créer, pour la première fois, un marché en remplacement des deux marchés existants. Il le fait pour des raisons de rationalisation et d'assainissement (les deux marchés existants sont facilement inondés par la Seine qui n'a pas de berges à l'époque). Il le fait aussi, sans doute pour commencer à contrôler le commerce et l'échange de marchandises, pour des questions de taxes .
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Un développement économique immédiat

L'emplacement retenu, les Champeaux ou les petits-champs, à l'époque aux portes de la ville existante, va devenir pour huit siècles, celui des Halles de Paris, celui du "ventre de Paris", écrira Zola, à la rencontre des rues Montmartre, Saint-Denis et Saint-Honoré.

La décision de Louis VI va immédiatement entraîner un développement économique. Cinquante ans plus tard à peine, en 1183, le roi Philippe-Auguste transfère un autre marché qu'il a racheté, celui de la foire Saint-Lazare. Et surtout, pour la première fois, on construit à la place du marché à ciel ouvert, deux bâtiments en bois, deux pavillons qui vont donner au marché son nom de Halle. Et Philippe-Auguste fixe les "règles du jeu" du commerce de la viande, du pain et du vin. Le marché devient très rapidement une vaste zone commerciale, une sorte de bazar où l'on vend de l'alimentation, du textile, des chaussures.
© http://paris1900.lartnouveau.com/
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Baltard : les Halles triomphantes

L'essor des Halles est pris. Il ne cessera plus. Transformations, reconstructions façonneront les Halles, de siècle en siècle, jusqu'au 19ème siècle de l'architecte Victor Baltard qui construira les 12 pavillons de verre et de fonte, spécialisés par produits : viande, poisson, etc., parachevant la légende du "ventre de Paris".

Si beaucoup de ces métiers ont aujourd'hui disparu du coeur de la capitale, ils ont façonné notre mémoire collective. 


 


Ils travaillaient aux Halles

Pourtant, à partir des années 1950, les Halles sont montrées du doigt : vieillies, sales, elles engendrent des nuisances importantes et multiples dit-on. Il faudra une vingtaine d'années à leurs détracteurs pour les expédier hors les murs, à Rungis en 1969. Fin d'une longue histoire. Changement d'époque : l'ère de la consommation de masse et de la grande distribution commence.

 

Que faire du Trou des Halles ?

S'ouvre alors une longue période de polémiques, batailles enflammées autour de ce que l'opinion publique baptise très vite "le trou des Halles". 10 années d'un feuilleton dont la trame est "Que faire, que peut-on faire, que doit on faire des 15 hectares libérés par le départ des Halles. Que faire du trou béant laissé par leur démolition ?". Chacun a son avis sur la question, le débat est très politique, politisé même.

 

A l'heure de la consommation de masse

Finalement, c'est l'option d'un centre commercial géant qui l'emporte au milieu des années 1970. L'ère de la grande distribution s'est ouverte en grand, le bonheur est dans la consommation effrénée, ce sera donc le "Forum des Halles", sorte de "nec plus ultra" du commerce, moderne forcément.

Même les architectes sont bousculés dans cette âpre bagarre : alors que Ricardo Bofill, l'architecte à la mode du moment retenu par le Président de la République d'alors Valéry Giscard d'Estaing avait commencé la construction en 1975, c'est finalement Jean Willerval, amené par Jacques Chirac maire de Paris en 1977, qui finalisera le projet. 
Le résultat sera, pendant deux décennies, une certaine réussite sur le plan commercial. Mais un fiasco sur le plan architectural et humain : l'endroit est totalement désincarné, sans âme.

Et demain ?

Il reste encore beaucoup à faire. Habillées de leur Canopée, les Halles n'ont trouvé qu'une partie de leur nouvel aspect. D'ici deux ans, le jardin des Halles, qui offrait déjà au coeur de Paris un écrin de verdure, va être entièrement refait.

La voirie souterraine, la salle d'échanges du RER, repensés, vont également être réhabilités... Autant de facettes de cette ville sous la ville, qui n'ont pas encore révélé leur nouveau visage.

A quoi va ressembler le nouveau Forum des Halles ?

 

Crédits photos

Sous la Canopée des Halles, en chantier
ALAIN JOCARD / AFP

Diaporama. Le nouveau visage des Halles
France 3 Paris IDF/Stéphane Fouquet

Gravure : les Halles au 19ème siècle
DR

Photo : les Halles centrales vers 1900
http://paris1900.lartnouveau.com/

Diaporama. Ils travaillaient aux Halles
AFP

Extraits de journaux télévisés : 1959, 1977 et 1979
Institut national de l'audiovisuel

Diaporama. Les Halles, demain
Patrick Berger et Jacques Anziutti Architectes
Studiosezz