Fermeture des bars dès 22h : "C’est injuste de tout faire porter sur les épaules d’une poignée de professions"

A partir de ce lundi soir, les bars ont pour obligation de fermer dès 22h. Parmi les professionnels de la restauration, les nouvelles mesures contre la propagation du coronavirus suscitent de nombreuses critiques, et une forte inquiétude pour l’avenir des établissements.

Des professionnels de la restauration rassemblés devant l'hôtel des Invalides, dimanche à Paris, à l’appel du collectif "Restons ouverts".
Des professionnels de la restauration rassemblés devant l'hôtel des Invalides, dimanche à Paris, à l’appel du collectif "Restons ouverts". © MAXPPP
La crainte et la colère montent du côté des restaurateurs et des gérants de bars. Dimanche après-midi, on comptait plusieurs dizaines de professionnels rassemblés devant l'hôtel des Invalides, dans le VIIe arrondissement de Paris, pour protester contre les nouvelles restrictions sanitaires. Une mobilisation lancée à l’appel du collectif "Restons ouverts", cofondé par Stéphane Manigold.

"C’est un coup dur pour la profession, déplore le gérant, à la tête de quatre restaurants parisiens, soulignant "la violence de la décision". On a eu peu de concertation. On ne s’est toujours pas relevé de la première fermeture, alors qu’on est entre 40% et 60% de perte sur le chiffre d’affaires. C’est énorme, c’est colossal. Il faut intégrer que lors du confinement, le gouvernement a mis des aides en place, mais ce n’était pas assez."

On a grillé toute notre trésorerie

Stéphane Manigold, cofondateur du collectif "Restons ouverts"

"Nous avons eu des charges fixes : des loyers, des baux commerciaux… Les propriétaires ont, pour certains, fait des efforts en nous offrant la moitié des loyers, raconte le porte-parole du collectif. On les a quand même payés. On a grillé toute notre trésorerie. Le gouvernement a certes mis en place le Prêt garanti par l'Etat (PGE), mais c’est un prêt, pas une subvention : on va devoir le rembourser."

Formées à la suite des annonces du ministre de la Santé Olivier Véran mercredi dernier, les nouvelles mesures contre la propagation du Covid-19 impliquent entre autres la fermeture des bars dès 22h à Paris et dans les départements de la petite couronne. A noter toutefois que les restaurants et cafés peuvent rester ouverts à conditions de servir à manger, après cet horaire.

Des règles différentes selon le type d'établissement

La préfecture de police de Paris précise d’ailleurs ces règles via une foire aux questions : "Les bars (établissements qui pratiquent la vente de boissons alcoolisées à titre principal) doivent fermer à 22h au plus tard, sans exception, et y compris s’ils disposaient d’une autorisation de nuit préfectorale. Les restaurants (établissements qui pratiquent la vente de repas à titre principal, l’alcool ne pouvant être servi qu’en accompagnement d’un repas) peuvent rester ouverts pendant les horaires habituels." Et d’ajouter : "Tout commerce alimentaire qui ne vend pas d’alcool peut également rester ouvert pendant ses horaires habituels. Les établissements qui exercent à la fois une activité de bar et de restaurant peuvent exercer l’activité de restauration uniquement, après 22h, c’est-à-dire qu’ils ne pourront plus servir d’alcool après 22h sauf accompagné d’un repas."

Toujours concernant ces nouvelles règles, qui entrent en vigueur ce lundi soir, le Groupement national des indépendants (GNI) hôtellerie et restauration Paris Île-de-France alerte sur le fait que "des cacahuètes ou des tranches de saucisson ne sont pas considérés comme constitutifs d’un repas (…) permettant de servir des boissons alcoolisées". En cas de non-respect de l’horaire de 22h, le GNI souligne que le "délit d’ouverture illicite d’un débit de boissons" sera "sanctionné par une amende de 3750 euros avec éventuellement la fermeture" de l’établissement en question.

"On paye la mauvaise gestion de l’hôpital par les autorités"

Marc, à la tête d’une brasserie dans le XVe arrondissement de Paris, avec 13 salariés, s’alarme : "Pour de nombreuses affaires à Paris, le gros de l’activité en soirée, c’est la vente d’alcool". Le gérant, qui déplore le manque d’aides financières conçues pour soutenir la profession, pointe "une gestion par la peur" : "Pour faire passer les mesures, quelles qu'elles soient, on effraie les gens. Et même en admettant que les nouvelles règles soient nécessaires, parce qu’on entend tous les sons de cloche, ce n’est pas juste dans tous les cas sur le fond. C’est injuste de tout faire porter sur les épaules d’une poignée de professions, alors que la prévention et de la protection concerne l’ensemble des Français. J’en ai marre de tout encaisser sur le capital de ma société." Le professionnel précise ceci dit qu’il ne "lance pas un appel à la désobéissance", et assure qu’il respectera les décisions.

Du côté de "Restons ouverts", Stéphane Manigold souligne lui aussi que le collectif "n’appelle pas à l’insurrection". Mais le restaurateur craint pour bientôt une fermeture pure et simple des établissements à Paris, comme à Marseille et Aix-en-Provence : "Soyons clair, la décision de fermer n’a pas été annoncée mais elle est prise. Il suffit de regarder les chiffres, la nouvelle classification du gouvernement… Mais si demain le préfet de police de Paris annonce la fermeture des bars et restaurants, ce qui va être le cas, évidemment que nous allons fermer, sans discussion."

Nos professions sont le fusible qu’on fait sauter tous les trois mois

Marc, gérant d'une brasserie à Paris

Même inquiétude pour Marc : "Dans une semaine ou deux, je pense qu’on va fermer intégralement... C’est de la spéculation, mais je ne vois pas comment la situation pourrait vite s’inverser". Fermetures de lits, manque de moyens et de capacité d’accueil… "Le système hospitalier est dézingué depuis des années, déplore surtout le gérant. Ce virus, il faut vivre avec. Doit-on à chaque fois sortir la boîte à pansement pour faire bouger la courbe, ou bien doit-on s’inscrire dans une vraie politique de santé publique ? En attendant, nos professions sont le fusible qu’on fait sauter tous les trois mois. Derrière, de nombreux établissements risquent de fermer. On paye la mauvaise gestion de l’hôpital par les autorités."

"Il y a eu des abus de la part de certains établissements, c’est évident, reconnaît Marc. Mais nous sommes nombreux à faire attention : dans mon établissement, tout le monde est masqué en permanence, il y a du gel hydro-alcoolique à disposition, et on veille pour faire respecter les précautions sanitaires." Le professionnel, qui déplore que "certains clients ne semblent pas toujours très concernés", estime que "le virus risque de continuer à se propager dans la sphère privée", malgré la fermeture des bars en soirée.
 
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