Les gardes forestiers franciliens dénoncent la hausse des violences verbales voire physiques

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Écrit par Marc Taubert

Selon une enquête interne de l'Office National des Forêts (ONF), 88% des 230 agents franciliens déclarent avoir déjà été témoins ou victimes d'une altercation. Des violences qui peuvent aller jusqu'à l'agression physique.

On pourrait penser que le métier de gardien des forêts est bien paisible. Mais une enquête interne réalisée par l'ONF fin mars auprès de ses agents montre qu'il n'en n'est rien.

Selon ce document, 45% disent avoir déjà subi des reproches verbaux (du type "J’aurais honte de faire votre métier"), 22% ont connu des insultes orales ou écrites, 19% ont assisté à des dégradations du matériel professionnel et du mobilier d’information (tags sur des panneaux, pneus crevés, vitres cassées) et 10% affirment avoir été physiquement pris à partie.

"On est pris à partie sur des thématiques particulières : les coupes et la chasse. Ce sont les deux thématiques récurrentes qui donnent lieu à de vives critiques, voire à des altercations plus ou moins virulentes", évoque Franck Saintipoly, un forestier qui gère une équipe d'une dizaine de personnes.

Lui-même raconte se faire régulièrement insulter. "En forêt de Sénart (située en Seine-et-Marne et dans l'Essonne), tous les jours on est apostrophé. De façon plus ou moins virulente, il ne faut pas non plus grossir le trait", poursuit-il.

"Les forêts vivent toutes seules"

Selon lui, une grande partie de ces invectives résultent de personnes qui assistent à des coupes de bois en forêt.

"On a, d'une part, les riverains qui, pour certains d'entre eux, n'apprécient pas que l'on porte atteinte à leur cadre de vie, parce que c'est comme cela qu'ils le vivent. On a les promeneurs qui nous disent : 'la forêt n'a pas besoin de vous, les forêts vivent toutes seules'. Et la troisième catégorie, c'est via les réseaux sociaux, des gens qui déversent des critiques, menaces, sur la base d'informations du réseau social ou de reportages. Ce ne sont pas des critiques basées sur de véritables faits", pense M. Saintipoly.

L'ONF gère des forêts publiques qui appartiennent à l'État ou à des collectivités. Elles représentent 25% du domaine total des forêts françaises et 40% du bois commercialisé en France.

Coupes prévues très en amont

L'ONF concède ainsi des "craintes légitimes, et les interrogations normales" mais déplore ces violences à l'encontre de ses agents.

"Les coupes de bois ne sont pas décidées par les gardes forestiers. Chaque forêt publique gérée par l'ONF dispose d'un document validé par le ministre de l'agriculture qui programme sur 20 ans l'agencement des coupes qui vont être réalisées dans la forêt donnée", explique ainsi Franck Saintipoly.

Des zones de forêts sont classées en tant que réserve biologique intégrale. C'est le cas dans certaines parties de la forêt de Fontainebleau où aucune coupe n'est autorisée.

Une autre mission de l'ONF est de préparer l'avenir de ces oasis vertes. A Sénart par exemple, dans une zone ravagée par un incendie en 2018, les forestiers plantent de nouvelles variétés de chênes plus résistances aux chaleurs et aux sécheresses.