Grève des pompiers : "Nous voulons prendre la rue calmement à Paris et être reconnus à notre juste valeur"

Alors que les agents des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) sont appelés à faire grève jeudi 16 mai, une manifestation est prévue à Paris. Santé au travail, manque d’effectifs et de moyens, salaires… Pourquoi les pompiers se mobilisent-ils ?

"L’enjeu, c’est d’assurer le service public", souligne Sébastien Delavoux, pompier et animateur du collectif CGT SDIS. Les sapeurs-pompiers sont appelés jeudi à faire grève par l’ensemble des organisations syndicales représentatives. A l’occasion de cette journée nationale de mobilisation, une manifestation est organisée à Paris à partir de 14h, sur la place de la République. Le cortège doit prendre la direction de Bastille et Nation, en passant par le boulevard du Temple.

"Nos revendications sont légitimes. Nous voulons prendre la rue calmement à Paris et être reconnus à notre juste valeur", annonce Sébastien Delavoux. "On ne fait pas grève pour des droits nouveaux mais plutôt pour faire appliquer et respecter la réglementation", indique-t-il.

L’animateur du collectif CGT SDIS met notamment en avant la question de la santé et de la sécurité au travail, "emblématique". "Ces problèmes concernent les pompiers mais aussi tous les personnels techniques et spécialisés dans nos centres de secours. Il faut protéger les agents de l’exposition aux polluants. Particules liées aux fumées d’incendie, plomb, amiante, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)... La protection respiratoire n’est pas suffisante, et il y a trop peu de suivi médical et de prévention", résume-t-il.

Manque de moyens et d’effectifs

Sébastien Delavoux déplore aussi des problèmes liés à l’aménagement des locaux. "Parfois, il n’y a même pas de vestiaire pour les femmes. Et les tenues de feu sont juste derrière les pots d’échappement des engins dans certains centres", décrit-il.

Le pompier dénonce également un manque de moyens et d’effectifs. "Il y a un problème de financement. Le matériel est cher, on a besoin de camions et de bonhommes pour éteindre les feux, avec des coûts qui augmentent. Alors que le nombre d’interventions augmente, il y a une raréfaction des volontaires. Au niveau national, on en compte 200 000. Soit autant qu’en 1973, ça n’a pas progressé", explique-t-il.

Les syndicats demandent aussi une hausse des rémunérations et une réévaluation du point d’indice des pompiers professionnels, qui ont le statut de fonctionnaires des collectivités territoriales. Sébastien Delavoux évoque le besoin d’une "reconnaissance des compétences" et d’une "réflexion sur la diminution du temps de travail".

"Les pompiers devraient être considérés comme les policiers" pour les JO

À l'approche des Jeux olympiques de Paris, l’animateur du collectif CGT SDIS estime d’ailleurs que "les pompiers, comme tous les agents publics dont la vie de famille est impactée par l'organisation de l'événement, devraient être considérés comme les policiers", qui vont bénéficier d’une prime dédiée. "On nous demande moins de personnels en vacances, certains agents devront rester sur site", explique-t-il.

Tandis que l’exercice du droit de grève des pompiers professionnels est strictement encadré, Sébastien Delavoux rappelle que "le service minimum doit être assuré". "Des pompiers peuvent être désignés et réquisitionnés. Nous sommes d’ailleurs généralement peu entendus en cas de grève. Beaucoup de dossiers sont ouverts mais pas grand-chose n’avance", déplore-t-il.

Selon un recensement communiqué par Sébastien Delavoux, l’Île-de-France compte près de 4 500 pompiers professionnels et près de 10 000 volontaires. Ces chiffres concernent la Seine-et-Marne, les Yvelines, l’Essonne et le Val-d’Oise, mais excluent les territoires où intervient la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), qui réunit 8 700 militaires dans la capitale, les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis.