La curieuse histoire des grillons du métro parisien, "plus ou moins disparus" aujourd’hui

Si vous avez déjà entendu des grillons chanter en prenant le métro, vous n’êtes (peut-être) pas fou : ces insectes seraient arrivés depuis le sud de la France "cachés dans des cageots de légumes". Mais ils ont largement disparu aujourd’hui, en raison entre autres de la loi Evin.

"Aujourd’hui, les grillons ont plus ou moins disparu" dans le métro parisien, selon la RATP (illustration).
"Aujourd’hui, les grillons ont plus ou moins disparu" dans le métro parisien, selon la RATP (illustration). © JOEL SAGET / AFP

Que viennent faire des grillons dans le réseau souterrain de la capitale ? Ces insectes de petite taille, au chant puissant et facilement reconnaissable, se seraient faufilés au niveau des rails du métro parisien au début du XXe. "Ces grillons seraient arrivés dans la capitale depuis le Sud de la France, cachés dans des cageots de légumes", raconte la RATP, dans un podcast publié en avril 2019.

"Après avoir trouvé refuge dans les fours à pain des boulangeries, ils ont fini par migrer dans le métro car la température y est estivale et idéale pour les grillons", poursuit la RATP. Selon la Ligue de Protection des Grillons du Métro Parisien (LPGMP), une association créée en 1992 pour promouvoir leur existence, ces insectes ont quitté les "fours à bois" – qui leur "procuraient chaleur, nourriture, et bien-être" – vers le "Métropolitain", en raison du développement de la technologie électrique chez les boulangers.

Pour peu qu'il soit organique chaque détritus fera un excellent repas pour le grillon

La Ligue de Protection des Grillons du Métro Parisien (LPGMP)

"Entretenue par le balai des rames, la température qui règne dans le métro s'échelonne de 27º à 34º aux heures de pointes, indique l’association sur son site. Entre les quais, nos protégés, calfeutrés dans les multiples cachettes que leur procure le ballast (la couverture de pierres volcaniques qui recouvre le sol), trouvent une nourriture abondante constituée de miettes, de tabac, de papiers gras, de brins de laine etc... Bref, pour peu qu'il soit organique chaque détritus fera un excellent repas pour le grillon. Quant à l'humidité nécessaire au développement de ses œufs, elle suinte des multiples canalisations et infiltrations."

De quoi, toujours selon la LPGMP, entendre leurs chants – ou "stridulations" – dans plusieurs stations. Saint-Lazare, Mairie de Montreuil, Opéra, ou encore Bonne Nouvelle… Les lieux cités concernent surtout les lignes 3 et 9.

La "limitation" des grèves et "l'assouplissement de la loi Évin" demandés par la Ligue de Protection des Grillons du Métro Parisien

Mais selon la RATP, les grillons ont aujourd’hui "plus ou moins disparu" : "En cause, l’interdiction de fumer dans le métro à partir de 1992. Car les grillons se nourrissaient de déchets organiques, dont les mégots des voyageurs. Progressivement, le ballast sur les voies est progressivement remplacé par du béton, qui garde moins la chaleur."

Ainsi, on trouve sur le site de la LPGMP des revendications qui peuvent sembler insolites, pour veiller au maintien des conditions de vie des grillons. Entre autres : "la limitation en durée et en fréquence des grèves de la RATP qui ont pour conséquence de faire chuter dangereusement la température dans les galeries du fait du non fonctionnement des trains", et "l'assouplissement de la loi Évin qui interdit désormais le tabac dans le métro et par conséquent prive les grillons d'une source importante de nourriture : les mégots".

A noter en tout cas que si vous empruntez certaines stations de la ligne 1, Bastille par exemple, vous pouvez entendre un signal sonore conçu en "hommage" au chant des grillons. Le son reste toutefois avant tout déclenché pour "attirer l’attention sur l’écart entre le train et le quai", rappelle la RATP.

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