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Paris : à la découverte de la Zone, le bidonville qui ceinturait Paris au début du XXe siècle

Photographe anonyme 
Vue panoramique sur la Zone vers la Porte de Clignancourt. Au loin la ville de Saint-Ouen. 
France, vers 1940 
Tirage argentique – 18 x 24 cm 
 / © Courtesy Galerie Lumière des roses
Photographe anonyme 
Vue panoramique sur la Zone vers la Porte de Clignancourt. Au loin la ville de Saint-Ouen. 
France, vers 1940 
Tirage argentique – 18 x 24 cm 
 / © Courtesy Galerie Lumière des roses

La galerie Lumière des Roses, à Montreuil (93), expose une série de photos exceptionnelles sur la Zone, le bidonville qui ceinturait Paris au début du XXe siècle.

Par Isabelle Audin

"Zoner", "zonard", "c'est la zone"...vous vous demandez peut-être d'ou viennent ces expressions typiquement parisiennes ?

La zone est un lieu qui a bien existé, tout autour de Paris, une exposition se tient actuellement à la galerie La lumière des Roses à Montreuil jusqu'au 8 décembre prochain...150 photos d'amateurs retracent cette très longue période du 19e siècle aux années 70.


Une fracture entre la ville et la banlieue

Paris au début du XXe siècle était entourée d'un immense terrain vague qu'on surnommait la Zone. Une fracture entre la ville et la banlieue, une bande de terre aux portes de la capitale. C'est ici que furent construits les premiers bidonvilles à la fin du XIXe siècle.
 
© Galerie lumière des roses
© Galerie lumière des roses

L’histoire de la zone commence en 1844, avec la construction des fortifications qui encerclent Paris. Autour, une zone de 250 m de large est déclarée non-constructible pour laisser de la visibilité aux artilleurs qui protégeaient la capitale. 

En 1919, on démolit les « fortifs » qui s'avèrent inutiles. Cet espace sans constructions ne va pas rester longtemps vide. Très vite on va y bâtir des logements de misère décrit par Aragon dans son livre "Les beaux quartiers".

Toute une population pauvre viendra s'y installer. Tous ceux qui n'ont pas les moyens de vivre dans des logements décents, ceux qui sont au ban de la société, fuyant souvent la police et les contrôles vont investir ce terrain.

"Paris est une ville extrêmement attractive, toute la population qui cherche du travail va s'agglutiner aux portes de la ville. Et c'est un anneau de honte autour de la Ville Lumière. Paris est réputée la plus belle ville du monde, une ville des plus moderne, elle a été réformée pendant toute la moitié du XIXe siècle, mais tout autour d'elle s'agglutine une population de laissés pour comptes." nous explique Nicolas Chaudin, historien spécialiste de la Zone.

© 
Courtesy Galerie Lumière des roses
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Courtesy Galerie Lumière des roses
Les fortifications construites en 1844 vont perdurer jusqu'en 1920, la zone étant une servitude militaire la rendant inconstructible. 
Une population pauvre, exclue de la ville et du logement, en profite pour occuper ces terrains qui se couvrent progressivement d’un enchevêtrement de constructions précaires, baraques souvent insalubres, dépourvues d’eau et d’électricité.

Cet immense bidonville abritera plus de 40 000 personnes dans l’entre-deux-guerres. C’est à cette période que commencent les expulsions jusqu’à l’éradication complète de la Zone par le régime de Vichy. Enfin, en 1956, la construction du boulevard périphérique enterre définitivement sous le bitume les derniers vestiges de ce territoire en marge.
Vue panoramique sur la Zone vers la Porte de Clignancourt. Au loin la ville de Saint-Ouen. 
France, vers 1940 
Tirage argentique – 18 x 24 cm / © Courtesy Galerie Lumière des roses
Vue panoramique sur la Zone vers la Porte de Clignancourt. Au loin la ville de Saint-Ouen. 
France, vers 1940 
Tirage argentique – 18 x 24 cm / © Courtesy Galerie Lumière des roses

Des témoignages anonymes

Pendant dix ans, Philippe et Marion Jacquier, qui dirigent cette galerie spécialisée dans la photographie anonyme ont écumé les brocantes et fouillé les greniers pour retrouver des témoignages visuels. 

Les photographies exposées sont rares. La majorité d’entre elles sont l’œuvre de photographes anonymes dont certains répondaient à des commandes destinées à démontrer « l’aspect sordide qu’on peine à imaginer si l’on n’a pas eu l’occasion de parcourir la Zone ». Ces campagnes photographiques fixaient l’image de taudis afin d’accréditer la thèse de l’insalubrité qui allait justifier la démolition de la Zone.        
 
Aujourd’hui encore, on voit réapparaître des îlots de pauvreté - bidonvilles, campements sauvages – le long du boulevard périphérique. Véritable fracture dans la continuité urbaine entre le centre de Paris et la banlieue. 
Reportage Elise Ferret, Isabelle Audin, Mohamed Chekkoumi

La Zone, 12-14 rue Jean-Jacques-Rousseau, à Montreuil (93). Jusqu’au 8 décembre 2018, du mercredi au samedi de 14 heures à 19 heures. 
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