Procès des guets-apens homophobes : "Le guet-apens, on s'y rend", la culpabilité des victimes

Le procès de trois personnes accusées d'avoir tendu un guet-apens à deux hommes contactés sur un site de rencontres homosexuelles s'ouvre ce mardi devant la cour d'assises de Paris.

Les faits se sont déroulés au mois de janvier 2022 et suivent le même scénario : les victimes, âgées de 40 et 43 ans, prennent contact avec un individu sous pseudonyme sur un site de rencontres gay nommé "les pompeurs" dans le but d'avoir une relation sexuelle.

Elles conviennent d'attendre leur interlocuteur à leur domicile et de garder leur porte ouverte. Mais à son arrivée, l'individu est armé. Aidé alors par des complices, l'agresseur les violente, les séquestre, les extorque. Le calvaire de la seconde victime dure près de deux jours.

Des agressions facilitées par les réseaux sociaux

Un guet-apens est considéré comme "homophobe" quand il est "soit tendu pour des raisons d'homophobie, (...) soit quand on se saisit du prétexte qu'une personne est homosexuelle pour l'atteindre plus facilement", explique à l'AFP la présidente de l'association SOS Homophobie, Julia Torlet.

Pour Julia Torlet, cette spécificité pourrait découler "de la caricature de l'homme gay, que l'on voit souvent à tort (...) comme un homme plus fortuné et -parce que c'est un préjugé qui a la peau dure- plus faible qu'un homme hétéro".

"Les guets-apens homophobes, ça a toujours existé", souligne Flora Bolter. "Mais on voit que les applications de mise en relation (...) permettent à des personnes de créer des profils assez facilement, de faire des rencontres de manière anonyme et de cibler des personnes", explique-t-elle.

Parmi les très nombreux canaux utilisés, on retrouve des applications de rencontre gay "classiques", comme Grindr. Le site controversé coco.gg, un tchat en ligne gratuit et anonyme, est également cité dans plusieurs affaires. Il "protège l'identité de ses usagers et donc (...) on ne peut pas remonter à la source des gens qui l'utilisent", soutient la présidente de SOS Homophobie qui milite pour sa fermeture.

Augmentation des atteintes anti-LGBT

Depuis 2016, les atteintes anti-LGBT+ ont fortement augmenté : +17% en moyenne par an pour les crimes et délits et +10% pour les contraventions, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur publiés le 16 mai.

Pour autant, le cas spécifique des guets-apens homophobes est difficile à quantifier par manque de données, explique Flora Bolter. Pour Julia Torlet, les cas sont "sous-estimés".

La responsable pointe notamment "le caractère discriminatoire de l'agression", pas toujours retenu par la justice, et parle aussi d'un possible sentiment de "culpabilité" empêchant les victimes de parler. "Le guet-apens, on s'y rend, (...) les victimes se disent qu'elles ont une part de responsabilité là-dedans, ce qui est totalement faux", avance-t-elle. D'autres aussi peuvent craindre que leur orientation sexuelle soit révélée.

Pour Me Jean-Baptiste Boué-Diacquenod, avocat de l'association Stop Homophobie, partie civile au procès de mardi, "il y a encore beaucoup de boulot", malgré certaines "avancées" : "prise de conscience de la justice, des politiques" ou "du ministère de l'Intérieur" qui "met en place des (officiers) de liaison" LGBT+ ou encore "des référents dans les commissariats."

Campagne de prévention

En avril, la ville de Montreuil en Seine-Saint-Denis a pour sa part lancé une campagne de prévention pour inviter les usagers à rester vigilants sur les applications. Un an plus tôt, Luc Di Gallo, adjoint au maire de Montreuil, a lui-même été victime d'un guet-apens homophobe après s'être rendu à un rendez-vous fixé sur Grindr. Il a relaté son agression sur son compte X.

Julia Torlet salue cette initiative locale mais appelle à ce que ces campagnes soient "déployées plus largement". Elle plaide également en faveur de sanctions "exemplaires" et "pédagogiques" pour les agresseurs et incite les sites à se "doter d'un système de prévention".

Grindr a par exemple publié un guide de prévention développé en partenariat avec des organisations LGBT+. L'application incite ses usagers à se "rencontrer dans un espace public sécurisé" ou encore à "faire savoir à un.e ami.e le lieu" de rencontre.

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