"Danser qui tu es" : au cœur de Grigny 2, Quartiers Pop ouvre les portes d'un club à l'américaine imaginé par le danseur Rabah Mahfoufi

Publié le Mis à jour le
Écrit par Ibrahim Benaïssa

C’est dans le 91, à Viry-Châtillon, que le danseur Rabah Mahfoufi, de retour de New-York, a importé la house-dance au début des années 2000. Il y a installé officiellement en 2017 un ovni en plein milieu des tours de Grigny 2 : Danse2maison. C’est là qu’il a reproduit l'ambiance des clubs américains qu’il a fréquentés, et où il permet à toutes et à tous de partager avec lui ses rêves de danse, gratuitement, chaque jeudi

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Le mouvement Hip-Hop a ses maîtres. Rabah Mahfoufi a le chignon et le calme des moines Shaolin quand il vous regarde. Il danse depuis presque toujours. Tout a commencé dans sa cité natale, quand il voyait ses ainés danser le smurf. Il décide de les imiter, puis très vite, voyage aux Etats-Unis, pour aller vivre le phénomène à la source. "Ça n’avait rien à voir. Nous, ce qu’on faisait en France, là-bas ils l’avaient déjà déstructuré, ils l’avaient déjà réinterprété. C’était un autre niveau, vraiment." Pendant plusieurs années, il continue de pratiquer le boogaloo, le poppin ou encore la hype, qui sont chacune des composantes, des techniques de danse Hip-Hop.

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Quartiers Pop Danse2maison ©France Télévisions

Mais tout change quand, pour la première fois, il voit de la house-dance…. C’était en discothèque pendant un voyage à New-York. "Je vois des mecs danser en cassant tous les codes, j’avais jamais vu ça. Je me suis mis à danser pareil, c’était magnifique." Il ramène ce souvenir en France et développe ensuite cet art à travers toute l’Europe. "Je me suis beaucoup déplacé grâce à la danse. Je n’avais jamais cru pouvoir en vivre. Moi ce que je voulais, c’était danser, c’est tout."

En octobre 2017, il s’installe dans une salle de l’espace jeunesse Henri Barbusse et reçoit tous les jeudis, au milieu des tours de Grigny 2, les danseuses et les danseurs venus des quatre coins d’Ile-de-France. "J’ai appelé ça Danse2maison, qui est la traduction littérale de House Dance, explique-t-il. C’est dans les quartiers que tout a commencé pour moi. L’idée c’est de repartager ce à quoi j’ai goûté. Faire vivre aux autres cette possibilité de s’échapper. Et puis ca me permet aussi de danser dans l’atmosphère d’un club, sans tous les inconvénients qu’on connaît."

Artiste et artisan

On est venus rencontrer l’artiste, et on a rencontré l’artisan. Toute la place est dédiée à sa discipline. Il n’est qu’un outil, un passeur. Tout ce qu’il propose est fait main. L’atmosphère, la mise en scène, et une partie du matériel aussi. "Quand je suis arrivé, je suis tombé sur ces énormes baffles mais elles ne fonctionnaient pas. Du coup j’ai dû me mettre à la soudure.", dit-il en riant.

Disparitions

Les premiers élèves arrivent, et Rabah est prêt à bondir. Il va et vient pour les derniers réglages. Les images qu’il va projeter sur le mur de la salle, la prise qui manque sur un appareil. Les premiers pas s’enchaînent, un autre au fond tourne la tête en faisant des cercles pour s’échauffer le cou… Rabah a lancé la musique et il a éteint la lumière. Les corps ont disparu, on ne voit que des silhouettes en pointillés, traversées par des néons fluorescents. Là, dans le noir, sous les scintillements, on ne sait plus s’il y a des hommes ou s’il y a des femmes, on ne sait plus d’où ils viennent. Il n’y a plus d’identité : "avec la danse tu t’exprimes. On éteint tout, on met la musique à fond et on bouge, on va chercher qui on est vraiment" explique-t-il.

"Il suffit d’être vivant"

Rabah est assis, immobile sur le devant de l’estrade et il a lâché ses cheveux. Un projecteur placé derrière lance des rayons qui cernent sa tête d’une lumière blanche. Les mouvements des élèves sont plus amples. Ils dansent plus vite, ils dansent plus fort. On est au cœur de la soirée. Les visages sont mouillés, les bouches ouvertes. On n’entend pas mais on imagine les respirations. Ils dansent comme ils peuvent. Ils dansent comme ils prient. "Pendant quelques instants, plus rien n’existe autour de toi. Tu accèdes à un moment d’extase où t’es seul face à la musique", rapporte-t-il. Il s’est levé et il danse au milieu. A la porte, on a tout vu et on est emportés aussi. On bouge un peu la tête et le gros orteil dans la chaussure. "Pas obligé de savoir danser, j’invite à une expérience. Il suffit d’être vivant, sourit-il."

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