Coronavirus – Des migrants d'un centre de rétention dénoncent des conditions "épouvantables" en Seine-et-Marne

Cri d'alerte face aux conditions "épouvantables" de détention d'une cinquantaine de personnes en attente d'expulsion détenues au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot en Seine-et-Marne. Ces conditions sont aggravées par la crise sanitaire du coronavirus.

Le CRA du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) peut accueillir jusqu'à 240 personnes.
Le CRA du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) peut accueillir jusqu'à 240 personnes. © Marion David - France 3 Paris Ile-de-France
Joint par téléphone, Gabriel Alexandrescu tient à rappeler qu'il est un être humain. Mais il n'a pas l'impression d'être traité comme tel alors qu'il est détenu depuis mardi 7 avril au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot en Seine-et-Marne. Ces centres sont des lieux de détention pour migrants en attente d'expulsion.

Les 47 hommes qui y sont maintenus ont lancé un cri d'alerte face à leurs conditions de détention dans un communiqué commun que l'AFP a pu consulter. "Elles sont épouvantables", résume Gabriel Alexandrescu, âgé de 38 ans, de nationalité roumaine, qui dit vivre en France depuis 25 ans, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

Il raconte ainsi que certains n'osent même plus se doucher et vont aux toilettes le moins possible tellement ces lieux sont sales. "Parfois, je préfère dormir dehors plutôt que dans la chambre", indique-t-il.
 

Inquiétude de contaminations

La cinquantaine de personnes a d'ailleurs dormi dans la cour du bâtiment dans la nuit de samedi à dimanche pour demander leur libération. Certains ont entamé une grève de la faim.

"M. le directeur est venu et nous a dit qu'il n'y avait aucun risque d'attraper le Covid-19. Les gens ont commencé à s'énerver mais sans violence, témoigne Gabriel Alexandrescu. Deux personnes ont eu mal à la gorge, à la tête cette semaine. Personne n'a rien vérifié et les deux personnes sont parties. Aujourd'hui, trois autres détenus sont malades et ont les symptômes."

Selon lui, un médecin est bien venu ce dimanche à la demande des détenus : "Il est resté une demi-heure et il est parti".

Un premier cas de Covid-19 a été détecté au CRA de Paris-Vincennes, où 54 personnes sont encore enfermées mais aucun dans le CRA du Mesnil-Amelot.  

Plus d'avion pour les expulser

"La loi leur impose de nous relâcher sous 90 jours. Et ils décident de nous faire rester en confinement alors qu'il n'y a pas d'avions jusqu'en septembre ou octobre !", s'insurge-t-il.

Selon la préfecture, "un porte-parole parmi les retenus a été désigné" et des négociations sont en cours ce dimanche en début d'après-midi avec le directeur du CRA, explique l'AFP.

Ces dernières semaines, les associations ont demandé la fermeture de ces établissements. Mais le Conseil d'État a décidé de les maintenir ouverts dans une ordonnance datée du 27 mars notamment car "le maintien de l’ouverture des centres" n'est pas "un facteur d’évolution de l’épidémie susceptible de traduire une atteinte grave et manifestement illégale à ces libertés fondamentales".

Dans cette même ordonnance, le Conseil d'État constate une nette baisse des personnes enfermées : "Alors que les 26 centres de rétention ont une capacité d’accueil totale d’un peu plus de 1 800 places, ils ne comptaient ainsi que (…) 152 personnes à la date du 26 mars 2020."
 
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