Nouveaux forages pétroliers en Seine-et-Marne : "Les risques de pollution sont vraiment trop élevés"

Alors que l’Etat a autorisé l’extension d’un site pétrolier à Nonville, dans la vallée du Lunain, Eau de Paris a déposé un recours : le projet menacerait une nappe phréatique qui alimente en eau potable plus de 100 000 Parisiens. Des forages également dénoncés par des élus locaux et des associations écologistes.

A Nonville, près de la forêt de Fontainebleau, la concession exploitée par Bridges Energies doit passer de 10 à 53 km2. Selon une enquête de Libération, le gouvernement a en effet donné le feu vert fin décembre à une extension de ce site pétrolier. Fin janvier, la préfecture de Seine-et-Marne a ensuite publié un arrêté autorisant des travaux visant à forer deux nouveaux puits, venant s’ajouter aux trois installations déjà en place.

"Au regard de la configuration présentée, la commune a délibéré de façon unanime contre le projet, explique Jean-Claude Belliot, le maire de Nonville. Les risques de pollution sont vraiment trop élevés. On fait confiance aux administrations compétentes, mais on a fait part de nos inquiétudes. On n’est pas favorable au projet mais l’Etat en a décidé autrement."

"Il y a un double risque, pour un intérêt quasiment anecdotique, à part pour l’entreprise, résume Maxime Collin, juriste à France Nature Environnement (FNE) Île-de-France. Moins de 1% du pétrole consommé au niveau national est produit en France, ça n’a pas d’impact stratégique. Quant à la pollution, les transports de matériaux et de ressources dangereuses font courir un risque pour la biodiversité et l’eau en surface avec le Lunain, une rivière classée Natura 2000 située à proximité. La commune a déjà identifié plusieurs incidents, avec par exemple du déversement de pétrole alors qu’il ne pleuvait pas, donc sans conséquence heureusement."

A la moindre fuite, ça infiltrerait des aires de captage d’eau potable

Maxime Collin, juriste à FNE Île-de-France

"Mais ça pose surtout un problème pour l’eau souterraine, poursuit-il. Les installations sont juste au-dessus d’une nappe phréatique, traversée par les puits. Il y a un risque pendant les travaux puis au cours de l’exploitation : au moindre accident, à la moindre fuite, ça infiltrerait des aires de captage d’eau potable, ça serait très grave." Les deux nouveaux puits doivent en effet être forés à 1 500 mètres de profondeur, à proximité de deux points de captage d’eau potable, à Villemer et Villeron. Des sources qui alimentent les habitants de Villemer et plus de 100 000 Parisiens.

Toujours du côté des associations écologistes, Greenpeace France condamne dans un communiqué "l'autorisation de nouveaux projets fossiles sur le territoire français par le gouvernement, en contradiction totale avec les constats scientifiques et ses propres engagements". Une loi de 2017 prévoit l’interdiction progressive de l'exploitation d'hydrocarbures en France d'ici 2040.

"On pourrait assister à une catastrophe écologique en puissance"

Eau de Paris, la régie publique chargée du prélèvement, du traitement et du transport de l’eau vers la capitale, conteste la mise en œuvre du projet, qui menacerait son réseau de distribution. "On pourrait assister à une catastrophe écologique en puissance, puisqu’une pollution serait gravissime pour les ressources souterraines. Il serait très difficile voire impossible de réparer les dégâts causés par une 'marée noire'", dénonce Dan Lert, président d’Eau de Paris et adjoint à la mairie de Paris en charge de la Transition écologique.

Dans un communiqué, la maire de Paris Anne Hidalgo "réaffirme son opposition ferme et définitive", dénonçant "un risque pour la santé et pour l'environnement". La Ville indique avoir saisi en référé le tribunal administratif de Melun "par l'intermédiaire de son opérateur Eau de Paris", "afin que les autorisations accordées soient annulées".

"À l'heure où les ressources en eau sont de plus en plus menacées, que ce soit par la multiplication des sécheresses liées au changement climatique, aux pratiques de l'agriculture intensive et l'utilisation de pesticides, ou par des activités d'extraction pétrolières d'un autre temps, il est indispensable de les protéger par tous les moyens possibles", ajoute le communiqué.

Une décision "d'ici la fin de la semaine"

Le projet est également pointé du doigt par le groupe écologiste au conseil régional, "qui apporte tout son soutien à Dan Lert", et "appelle à la mobilisation" contre les nouveaux forages.

"Ce projet francilien, dangereux et aberrant, entre en contradiction directe avec la volonté de la population locale et aux objectifs de réduction de production d’énergies fossiles de l’accord de Paris… Nous devons collectivement prendre la direction de la réduction et la sortie de la consommation et la production d’hydrocarbures, tout en mettant en œuvre des plans massifs de reconversion professionnelle de l’ensemble des salarié·es des chantiers de forage vers les secteurs d’avenir en matière de transition énergétique", écrit le groupe dans un communiqué.

Contactée, la préfecture de Seine-et-Marne n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, Bridges Energies ne souhaite pas répondre "tant que la première ordonnance n’est pas rendue, pour ne pas interférer avec le processus".

Interpellé lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale ce mardi, le ministre de l'Industrie Roland Lescure a quant à lui estimé que le projet de forage pétrolier "respecte la loi". Le ministre a évoqué la loi de 2017, et cité des "conditions extrêmes" prévues par l'arrêté préfectoral. Il a notamment mis en avant le suivi des travaux par un géologue, avec "des critères spécifiques imposés aux fluides utilisés pour le forage, le contrôle de l'ensemble des produits chimiques utilisés sur le site" et "le contrôle de la cimentation des puits et évidemment la mesure de la turbidité, c'est-à-dire de la qualité de l'eau".

L’audience au tribunal administratif de Melun a "eu lieu vendredi 26 avril" et "la décision devrait être rendue d'ici la fin de la semaine" selon la mairie de Paris.

Avec M. Cauwel, M. Tafnil et E. Dumas.

Pour info, le 17 mai, le tribunal administratif de Melun a rejeté le recours en référé-suspension d'Eau de Paris contre les travaux d'extension d'un forage pétrolier en Seine-et-Marne, renvoyant la question à une décision ultérieure en estimant "qu'elle ne présente pas de caractère d'urgence".

Eau de Paris estime que ces travaux présentent des risques de pollution de deux de ses captages d'eau potable situés à proximité du site pétrolier, à Villeron et Villemer, qui participent à l'alimentation en eau de la capitale.