JO 2024 : perte de sites olympiques, des élus de Seine-Saint-Denis inquiets

Publié le Mis à jour le
Écrit par Isabelle Audin avec AFP

La suppression des deux structures temporaires qui étaient prévues en Seine-Saint-Denis pour les Jeux olympiques 2024 ont fait réagir des élus de Saint-Seine-Denis qui craignent d'être lésés, malgré les promesses du comité d'organisation (COJO), pour qui ce département «restera au cœur des Jeux». 

Pour trouver quelque 400 millions d'euros d'économies, les organisateurs des Jeux olympiques de Paris-2024 s'apprêtent à retoucher sérieusement la carte des sites qui accueilleront les épreuves olympiques et paralympiques.

Voilà plusieurs mois que le comité d'organisation planche sur une nouvelle maquette pour s'adapter à la crise économique dû à de l'épidémie de Covid-19.

C'est au cours du bureau exécutif réuni lundi, que Paris 2024 a avancé des hypothèses sur une nouvelle carte des sites olympiques.

Deux changements pourraient être actés : le stade nautique ne sera pas installé à Saint-Denis, en face du futur centre aquatique à bâtir, ainsi que l'annulation du site provisoire qui devait être monté au Bourget pour les tournois du volley. 

Il s'agit de "deux sites éphémères et coûteux", indique-t-on au Comité d'organisation des Jeux Olympiques (Cojo). Des changements qui, selon Paris 2024, permettent de faire une économie de 60 millions d'euros pour le stade aquatique et 55 millions d'euros en ce qui concerne le volley.

Le président PS du Conseil Départemental de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel -accompagné d'élus du 93- avait devancé les annonces et lancé un SOS le 10 septembre lors d'une conférence de presse devant le Stade de France.  "Avec les élus de la Seine-Saint-Denis, nous redisons notre attachement aux JOP2024 qui sont une opportunité inédite de dynamisme pour notre territoire et ses habitant.e.s. Certaines options qui circulent ne sont pas acceptables, nous demandons que les discussions se poursuivent." Stéphane Troussel soulève qu'il dit "oui à l’organisation de Jeux plus sobres, mais non pour que la Seine-Saint-Denis soit la variable d’ajustement pour les économies à réaliser. Des épreuves en moins, un Village des médias réduit au minimum... La Seine-Saint-Denis ça ne peut pas être juste le vestiaire des JOP2024!"
"Il faut que l’Etat prenne ses responsabilités pour ne pas sacrifier l’héritage matériel et immatériel de la Seine-Saint-Denis pour qui les JOP2024 constituent aujourd’hui un élément de réparation de la crise. La relance doit aussi avoir lieu dans notre département !"
ajoute t'il.

La natation passe à l'Ouest : de Saint-Denis à La Défense ?             

Ce fut l'une des grandes promesses de la candidature de Paris-2024 : construire, dans le département le plus pauvre de France, une grande piscine à Saint-Denis, juste en face du Stade de France, pour les épreuves de natation.
           
Mais depuis que les JO ont été attribués à Paris, en septembre 2017, le projet multiplie les avaries. Après une alerte sur de possibles surcoûts en mars 2018, le centre aquatique olympique (CAO), un chantier pérenne et principalement à la charge des finances publiques, a d'abord été redimensionné pour accueillir le water-polo et le plongeon, tandis que celles de natation ont été promises à un site provisoire, toujours à Saint-Denis mais financé par l'argent privé du COJO et avec la promesse de réimplanter les trois bassins démontables en Seine-Saint-Denis.
           
Mais depuis cet été, l'idée a surgi de faire migrer les épreuves de natation à l'ouest de Paris, à La Défense Arena (Hauts-de-Seine), où évolue le club de rugby du Racing. De quoi faire bondir le nouveau maire de Saint-Denis Mathieu Hanotin, qui voit une épreuve "reine" des JO s'en aller. La faisabilité technique du transfert à la Défense Arena est à l'étude et rien n'a filtré sur son gain financier par rapport à l'hypothèse précédente. En revanche, le coût du CAO a quand même été réévalué à la hausse fin avril dernier, à 174,7 millions d'euros contre 113 selon un précédent budget.

Le Bourget, une zone olympique réduite ?            

A l'origine, la zone olympique prévue pour s'étaler sur les communes de La Courneuve, Le Bourget et Dugny (Seine-Saint-Denis) devait être richement pourvue : trois épreuves (tir, badminton, volley-ball) et un village des médias promis à devenir un nouveau quartier, une "cité-jardin du 21e siècle" autour du parc départemental de la Courneuve.
           
Mais là aussi, le projet s'effiloche pour faire des économies.
           
Dans un premier temps, en juin 2018, le badminton a été rapatrié à Paris. Quant au village des médias, le Comité international olympique (CIO) et Paris-2024 ont rapidement remis en question sa nécessité pour les JO, alors qu'il figurait au dossier de candidature. Le projet est rendu plus compliqué par les retards dans la livraison des lignes 16 et 17 du métro du Grand Paris. Une contre-expertise est en cours sur ce sujet précis des transports.
           
Le village des médias, qui doit notamment se transformer en 1.300 logements, pourrait être réduit à 400 logements.  Et quid des équipements, écoles, crèches qui doivent aller avec ?
           
Côté épreuves, il est désormais question que le volley-ball, qui devait se dérouler dans une installation provisoire, quitte également Le Bourget. Mais cette ville pourrait récupérer l'escalade, et à terme un mur pérenne pour cette discipline. 

Jean-Baptiste Borsali, nouveau maire DvD de la ville du Bourget réagit à ces annonces :

"Ce qui est désolant c’est que encore une fois, on réduit cette ambition en Seine-Saint-Denis, alors que c’est dans ce territoire qu’il faut investir, car au delà des jeux, c’est l’amélioration du quotidien de vie des gens qui est en jeu, la question de l’héritage. Dans ma ville, j’ai 2 gymnases, une passerelle qui doit relier la ville de Dugny, un village média qui doit être transformé en logements. Ce sont des équipements importants que les habitants attendent pour la Seine-Saint-Denis."

Jean-Baptiste Borsali, maire du Bourget


"On pouvait lier l’utile et l’agréable, c’est important que toutes les caméras du monde soient braquées sur notre territoire pour faire en sorte de montrer une image positive du département", ajoute t'il.

"Je vois d’un mauvais œil qu’on nous retire le volley pour le remplacer par l’escalade, car cela remet en cause un certain nombre d’investissements comme les transports. Quid des lignes 16 et 17 du Grand Paris ? Si l’on perd des épreuves emblématiques et que l’on réduit le village des médias, on a plus la deadline de voir ouvrir des lignes en 2024 pour pouvoir assurer les transports de milliers de personnes".

"Au delà des jeux, c’est l’investissement que ce soient en infrastructures, en transports qui va pénaliser les habitants de la SSD".
 

"On a vendu des JO à la population pour finir par la réduire. Cela donne cette sensation que l’on s’est servi de la SSD pour défendre la candidature de Paris".

Jean-Baptiste Borsali




Finalement, la Seine-Saint-Denis pourrait se voir attribuer les épreuves de tir et d'escalade, initialement prévue ailleurs. 

Stéphane Troussel a réagit ce mercredi sur Franceinfo et juge la "contrepartie tout à fait intéressante".
 

"Resteront en Seine-Saint-Denis à la fois la natation synchronisée et le plongeon, dans le centre aquatique olympique (CAO) qui sera construit en dur à proximité du Stade de France. En contrepartie, nous verrions arriver le rugby au Stade de France et puis, et c'est une innovation intéressante, l'escalade dont le mur serait construit au Bourget sur un site pérenne. Cela laissera donc un héritage à la Seine-Saint-Denis."

Stéphane Troussel, président du Conseil Départemental de Seine-Saint-Denis


       
Stéphane Troussel estime cependant qu’"il reste encore des choses à discuter", notamment dans les mesures d'économie sur le village des médias. "Il y a des mesures qui étaient envisagées qui ne sont pas acceptables et que nous devons continuer de pouvoir faire évoluer.


Ces propositions seront discutées au conseil d'administration le 30 septembre. Une carte détaillée et définitive sera établie lors du CA du 17 décembre. D'ici là, tout peut encore évoluer.