Le président du département, Stéphane Troussel, a annoncé l'expérimentation d'un chèque alimentaire de 50 euros pour 1 000 personnes précaires.
L'inflation alimentaire, qui s'est élevée à 6,2% sur un an en février dernier, touche particulièrement les personnes en situation de précarité. Le gouvernement a ainsi lancé un plan baptisé "Mieux manger pour tous" qui permet à certaines collectivités de lancer des chèques alimentaires, financés en partie par l'État.
En Seine-Saint-Denis, il sera mis en place au 1er semestre 2024. Stéphane Troussel, président (PS) du département de la Seine-Saint-Denis, était l'invité de France Info ce lundi.
Pourquoi le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis va tester les chèques alimentaires ?
Avec la succession des crises, qu'elles soient sanitaires ou économiques, le sujet de l'alimentation a pris une nouvelle ampleur. C'est une bombe sociale très préoccupante pour les familles populaires. Contrairement à ce que certains peuvent penser, cette question de manger sainement, d'avoir des produits durables et de qualité, ce n'est pas qu'un souci de bobo. Chaque élu local constate à quel point cette question de la qualité des repas, notamment dans les cantines, devient un enjeu majeur pour tous les parents, quelle que soit leur situation sociale. Face à cette question sociale et écologique, le département veut expérimenter la mise en place d'un chèque alimentation durable avec l'idée d'une aide financière, 50 euros par mois et par personne pendant six mois avec une bonification financière lorsque les achats sont durables, accompagné par une aide nutritionnelle. On proposera des parcours de sensibilisation sur la nutrition, la qualité alimentaire ainsi que l'accompagnement culinaire.
Qui va bénéficier de ce chèque alimentaire ?
C'est une expérimentation d'environ un millier de bénéficiaires : des ménages en situation de précarité, des étudiants, des femmes enceintes ou avec des enfants en bas âge. On a vu depuis des mois, dans les distributions alimentaires, des nouveaux publics, des étudiants, des familles qui travaillent mais pour qui ça devient de plus en plus dur de se nourrir. Il y a de plus en plus de gens dans les files de distribution alimentaire depuis moins de deux ans, donc cela devient une question sociale très forte.
Ce chèque alimentaire sera-t-il suffisant pour faire face à l'inflation ?
Il y a aussi une question de pouvoir d'achat, donc l'État ne pourra pas se contenter de soutenir des bonnes volontés locales. Je crois qu'il faut sortir de la doxa selon laquelle il ne faudrait pas augmenter les salaires. Je crois qu'une question de revalorisation des salaires les plus modestes, des minima sociaux, mais aussi des allocations familiales qui peuvent permettre aux familles populaires de ne pas être confrontées à cette question de pouvoir d'achat, notamment par rapport à l'alimentation, se pose, si on veut que les gens mangent et mangent sainement.
Faut-il créer une Sécurité sociale de l'alimentation comme le proposait sur franceinfo le député MoDem Richard Ramos ?
Oui je crois que ce chèque alimentation durable peut être une première pierre vers une Sécurité sociale de l'alimentation. Si on veut permettre y compris des relocalisations, des circuits courts, de pouvoir se nourrir correctement et à prix abordable pour toutes et tous, cette Sécurité sociale de l'alimentation, comme l'évoquent un certain nombre d'experts ou de chercheurs, peut être une perspective intéressante.