Salon du livre et de la presse jeunesse : et si nos ados lisaient plus qu'on le pense ?

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Écrit par Mathilde Laban

Pages numériques ou pages papier? Ecrans ou livres ? Alors que le 38e Salon du Livre et de la presse jeunesse s’ouvre ce mercredi à Montreuil, nous avons voulu comprendre quel rapport entretiennent les ados à la lecture.

Avant, Cloé, 15 ans, lisait beaucoup. Mais ça, c’était avant. Son dernier passage dans une librairie remonte à la rentrée de septembre pour acheter... un protège-cahier qui lui manquait.

Aujourd’hui, la collégienne scolarisée en 3e à Thiais en Essonne admet : “Petite, je passais beaucoup de temps avec mes parents à lire des livres. Nous allions tous les samedis à la bibliothèque, et ils m’en achetaient régulièrement. Aujourd’hui, je lis beaucoup moins et plus du tout sur papier ! Pour moi, la lecture, c’est surtout un devoir qu’on me demande en classe.

Quant à Tristan, élève en première scientifique à Paris, il n'achète plus ses mangas en librairie. Il les dévore sur son smartphone. "Les seuls livres que je vais acheter, ce sont ceux pour le bac de Français", explique-t-il.

Quelles sont les raisons qui poussent les ados à se détourner du papier? A l’arrivée de l’adolescence, Cloé a eu l’impression “d’avoir moins de choix dans les vitrines des libraires”. Moins représentée, la littérature pour adolescents? Pas forcément. “42% des titres de la littérature jeunesse sont de la littérature adolescente ou pré-adolescente, à partir de 10 ans”, confirme Sylvie Vassallo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse.

40% des jeunes ont déjà lu un livre sur un smartphone

Ce qui a surtout changé, ce sont les habitudes. Les jeunes Français, de 7 à 25 ans, passent huit fois plus de temps en ligne qu'à lire, révèle une étude publiée en février 2022 par le Centre national du livre (CNL).

Mais ce n'est pas pour autant que la jeune génération n'est pas avide de lecture, même si la pratique décline à l’entrée du collège, et chez les garçons notamment.   Les jeunes lisent encore, mais délaissent le papier. De nouvelles pratiques se développent. 40% des jeunes ont déjà lu un livre sur un smartphone, c’est 14 % de plus qu’en 2016.

A la librairie le Marque Page, à Choisy-le-Roi, dans le Val-de-Marne, Cécilia Bianchi a senti le vent tourner. Depuis quelques années, elle a changé les rayons de sa librairie et commande beaucoup plus de mangas aux éditeurs. “Il serait faux de dire que les jeunes ne lisent plus. Au contraire, ils ont de l’appétence pour la lecture, mais leur intérêt se porte plus sur les mangas que sur les romans.”

#BookTok

Et puis il y a eu un petit nouveau qui a fait son entrée sur le marché de la littérature jeunesse : TikTok. Improbable quand on pensait la plateforme chinoise plus encline à nous montrer des chorégraphies. Et pourtant : il est "devenu prescripteur", assure la libraire. Au rayon des romans ados, il crée la tendance grâce à son hashtag #BookTok qui explose. Vidéos courtes, effets visuels, musique : son format s’avère redoutable pour dévoiler un coup de cœur littéraire. En août dernier, par exemple, beaucoup d’ados ont réclamé “Captive” de Sarah Rivens (Hachette Romans) parce qu'ils l'ont vu sur TikTok. Rupture de deux semaines, le temps que l’éditeur adapte son tirage, raconte le site Livres Hebdo. Selon TikTok , #BookTok a engrangé plus de 84 milliards de vues. En témoigne les milliers de followers des videos de Marion sur le réseau social chinois, une éditrice freelance. 

"L'important, c'est le goût de la lecture"

Sur papier ou sur écran, “qu’ils lisent ce qu’ils veulent, des BD, des mangas..., peu importe, l’important, c’est de lire”, assure Tom Lévêque, fondateur avec son frère des éditions du Grand Peut-Etre et auteur d’un guide de littérature ado “En quête d’un grand Peut-Etre", pour devenir incollable sur la littérature destinée aux adolescents.

"Les réseaux sociaux? Il y a certainement plein de choses très intéressantes à proposer et à explorer”, poursuit-il. Mais un livre ne peut pas avoir du succès seulement grâce à eux : il faut pouvoir y retrouver les bons ingrédients qui font la marque de fabrique de la littérature adolescente", rappelle l’éditeur : "C’est une littérature de l’intensité qui retranscrit l’énergie propre à cette tranche d’âge, toutes les premières fois vécues et les sentiments forts comme l’amitié, l’amour et ou les disputes familiales."

Qu’elle qu’en soit la forme, la littérature adolescente a encore de beaux jours devant elle.

Le salon du livre et de la presse jeunesse se tient jusqu'au 5 décembre à Montreuil.

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