Soupçon de favoritisme : trois ans de prison avec sursis requis contre l'ancien maire de Noisy-le-Sec

L'ancien maire (UDI) de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, Laurent Rivoire, est accusé d'avoir attribué de manière irrégulière des millions d'euros de contrats de marchés publics.

Quand on en fait le total, la somme est vertigineuse. Une vingtaine de marchés litigieux sont visés dans cette procédure pour un montant estimé à quelque 3,4 millions d'euros de contrats.

Laurent Rivoire, 58 ans, ancien maire de Noisy-le-Sec de 2010 à 2020, comparaît devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour "favoritisme", "prise illégale d'intérêts" et "trafic d'influence". Le ministère public a requis trois ans de prison avec sursis et 130 000 euros d'amende à son encontre, assortis d'une peine d'inéligibilité de trois ans. Il a estimé que le favoritisme était caractérisé pour une dizaine de marchés.

Il clame son innocence

"J'étais complètement novice dans beaucoup de choses", a quant à lui argué l'ancien édile. À savoir s'il le referait, l'ancien notaire a répondu : "J'aurais fait certainement la même chose" tout en rappelant qu'il y avait "des règles, je les respecte". "Je ne connaissais pas l'ordonnance de 2005" relative aux marchés publics, confie d'abord l'ex-premier magistrat de la commune, "novice dans beaucoup de choses" à sa prise de fonction.

Puis son inexpérience s'atténue au fil de son interrogatoire. "Je savais qu'il y avait des seuils, des formalités dépendant des seuils, mais je ne savais pas de quels textes ça venait".

À la barre, M. Rivoire, veste grise sur chemise blanche, explique avoir dû redresser la société anonyme d'économie mixte (SAEM) Noisy-le-Sec Habitat, étant également PDG de cet office HLM gérant environ 2 200 logements sociaux.

Entre saleté et dégradation des logements, il faut "parer au plus pressé", faire du nettoyage et investir pour rénover. Et puis les locataires du parc, "c'est 15% de la population", il convient de "ne pas les mécontenter surtout à l'approche des élections", déclare-t-il dans son audition, lue à l'audience. "J'ai jamais pris d'argent à la SAEM", se défend-il, lui qui demande à la justice de "laver (son) honneur".

"Pratiques mafieuses"

"L'enquête n'a pas été assez poussée pour savoir où cet argent allait. C'est dommage...", déplore de son côté Jean-Louis Péru, l'avocat de l'office HLM, partie civile aux côté de la Ville et de l'association anticorruption Anticor.

"Dans ce dossier, il y a des éléments qui relèvent de pratiques mafieuses", considère l'avocat, soulignant que "les premières victimes" sont la SAEM et ses locataires précaires.

Mercredi, six chefs d'entreprise se sont relayés pour expliquer comment ils avaient décroché la vingtaine de contrats irréguliers visés par la procédure.

À ses côtés, huit prévenus sont jugés dont un consultant en communication qui aurait été le véritable dirigeant de la SAEM. La procureure a requis deux ans de prison avec sursis et 75 000 euros d'amende contre lui, et une peine similaire pour un second consultant ayant bénéficié de contrats frauduleux. Elle a demandé la relaxe pour les six autres prévenus faute d'éléments suffisamment caractérisés.

Réélu en 2014, Laurent Rivoire a perdu son fauteuil aux dernières élections, remportées par le communiste Olivier Sarrabeyrouse. Il reste conseiller municipal d'opposition mais assure avoir "tourné la page de la politique" après sa récente défaite.

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