Violences conjugales : "J’avais envie de dire : 'je suis en danger, au secours aidez-moi !' Mais je ne pouvais pas car j’avais honte"

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Écrit par Un témoignage recueilli par Elise Ferret et Martin Cauwel/ Emmanuelle Hunzinger
Kenza, victime de violences conjugales, témoigne de son calvaire enduré pendant plusieurs mois.
Kenza, victime de violences conjugales, témoigne de son calvaire enduré pendant plusieurs mois. © France 3 PIDF

A l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, nous avons rencontré Kenza. Cette jeune femme de 30 ans témoigne des coups qu’elle a reçus pendant plusieurs mois, de la honte que l’on éprouve et du courage qu’il faut pour porter plainte.

L’interview commence par un silence et quelques mots murmurés : "on va y arriver", souffle-t-elle, pour se donner le courage de se livrer, dévoiler l’inacceptable et trouver les mots justes pour témoigner de son calvaire. Pendant plus de 7 mois, cette mère de 2 enfants a été battue par son conjoint avec qui elle travaillait dans une association en Seine-Saint-Denis. Jusqu’au jour où il y a eu les coups de trop.

Les coups de trop

Ce jour-là, elle subit deux agressions de la part de son compagnon et frôle la mort. "Il m’a attrapé le cou avec ses deux mains et me serrait de plus en plus fort. Je n’arrivais plus à respirer. J’ai regardé dans ses yeux. Je voyais un regard noir, de la méchanceté", livre-t-elle.

Elle poursuit : "J’avais juste deux images en tête, celle que j’allais partir et celle de mes enfants. C’était une certitude", témoigne-t-elle, les larmes aux yeux.

"A cet instant-là, j’ai compris que ses promesses, celles où il disait qu’il allait arrêter de me lever la main dessus étaient totalement fausses, qu’il allait continuer à le faire." 

Quelques heures plus tard, dans la même journée, les coups pleuvent à nouveau. "Il était en bas de chez moi, comme d’habitude pour passer la pommade, se faire pardonner. Je pense qu’il avait compris, ce que je pensaisque plus jamais, il ne relèverait la main sur moi et que je ne voulais plus le revoir, qu’il allait sortir de ma vie définitivement. Il m’a répondu 'tu ne peux pas me laisser'".

Son agresseur évoque les enfants. Kenza ne tombe pas dans le piège. "Les enfants j’ai dit, 'non, ça ne marche plus, me prendre par les sentiments avec mes enfants, ça ne fonctionne plus. Si tu aimes vraiment mes enfants, tu ne feras jamais du mal à leur maman'."

Kenza est une nouvelle fois violemment agressée. "Il a commencé par me mettre une claque puis une autre puis encore une autre. Il m’a secouée avec une violence extrêmement rare, j’avais l’impression que ma tête allait se décoller de mon corps. J’étais contre une voiture, il a pris ma tête et me l’a tapée sur le capot de la voiture".

Non je ne suis pas un sac de boxe, pour se défouler il faut aller dans une salle de sport

Kenza

La violence de son ex-conjoint ne s’arrête pas là. "Il m’a mis un grand coup avec son pied qui est arrivé au niveau de mon estomac. Je suis tombée en arrière et j’ai tapé le trottoir, j’ai perdu connaissance pendant quelques secondes", raconte la jeune femme. Une passante, témoin de la scène, appelle la police.

A chaque fois, son ex-conjoint justifie sa violence. "Il me tapait dessus sous prétexte qu’il était fatigué, qu’il avait besoin de se reposer, qu’il était au bout du rouleau, que je n’avais pas le droit de l’abandonner", nous explique-t-elle.

Selon Kenza, la violence était tout simplement devenue banale. "S’acharner sur une femme, ce n’est pas humain, ce n’est pas humain", répète-t-elle. "Non je ne suis pas un sac de boxe, pour se défouler il faut aller dans une salle de sport", se révolte-t-elle.

La honte de soi

Kenza prend alors conscience de l’emprise de cet homme et du déni dans lequel elle s’est enfermée. "Une fois qu’on est dedans, c’est un cercle vicieux. J’avais honte d’en parler, je me voilais la face en me disant 'ça va s’arranger', mais non, il n’a jamais cessé."

Je voulais garder une certaine image de moi-même et un peu de fierté car dans les moments comme ça, quand tu prends les coups partout, il n’y a plus de fierté, il n’y a plus de dignité, tu te sens moins que rien, détruit

Kenza

Surtout, elle prend conscience qu'elle a accepté l’inacceptable depuis bien trop longtemps. Elle se reconnaît comme une victime. "Mes amis me disaient, 'tu as un fort caractère, tu souris tout le temps', alors qu’ils ne savaient pas qu'au fond de moi, il y a un mal-être, que j’ai envie de crier, de pleurer, de dire je suis en danger, au secours aidez-moi", avoue-t-elle la voix enrouée. Elle ajoute : "Mais je ne pouvais pas car j’avais vraiment honte du regard des gens tout simplement", dit-elle en esquissant un sourirese rappelant la femme qu’elle était avant, pétillante, joyeuse, pour rependre ses mots. 

Porter plainte et témoigner

Après cet énième déchaînement de violence, la jeune femme a eu la force de porter plainte. Une démarche longue et difficile. "Depuis des mois, je passais devant le commissariat. Je restais devant et je faisais un pas en arrière. Je n’osais pas."

Aujourd’hui, elle a décidé de témoigner. A visage découvert. "J'aimerais vraiment que le message passe et que ça n’arrive plus", affirme la jeune femme. Elle souhaite servir d’exemple à d’autres femmes. Son combat : "inciter d’autres victimes à porter plainte, sauver d’autres femmes, les éloigner de ces monstres-là".

Le mot victime, ça fait mal, personne n’aime avoir une étiquette de victime

Kenza

Elle livre bataille également sur ce sentiment de honte qui la taraude encore et qui mine aussi d'autres femmes, victimes comme elle. "Ce n’est pas une honte, c’est eux qui doivent avoir honte de leur comportement. Le mot victime, ça fait mal, personne n’aime avoir une étiquette de victime, mais on doit passer par là, pour affronter les choses telles qu’elles sont et avancer", assène-t-elle.

Un mois après les faits, Kenza porte encore dans son corps les stigmates de ce déchaînement de violences. Elle boite et reste marquée dans son corps, toujours hantée par sa dernière agression. "Aujourd’hui, je ne dors plus, je dois prendre des somnifères. Impossible de fermer les yeux car j’ai toujours cette même image, ce regard noir."

"C’est très violent, je ne sais pas comment je peux m’exprimer pour vous dire à quel point c’est dur de se trouver face à une telle violence et d’essayer de rester forte pour les gens qui nous aiment, pour mes enfants", murmure-t-elle.

Aujourd’hui Kenza (et ses enfants), est séparée son ex-conjoint qui n’a plus droit de l’approcher. Un procès aura lieu au printemps prochain au tribunal de Bobigny. "J’attends que la justice soit faite, que cette personne paie pour le mal physique et psychologique qu’elle a pu me faire pendant des mois."

Kenza souhaite retrouver sa joie de vivre "d'avant", elle sait qu'elle trouvera les ressources au fond d'elle-même, aidée également par les associations et la Maison des femmes de Saint-Denis, pour assumer cette bataille, pour elle et les autres femmes, victimes de violences conjugales.

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