La situation du jeune Aymen, qui avait sauvé deux enfants d'un incendie réexaminée par la préfecture

© Nicole Bappel
© Nicole Bappel

Les autorités ont annoncé lundi qu'un sans-papiers tunisien qui avait sauvé deux enfants des flammes en 2015 dans le Val-d'Oise et risquait d'être renvoyé dans son pays n'était plus sous la menace d'une expulsion.

Par Isabelle Audin

Son sort tranchait avec celui de Mamoudou Gassama, un Malien de 22 ans qui a sauvé un enfant en escaladant un immeuble à Paris. L'exploit de ce dernier, filmé et vu des millions de fois sur les réseaux sociaux, lui a permis d'être rapidement régularisé après avoir été reçu à l'Elysée par Emmanuel Macron.

Aucune image de l'acte de bravoure de Mohamed Aymen Latrous n'avait été enregistrée. Depuis janvier, le Tunisien de 25 ans à qui la préfecture du Val-d'Oise avait refusé un titre de séjour, faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Une médiatisation aux répercutions positives 

Devant la médiatisation de son cas initiée dimanche par Le Parisien, le ministre de la Cohésion des Territoires Jacques Mézard a dit lundi qu'il souhaitait qu'il ne soit pas expulsé.

Dans un communiqué lundi soir, le préfet du Val-d'Oise a annoncé avoir "décidé de procéder à un réexamen de la situation de l'intéressé", le jeune homme s'étant vu promettre récemment une embauche "en CDI à temps plein dans une société du Val-d'Oise". "En conséquence, une abrogation de l'OQTF va être notifiée à M. Latrous", est-il ajouté.

Le préfet précise que "la nouvelle instruction de la demande de titre de séjour qui suivra aussitôt tiendra nécessairement compte de l'acte positif et altruiste par lequel M. Latrous s'est distingué en 2015".

Acte de bravoure

Dans la soirée du 10 avril 2015, alors qu'il se promène avec deux amis, le jeune homme entend une mère de famille appeler au secours. Des flammes s'échappent de la cuisine de l'appartement. Les trois amis se précipitent à l'étage. Le Tunisien s'empare du bébé de 19 mois, qu'il protège de son mieux des fumées toxiques, tandis que ses compagnons s'occupent de mettre à l'abri son grand frère et d'éteindre le feu.

Les trois hommes s'étaient éclipsés aussitôt après, si bien que la mère avait dû lancer un appel dans le journal pour retrouver la trace des sauveteurs de ses enfants.

Le jeune sans-papiers tunisien avait finalement été distingué par le maire communiste de Fosses (10.000 habitants), qui lui avait remis la médaille de la ville quelques semaines plus tard. Puis, en 2017, l'édile avait écrit à la sous-préfecture de Sarcelles pour appuyer sa demande d'un titre de séjour.  Sans effet.

L'avocate du jeune sans-papiers Philippine Parastatis avait formé un recours devant le tribunal administratif devant le refus de titre de séjour et l'OQTF de janvier 2018.

Avant le communiqué de la préfecture, Me Parastatis avait regretté  qu'"il faille que ce soit médiatisé pour qu'il y ait une solution".

Elle rejoignait ainsi la critique que des associations d'aide aux migrants avaient adressée à l'exécutif après la régularisation de Mamoudou Gassama. Un geste régalien qui, selon elles, permettait de faire oublier le tour de vis de l'exécutif sur l'immigration. Mohamed Aymen Latrous a expliqué avoir décidé de contacter Le Parisien quand il a appris ce qui était arrivé au jeune Malien. Pour autant, dit-il, "j'ai pas fait ça pour avoir des papiers. J'ai juste sauvé des gamins, sans réfléchir".

Arrivé en France fin 2013, au terme d'un périple de deux mois à travers les Balkans, il a expliqué espérer obtenir maintenant une carte de séjour. Autant pour pouvoir "aider" ses parents, son frère et ses petites soeurs restées en Tunisie que pour, enfin, "construire sa vie".

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