Six ans après les attentats de janvier 2015, la cour d’assises spéciale de Paris a rendu son verdict

Les magistrats ont rendu leur verdict ce mercredi au procès des attentats contre Charlie-Hebdo et l’Hyper Cacher en janvier 2015. Les accusés sont condamnés à des peines allant de 4 ans de prison à la perpétuité. Le principal accusé Ali Riza Polat a été condamné à 30 ans de réclusion.

La salle d'audience du procès des attentats de janvier 2015, à l'ouverture des débats, le 2 septembre 2020.
La salle d'audience du procès des attentats de janvier 2015, à l'ouverture des débats, le 2 septembre 2020. © ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV

Après 3 mois d’une audience historique, filmée pour la première fois, et 48 heures de délibération, les cinq magistrats professionnels de la cour d'assises spéciale de Paris ont rendu leur verdict cet après-midi, mercredi 16 décembre.

Des condamnations de 4 ans de prison à la réclusion à perpétuité

Les peines vont de 4 ans de prison à la réclusion à perpétuité. Elles sont dans l'ensemble inférieures aux réquisitions du parquet national antiterroriste, qui avait réclamé la perpétuité pour deux accusés et de cinq à trente ans de prison pour les douze autres, estimant qu'ils avaient servi de "cheville ouvrière" aux attaques jihadistes. La cour d'assises spéciale de Paris a écarté la qualification terroriste pour 6 des 11 accusés présents.

► Ali Riza Polat, le principal accusé, présenté comme le bras droit du tueur de l’Hyper Cacher a été condamné à trente ans de réclusion criminelle pour "complicité" des crimes terroristes commis par les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly. La cour a assorti cette peine d'une période de sûreté des deux tiers. Les magistrats n'ont pas suivi les réquisitions du parquet national antiterroriste, qui avait réclamé la perpétuité à l'encontre du principal accusé présent.

Selon son avocate, Isabelle Coutant-Peyre, Ali Riza Polat, va faire appel de sa condamnation ouvrant ainsi la voie à un second procès.

► Hayat Boumeddiene, la compagne toujours en fuite d’Amédy Coulibaly a été jugée par défaut et condamnée à 30 ans de réclusion. Une peine conforme aux réquisitions du parquet national antiterroriste, qui avait souligné le "rôle important" dans la préparation des attentats de la jeune femme, partie en Syrie quelques jours avant les attaques.

► Mohamed Belhoucine, présumé mort en Syrie et qui était également jugé par défaut, a été condamné à la plus lourde peine, la perpétuité. Il est considéré comme le mentor présumé du tueur de l'Hyper Cacher, Amédy Coulibaly. Il a été reconnu coupable de "complicité" de crimes terroristes.

► Trois autres accusés, tous proches d'Amédy Coulibaly, ont été reconnus coupables d'association de malfaiteurs terroristes, la cour ayant estimé qu'ils ne pouvaient ignorer la nature du projet du tueur de l'Hyper Cacher, dont ils connaissaient les convictions.

Parmi eux, Amar Ramdani a écopé de la peine la plus lourde: 20 ans de réclusion, assortie d'une période de sûreté des deux tiers. Nezar Mickael Pastor Alwatik, ex-codétenu d'Amédy Coulibaly, a été condamné à 18 ans de réclusion, et Willy Prevost à 13 ans de réclusion.

► Les cinq magistrats professionnels ont en revanche abandonné la qualification terroriste pour six accusés, qui ne connaissaient que peu Amédy Coulibaly et pour lesquels "aucune conviction ou idéologie religieuse de type radicale" n'a été établie. Des peines allant de cinq à dix ans de prison ont ainsi été prononcées contre quatre accusés impliqués dans le volet "belgo-ardennais", reconnus coupables d'un simple délit "d'association de malfaiteurs": Metin Karasular, Michel Catino, Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez. Huit ans de prison ont été prononcés contre Saïd Makhlouf et Mohamed Fares, reconnus coupables des mêmes faits. Le seul accusé qui comparaissait libre, Christophe Raumel, a été condamné à quatre ans de prison.

► La cour d'assises spéciale a enfin constaté l'extinction de l'action publique à l'encontre du 14e accusé, Mehdi Belhoucine, frère de Mohamed Belhoucine: le jeune homme, présumé mort et lui aussi jugé par défaut, avait déjà condamné en janvier pour association de malfaiteurs terroriste dans le procès dit des "fantômes du jihad".

 

"Les répercussions ne s'effaceront jamais"

Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo

Ce verdict a été accueilli en silence par les nombreuses parties civiles présentes aujourd'hui dans la salle. Parmi elles, des proches des 17 victimes des attaques, l'ex-otage de l'Hyper Cacher Lassana Bathily, des survivants du massacre à Charlie Hebdo, son directeur de la rédaction Riss, Sigolène Vinson ou Simon Fieschi.

"Le cycle de la violence, qui s'était ouvert il y a bientôt six ans dans les locaux de Charlie Hebdo, se sera enfin refermé", a estimé Riss, le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo parlant de l'après-verdict. Des propos publiés ce mercredi dans un éditorial du journal satirique, ajoutant : "Au moins sur le plan pénal car, humainement, les répercussions ne s'effaceront jamais, comme les témoignages des victimes venues s'exprimer à la barre l'ont mis en évidence".

Pour Richard Malka, l' avocat de Charlie Hebdo, "c'est la fin de quelque chose aujourd'hui, ça a été douloureux, incandescent, ça a été une étape d'un deuil, nécessaire et indispensable et j'espère aussi que c'est le début d'autre chose".
    
"Pour la plupart des victimes (...) je crois que le sentiment qui s'érige c'est celui d'avoir été entendu je crois que le sentiment qui sort de cette salle de cour d'assises c'est celui de la justice enfin rendue, d'un verdict longuement" a réagi l'avocat des victimes de l'Hyper Cacher, Patrick Klugmann.

"Ca clôt un chapitre de ma vie" a témoigné Michel Catalano, imprimeur et otage des frères Kouachi.

Lassana Bathily, ancien magasinier de l'Hyper Cacher, qui avait dissimulé des otages a déclaré : "on va pouvoir tourner une page (...) la justice est faite".

Pour Isabelle Coutant-Peyre, l'avocate du principal accusé, Ali Riza Polat, "les vrais coupables n'étaient pas dans le box!" (...)"On a pris des gens innocents pour les offrir à la vindicte, cette cour aurait été courageuse d'acquitter mais ce n'était pas satisfaisant pour les victimes.
 
    
    
    
  

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