"Un fiasco humain" : le Hub de la réussite liquidé, 120 salariés licenciés et plus de 3 000 jeunes sur le carreau

Il s'agissait de l'une des plus importantes structures dédiées à l'insertion professionnelle des jeunes en Île-de-France. Les écoles de la deuxième chance (E2C) des Yvelines, de Seine-et-Marne et du Val-d'Oise, une mission locale située à Persan (Val-d'Oise) ainsi que plusieurs structures d'accompagnement du "Hub de la réussite" ont dû fermer leurs portes début février.

"Un fiasco humain", "une belle réussite !", "un désastre". Le tribunal de Cergy-Pontoise a prononcé la liquidation judiciaire du "Hub de la réussite" le mardi 23 janvier, effective depuis ce mardi.

L'association "Hub de la réussite", dont le siège est situé à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise) et qui se voulait être un "incubateur de talents", a accumulé plus de 3 millions d'euros de dettes. Or, elle laisse aujourd'hui près de 120 salariés, ainsi que plus de 3 000 jeunes accompagnés sur le carreau.

Lorsque nous avons appris la liquidation, c'était compliqué à digérer car on ne s'y attendait pas

Mahfiza Umarova, représentante des salariés et élue CGT

auprès de France 3 Paris Île-de-France

"Lorsque nous avons appris la liquidation, c'était compliqué à digérer car on ne s'y attendait pas, confie Mahfiza Umarova, représentante des salariés et élue CGT. Nous ne savions pas comment l'expliquer à nos jeunes et vers quoi les rediriger."

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Une décision judiciaire aussitôt "regrettée" par le conseil régional d'Île-de-France qui souhaite garantir une continuité de l'accompagnement à l'ensemble des jeunes bénéficiaires des Écoles de la deuxième chance (E2C) de la structure, "afin d’éviter toute rupture dans leurs parcours d’insertion", a-t-elle précisé dans un communiqué.

La Région a sollicité les E2C de l’Essonne, du Val-de-Marne et de Seine-Saint-Denis qui ont accepté la poursuite des accompagnements des jeunes

Région Île-de-France

dans un communiqué

"La Région a sollicité les E2C de l’Essonne, du Val-de-Marne et de Seine-Saint-Denis qui ont accepté la poursuite des accompagnements des jeunes". Ces structures, également associatives, doivent proposer un reclassement des employés licenciés, a assuré la Région.

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"Le Hub est un fiasco humain", a jugé dans un communiqué l'un des principaux syndicats de la formation privée, le SNPEFP-CGT, à la suite de l'annonce de la liquidation du Hub de la réussite "qui porte très mal son nom aujourd'hui". Un mois après l'annonce de la liquidation, les salariés espèrent désormais tourner la page. "Nous continuons encore à souffrir car ce n’est pas encore tout à fait terminé", se désole Mahfiza Umarova.

Or, il reste encore des notes de frais non remboursées, des primes sur objectifs non versées, ou encore des prélèvements par le Hub concernant leur retraite surcomplémentaire qui n'ont pas été versés à leur assureur. "C’est plus que de la maltraitance, psychologiquement on en peut plus."

Une "situation alarmante" et des défaillances de gestion

"À plusieurs reprises, notre groupe vous a interpellé sur la situation alarmante de cette structure, présidée par un conseiller régional de votre majorité." Par ces mots dans un communiqué, Rachid Temal, sénateur et conseiller régional PS du Val-d'Oise ne cache pas son agacement face à la situation de la structure en octobre dernier.

À plusieurs reprises, notre groupe vous a interpellé sur la situation alarmante de cette structure

Rachid Temal, sénateur et conseiller régional PS du Val-d'Oise

dans un communiqué

Fin janvier, le groupe socialiste, écologiste et radical (SER) au conseil régional mettait en lumière "une dérive financière", plombée par un siège social qui coûterait entre 250 000 et 300 000 euros par an, selon Le Parisien. "Je vous ai adressé un courrier qui est malheureusement resté sans réponse de votre part", s'est-il fendu dans un communiqué ce 9 février. "C’était un peu un scandale. Nous avions reçu vingt salariés qui étaient dépités de la situation financière du Hub. Nous n'avions pas cessé d’alerter", nous rappelle un collaborateur au groupe socialiste à la Région.

Quant aux salariés, ils avaient dénoncé la "casse" de leur outil de travail et le train de vie "démesuré" de la direction de la structure, quelques semaines après l'annonce du redressement judiciaire fin octobre. Ils ont également demandé la démission du président de la structure, le conseiller régional UDI de la majorité Benjamin Chkroun, dans un communiqué de la SNPEFP-CGT.

Or, la Région soutient avoir proposé, avec l'État, un plan de restructuration de l'association "qui n'a pas été mis en œuvre" après avoir alerté sur des "défaillances de gestion". "Aujourd’hui, le Hub de la réussite est très fortement endetté faute d’avoir pris les mesures nécessaires", conclut la Région.

Aujourd’hui, le Hub de la réussite est très fortement endetté faute d’avoir pris les mesures nécessaires

Région Île-de-France

dans un communiqué

"Le Hub était composé de structures dont l'équilibre financier est extrêmement difficile à trouver. Sans rentrer dans les responsabilités ciblées sur quelqu’un, l’erreur a sans doute été de voir trop gros", résume Catherine Arenou, vice-présidente du département des Yvelines déléguée à l'insertion et maire divers droite de Chanteloup-les-Vignes.

Des dispositifs "efficaces", mais au coût trop important ?

"Ce n’est pas la réussite qui était en cause, mais le coût par jeune accompagné qui était trop compliqué et qui a causé le déséquilibre complet de toute la structure." L'élue yvelinoise décrit un Hub qui a été "débordé" par le nombre de dispositifs et le nombre de jeunes accompagnés. 

Ce n’est pas la réussite qui était en cause, mais le coût par jeune accompagné qui a causé le déséquilibre complet de toute la structure

Catherine Arenou, vice-présidente des Yvelines et maire DVD de Chanteloup-les-Vignes

auprès de France 3 Paris Île-de-France

Si elle salue de multiples dispositifs qui ont été "efficaces" et "très intéressants pour nos publics", elle préconise d'en réduire le nombre, ainsi qu'un retour à une E2C par département. "Il va falloir réduire à une E2C dans les Yvelines avec un ou deux pôles pour l’instant afin de suivre certains jeunes qui avaient commencés à être accompagnés dans le dispositif, poursuit l'édile. Il doit également y avoir des indications claires sur des profils dont on est sûrs qu'une E2C est une porte de sortie certaine pour eux."

Concernant le financement des E2C, "les communautés d'agglomération et les départements doivent rester à la marge", rappelle-t-elle, insistant sur le fait que le financement de l'État "est le plus justifié" concernant des jeunes dont une solution n'a pas été trouvée par l'Éducation nationale. "Les communautés d'agglomération et les départements ne doivent pas arriver comme les sauveurs absolus du dispositif."

Aujourd'hui, Mahfiza Umarova esquisse une once de soulagement : "les nouvelles structures commencent à être créées pour rouvrir les trois E2C dans le Val-d'Oise, la Seine-et-Marne et les Yvelines." Elle espère que jeunes et salariés pourront retrouver les mêmes locaux. "Les statuts sont apparemment déposés et les salariés ont commencé à prendre contact avec les futures E2C."

Les nouvelles structures commencent à être créées pour rouvrir les trois E2C dans le Val-d'Oise, la Seine-et-Marne et les Yvelines

Mahfiza Umarova, représentante des salariés et élue CGT

auprès de France 3 Paris Île-de-France

Formatrice dans l'E2C du Val-d'Oise, Mahfiza espère retrouver dans les futures E2C, les valeurs qu'elles a connu lorsqu'elle a été embauchée il y a onze ans. "J’avais adhéré à leurs valeurs, qu’on a perdues quand le Hub a été créé. J’avais l’impression que les jeunes n’étaient plus la priorité", se souvient-elle.

Lancé en 2019, le Hub de la réussite est à l'origine d'une reprise en 2018 de l'École de la deuxième chance (E2C) des Yvelines, alors en grande difficulté financière, par sa voisine du Val-d'Oise. Elles bénéficiaient de multiples sites, aux Mureaux, à Trappes et Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines, ainsi qu'à Argenteuil, Sarcelles et Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise.

Le Hub avait également intégré une association de Saint-Leu-la-Forêt ainsi que la mission locale de Persan, qui a définitivement fermé ses portes le 5 février selon Le Parisien, laissant de nombreux jeunes sans accompagnement.

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