Voyage à Nantes : Isaac Cordal ou l'expo qu'il faut avoir vu...

© éric guillaud
© éric guillaud

Vous revenez de vacances et n'avez déjà plus une minute à vous. Il faut préparer la rentrée, acheter le cartable pour le petit dernier, refaire la déco de l'appartement et ranger les palmes et tubas dans le grenier. Alors Le Voyage à Nantes... vous savez....

Par Eric Guillaud

Bon ok, vous êtes débordés et avez défini des priorités. Du coup, vous avez remis Le Voyage à Nantes à plus tard. Sauf que plus tard, ce sera trop tard ! Le Voyage à Nantes s'arrête le 1er septembre, autant dire dans une petite poignée de jours. Alors, sachez que vous pouvez aussi tricher, sauter quelques étapes, attraper un vélo, un taxi, une trottinette pour vous avancer d'une case et même vous limiter à deux ou trois expositions. Vous ne serez pas punis. Et si c'est encore trop pour vos petites gambettes joliment bronzées, alors je vous suggère de faire le voyage en mode express, une expo, une seule, oui mais laquelle ?

Pas d'hésitation, si vous tenez à avoir un minimum de conversation cet hiver dans les dîners en ville, direction les installations d'Isaac Cordal. Trois lieux : rue Kervégan, la place du Bouffay et les douves du château.

C'est l'une des pièces maîtresses de ce Voyage à Nantes 2013, une véritable découverte, un artiste exceptionnel qui s'interroge - nous interroge - sur nos choix de société avec des installations étonnantes, sombres et poétiques, des mises en scène d'un monde à bout de souffle. Adepte d'un street art engagé, combatif, Isaac Cordal mène par son travail une réflexion profonde sur le progrès et ses effets secondaires, le libéralisme, l'individualisme, la misère, la crise économique bien sûr...

Isaac Cordal est espagnol alors, plus que d'autres peut-être, l'artiste voit et subit de plein fouet les effets dévastateurs de la crise.

Première étape, Le Nouvel esclavage au Temple du Goût rue Kervégan.
Un camp de la mort élaboré avec des attaché-cases. Voilà une entrée en matière plutôt brutale. Le visiteur est prévenu, Isaac Cordal ne fait pas dans la tendresse, le pastel, le rigolo. Plus loin, des figurines en ciment, des hommes, uniquement des hommes, tous en costume-cravate, tous solidement cramponnés à leurs attaché-cases comme s'ils pouvaient encore échapper au pire. Posés sur des barques qui tournent en rond et finissent par sombrer, enfermés dans de sinistres clapiers à lapins transformés en bureaux ou pris dans des pièges à rat, ces personnages, qu'ils soient financiers, hommes d'affaire ou liquidateurs, nous parlent d'un monde qui a renoncé à l'utopie, à l'imaginaire, à la beauté, à la liberté, à la vie tout simplement.

Deuxième étape, Follow the Leaders, place du Bouffay.
Une ville en ruine, deux milles figurines, des hommes, toujours des hommes, en costume-cravate, cramponnés ici aussi à leurs attaché-cases. De-ci de-là, des policiers qui veillent, qui canalisent... Isaac Cordal présente sur cette installation visible de jour comme de nuit une métaphore de l'écroulement du capitalisme. Les maisons se fissurent, s'écroulent, les rues sont jonchées de débris, les lampadaires rouillent sur place et les hommes se balancent dans le vide ou disparaissent, engloutis par les gravats tels des ordures dans une décharge sauvage. Pour Isaac Cordal, ce monde-là, le notre , est appelé à disparaître...

Isaac Cordal aux douves du château 2

Troisième étape, Waiting for climate change, les douves du château.
Personnages avec ou sans bouées mais toujours en costume-cravate, attaché-cases qui flottent, Isaac Cordal investit les douves du château, avec des figurines à l'échelle 1 cette fois, et évoque un effet direct du progrès, le changement climatique et la montée des eaux. Les personnages d'Isaac Cordal attendent l'événement avec fatalisme. Une vision noire relevée comme parfois dans l'oeuvre de l'artiste d'une touche d'humour, ici les canards qui s'invitent dans l'installation, tournent autour des personnages, cancanent. Comme quoi, il y a sûrement encore un peu d'espoir...

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