Procès de Gilles Patron : le procureur requiert 13 années de réclusion

Guillaume Lescaux le procureur de la République a plaidé avec un langage d'ado inhabituel aux assises, pour reprendre en procureur quand il a requis 13 années de réclusion, 10 ans de privation des droits civiques, obligation de soins sous peine de 5 ans de prison...

Par Christophe Turgis

... plus l'inscription de Gilles Patron au fichier des délinquants sexuels.

Il est 17h15 quand le président Pannetier annonce la reprise de l'audience de son ton patelin inimitable. Le procureur de la Répubique commence sans plus attendre.

"Je vais commencer par une chanson de Patrick Bruel. Qui a le droit ? Qui a le droit de faire ça à un enfant ?"


Le ton est donné Guillaume Lescaux va prendre la parole au nom des enfants entendus tout au long des 8 jours du procès de Gilles Patron, ce père d'accueil comparaît pour viols et agressions sexuelles sur mineurs. Il prens la parole en leur nom, et adopte même leur façon de parler et leur vocabulaire. Le sujet est grave, mais il donne à ses dialogues la fraîcheur et l'innocence de l'enfance. Car il s'agit bien de celà, de l'innocence de ces enfants dont les vies ont été brisées deux fois, dans leurs familles naturelles, puis dans cette famille d'accueil présentée comme la "maison du bonheur". Il aurait aussi pu reprendre la chanson de Francis Lalanne qui fait aussi "même à fort loyer j'suis preneur..." tant le prix payé par ces filles et ce garçon dont la vie est allée de travers est élevé...

Le procureur :

Je remonte dans le temps.

Moi c’est Amandine, je suis placée en famille d’accueil parce que mon père à violé ma sœur. Gilles et Michèle s’aiment, j’ai jamais connu ça. Une belle maison. Une famille. Je suis soutenue, je suis écoutée.

Mon éducatrice le dit au juge Amandine s’ouvre. Et puis un jour j’y comprends rien dit Amandine, il met sa main sous mon pyjama, il met ses doigts dans mon sexe. Il sort son sexe, j’avais jamais vu ça. Il met ma main sur son sexe… Elle est où la maison du bonheur ? Il me dit d’écrire ce que je sens dans mon cahier.

Et puis un jour Amandine doit faire un choix, elle ne veut plus retourner chez les Patron. Sa mère comprend plus tard et lui demande de s’exprimer. Amandine est mariée. Elle a 4 enfants. Amandine est mariée avec un Turc. Elle vit avec un Turc. Elle a dû faire la preuve de sa virginité…

Bonjour moi je suis Enzo (prénom d’emprunt l’enfant est toujours mineur), je suis pas resté longtemps chez vous.

J’avais 7 ou 8 ans, je suis pas certain, j’avais été violé par mon frère. Chez moi c’était le bazar, tout le monde était nu devant tout le monde avec tout le monde. On m’a dit tu vas voir c’est la maison du bonheur.

Alors on m’a dit faut être propre, j’avais des bleus sur les fesses. On m’a baissé mon pantalon. Souvent.
La juge a interrogé Dylan, qui a passé 8 jours chez les Patron. Et Dylan s’est souvenu de m’avoir vu nu avec Mr Patron. Mr Patron m’avait réprimandé parce que j’avais fait des choses avec Dylan… Je savais pas ce qu’il fallait faire ou pas faire !


Bonjour je suis Jessica. J’arrive à la maison du bonheur avec ma sœur parce que mon père a violé ma mère.
Un jour on part en camping-car. Mr Patron me caresse, met sa main sur mon sexe… Quand ? Je sais pas moi, je venais d’avoir mes règles. Non dit Gilles Patron, enfin je sais pas quand c’était, mais je venais d’avoir mes règles…

Jessica reprend, un jour j’entre dans la salle de bain ! Oups il se branle, il me dit c’est naturel va chercher du sopalin… Une autre fois il me dit t’as un tout petit clitoris, c’est quoi clitoris ? Je suis pas normale ? Un jour il s’appuie sur moi, veut mettre son sexe dans le mien. Ça fait mal au ventre. Je suis allée voir un gynécologue, puis un deuxième, alors je lui raconté…

Bonjour moi c’est Lydie, moi les foyers sa m’emmerde. Ma mère m’a jamais défendue, viols par mon beau père etc. Qu’est ce qu’il ont mes seins ? Tu les touches pas ! Faut pas faire ça ! J’en ai marre des foyers, je suis la recordman des fugues.

Et puis la juge madame Renaud m’appelle, elle me dit t’es allée chez le Mr là. Oui ça a pas été clair. Elle me dit c’est pas clair, on touche pas le corps ! Faut porter plainte. Moi je voulais pas d’embrouilles encore.


Bonjour moi c’est Laura, moi il paraît que j’ai une tête de complot. J’ai un scooter. Chez les familles d’accueil y’a pas trop de sous alors mon scooter tu parles ça l’intéressait. Bonjour Jessica elle est là ? Oui qu’il me dit en s’appuyant sur moi. Alors là j’ai pas supporté, suis partie. J’en ai parlé à mes copines, j’suis comme ça ,faut que tout le monde sache, j’suis comme ça !
Et tout le monde m’a dit faut porter plainte, moi je voulais pas recommencer avec les embrouilles les gendarmes tout ça. Comment il parle à Michèle de son histoire d’hôpital. Sa femme elle dit toujours comme lui.

Bonjour moi c’est Juliette, moi je sors avec Jessica. Les filles c’est comme ça maintenant. On s'aime. Un jour j’ai eu le droit de passer le week-end chez eux. Ils appellent ça des soirées pyjama avec de gros sous entendus. Allez y on est pas là ! Et puis ils rentrent, je vais aux toilettes, il me coince. J’en parle à Jessica, qui me dit laisse on en parlera demain !
J’en parle à maman, qui me dit quoi c’est pas possible, pas lui qui s’est présenté aux municipales ! j’en parle à papa qui dit, chez les gendarmes tout de suite !

Mr Patron dit ah oui c’est peut-être dans le couloir, je l’aurais effleurée. C’est bizarre j’ai pas dit que c’était dans le couloir ! Comment il sait ?

Plus tard, on en parle avec Victoria, elle fait le lien avec Laura…

Bonjour c’est Jessica, mon père il a pas eu le droit d’aller à l’Élysée, Perrais c’est un nom sale…? Pourquoi t’as fait ça ? À ma copine ? Nous on est des filles et nous on s’aime. C’est mon choix ma vie, on veut pas des hommes. J’en ai marre de ta main. T’as touché à ma copine. Les gendarmes arrivent  ils me posent des questions, visiblement ils en savent des choses. Ça a duré 4 heures.
Et puis je savais pas que j’étais écoutée, je savais pas que les victimes étaient écoutées au téléphone, avec Nathalie une ancienne copine de papa. Avec Yolande aussi, j’ai dit ses mains son sexe, que je disais non… Tous les gens qui sont venus ont dit que je disais les choses. Mais moi ce que j’ai pas compris c’est le psychologue, il dit que j’étais dans une relation d’emprise, que Mr Patron disait que c’était moi qui voulait.
Moi je veux pas qu’on me dise ce que c’est qu’un homme. Qu’un homme mette son sexe dans le mien. Tu dis j’ai eu plein de petits copains. Le seul que j’ai eu il était en terminale S, c'était décalé, mais avec ton coup de fil ça a tout cassé.

C’est vrai j’ai eu honte de mon nom, j’étais "patronisée" je voulais plus m’appeler Perrais.


Pourquoi quand tu vois des femmes sur l’ordinateur tu dis vas y ça va te plaire. Pourquoi quand Juliette viens à la maison tu dis allez y les filles vous gênez pas devant moi…


Fin de la plaidoirie et réquisitions

Le procureur reprend son rôle de juge, j’ai suivi l’affaire depuis le début, ça m’a pris du temps, incarcérer ne pas le faire, ça a pris du temps. Et puis d’autres collègues ont repris les deux cartons de notes. Ils sont eu la même conviction que moi…
Jessica, ah Jessica ! Mais telle autre est grosse, un engin, ou sale, et le garçon qui va aux toilettes avec un linge. Nous venons de passer 10 années de votre vie, mais c’est 40 années de votre vie qu’il faudrait revoir Mr Patron, votre belle sœur qui dit 30 ans après avoir dansé avec vous, que vous lui plotiez les seins, il y a eu Yvette, puis la collègue de travail de votre femme, la p’tite enseignante… Il y a des femmes qui ont refusé des sorties scolaires parce qu’elles sentaient votre personnalité. Y a des femmes qui sentent ça. Qui disent qu’avec vous elles ont peur.

Ce rejet permanent de la responsabilité sur l’autre, disent les expert, c’est toujours l’autre qui est en tord, la famille d’accueil, l’enfant. Gilles Patron réussit tout, il sèche, ah si, je dis trop la réalité aux gens. C’est de la franchise.

Et puis il y a eu un gros feu rouge dans votre vie en septembre 2010. Tous les mois vous recevez une paye pour accueillir une jeune fille, la veille de votre arrestation il y a encore une main qui traîne.

Vous avez abusé d’enfants. Qui a le droit de faire ça quand les enfants croient les grands ? Quand les enfants n’ont pas la force de dire non ?
La société ne tolère pas qu’on s’attaque à plus faible que soit !

La Loi prévoit un maximum, je Je ne demande pas à la cour le maximum, parce que dans l’échelle de l’horreur, vous êtes haut, Mr Patron, mais pas au sommet.
Je demande 13 années, 10 ans de privation des droits civiques, obligation de soins sous peine de 5 ans de réclusion et son inscription au fichier des délinquants sexuels.

Gilles Patron regarde le sol depuis le début du réquisitoire, comme il comparaît libre, à la fin il prend son téléphone portable et converse tête baissée la main sur la bouche.

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