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Nantes : actes racistes au mémorial de l'abolition de l'esclavage

Le mémorial de l'abolition de l'esclavage, quai de la Fosse à Nantes. / © Groume / Flick'r
Le mémorial de l'abolition de l'esclavage, quai de la Fosse à Nantes. / © Groume / Flick'r

Dimanche, des inscriptions racistes contre l'immigration et la ministre de la Justice Christiane Taubira ont été retrouvées sur le bâtiment du quai de la Fosse. Un mémorial construit sur le lieu même où les bateaux négriers quittaient Nantes pendant plus de deux siècles en route pour l'Afrique.

Par Xavier Collombier

Des tags racistes 

Le mémorial de l'abolition de l'esclavage est un lieu unique en France métropolitaine. Jean-Marc Ayrault  avait la volonté politiquement claire de ne pas oublier la triste participation des Nantais dans la traite négrière. Le lieu ce week-end a été victime d'un acte de vandalisme, clairement raciste.
Des inscriptions contre l'immigration et la ministre de la justice, qui participé à l'inauguration et au projet mémoriel, ont été retrouvées dimanche matin par la police.

Réactions

Johanna Rolland la maire de Nantes a fait par de son indignation dans un communiqué et a décidé de porter plainte, "compte tenu du caractère haineux des messages, les tags ont été effacés le plus vite possible par les agents de la ville" précise l'élue.

Jean-Marc Ayrault, l'ancien Premier ministre et député de Loire-Atlantique, réagit ce soir sur son fil Twitter et "condamne avec force les actes de vandalisme inacceptables."
Ce fait-divers intervient quand Christiane Taubira propose de renforcer l'arsenal juridique pour lutter contre le racisme, en généralisant le délit d'injure aggravé dans le code pénal.

Après cette profanation, un rassemblement est en cours ce soir quai de la Fosse.
 

L'aboutissement d'un devoir de mémoire

A priori, le visiteur comme le nouveau Nantais peut être surpris par le nom choisi par Jean-Marc Ayrault, "Mémorial de l'abolition de l'esclavage". Comment Nantes a-t-elle eu dans son histoire une tradition abolitionniste ? Victor Schoelcher, le député de Paris de la IIème République, avait-il finalement des origines ligériennes plutôt qu'alsaciennes ? Non, Nantes était bien le dernier foyer des partisans du commerce triangulaire. Nantes fut bien le premier port négrier français. La France, premier pourvoyeur d'esclaves en Europe. Alors pourquoi l'encore maire de Nantes a-t-il choisi un nom si politiquement correct comme pour exonérer la faute historique des Nantais ? La réponse se trouve ailleurs, au musée de la ville, au Château des ducs de Bretagne. Là on comprend comment ceux dont les ancêtres ont tiré leur richesse d'un trafic d'êtres humains se sont détournés de ce lourd passé.

Un sujet tabou

Nantes et les négriers : plus de deux siècles de richesse. Il suffit de se promener le long de la Petite Hollande ou découvrir une Folie pour toucher du doigt la réalité historique de notre capitale régionale. Avant 1990, le sujet était tabou, comme à Bordeaux ou la Rochelle. Pire ici, les premières tentatives de travaux de mémoire se sont heurtés aux sifflets voire aux destructions volontaires. Au château trône encore une sculpture symbolisant un esclave, profanée sans doute par ceux refusant l'examen de conscience. En 1992 "les anneaux de la mémoire", la bien nommée exposition sur la traite négrière, a permis de retrouver la vérité crue de notre histoire.

Le mémorial et la reconnaissance d'un crime contre l'humanité

Nantes dans son long cheminement n'est pas une exception française. Souvenons-nous des débats, pas si lointain, quand Lionel Jospin, alors Premier ministre, fit reconnaître l'esclavage et la traite négrière française comme un crime contre l'humanité. Souvenons-nous des réticences de certains vis à vis de la proposition de la députée de Guyane Christiane Taubira, déjà elle, de faire reconnaître la responsabilité de la France. Pour certains le devoir mémoriel n'était pas de saison. Nous étions hier, c'était en 2001. Deux siècles après la page n'était toujours pas assumée totalement.

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