Mon père ce Ayrault ou le deuil de Matignon

Le rituel solennel de la passation de pouvoir. / © François Lafite / Wostok Presse / MAXPPP
Le rituel solennel de la passation de pouvoir. / © François Lafite / Wostok Presse / MAXPPP

Dans ce documentaire diffusé par notre chaîne, la fille cadette de Jean-Marc Ayrault filme l'après-enfer, celui de Matignon et le retour à la vie. Un film, où l'ex-Premier ministre exprime peu de regrets et règle dans l'intimité familiale quelques comptes avec l'hôte de l'Elysée.

Par Xavier Collombier

Elise Ayrault et ses parents à Saint-Herblain dans les années 80. / © Michel Plassard / AFP
Elise Ayrault et ses parents à Saint-Herblain dans les années 80. / © Michel Plassard / AFP

Le jour où mon père a été nommé officiellement à Matignon, j’étais avec lui. Le jour où il a donné sa démission, j’étais là aussi. J’ai assisté à la folie médiatique qui lui est tombée dessus, aussi bien à son arrivée à Matignon qu’à son départ. Alors j’ai décidé de le suivre dans son retour à la vie 'normale' et faire partager les coulisses de cette drôle de période"


Pendant son séjour sur la rive gauche, Jean-Marc Ayrault à longueurs d'interviews le répétait comme pour essayer de s'en convaincre : Matignon n'était pas l'enfer décrit par ses prédécesseurs. Son dernier jour, son visage trahira le sceau de l'enfer. Sur le perron, il donnera du vous à son successeur et du Monsieur le Premier ministre à son ancien ministre de l'intérieur. La loyauté, pour lui ce jour là, n'était plus ce qu'elle était - "ce qui permet de faire la différence"- le couperet de François Hollande était tombé, l'homme en reste au fond toujours blessé.

J'avais l'impression et j'ai eu cette impression qu'on avait changé de majorité. (...) il y a eu une sorte d'accord politique entre Hamon, Montebourg et Valls pour prendre le pouvoir. Cela reste un mystère.

Le grognard fidèle de François Hollande a été congédié après une simple conversation au lendemain des municipales catastrophiques pour la majorité; "Il faut changer, il faut tout changer", lui avait expliqué le président. Ayrault attendra la toute dernière minute, juste avant la passation de pouvoir avec Manuel Valls, pour obtenir une lettre, un signe présidentiel le remerciant des services rendus par celui dont la "loyauté a été poussée à l'extrême" et qui aujourd'hui, le "regrette".
 

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Au delà, de la révélation du vrai caractère implacable du chef de l'Etat, sans état d'âme pour sacrifier son ami de trente ans -ses explications tout en trémolo avec une obsession évidente de vouloir raconter en temps réel sa propre histoire devant le regard accusateur d'une fille essayant de comprendre l'humiliation faite à son père n'y changeront rien- ce film arrive parfois à faire tomber le masque de la comédie du pouvoir.

Je ne pouvais pas me servir du camping car. Tu imagines le garde du corps dans le camping car.  C'est mon deuxième. Si je continue à faire du camping car, il faut que j'en rachète un autre"


Avec la caméra tout en travelling, parfois avec l'objectif  tremblant du smartphone, Élise Ayrault, nous montre tout. Brigitte Ayrault qui fait les poubelles de Matignon la dernière nuit, la pompe du salon jaune, "le bureau de Léon Blum", le nettoyage du combi, les cartons et les souvenirs aujourd'hui dans le garage de la maison de Nantes, le visionnage de House of cards dans le TGV, la plantation des salades dans le jardin, la tentation du retour à la vie "le trop plein qui passe au trop vide".

Cultiver son jardin, c'est être maître de son temps. Mon père savait labourer et sarcler, moi je ne le sais pas. (...)
Ça rend modeste, ma permanence elle est toute modeste, j'ai repris le travail de député qui est une belle mission. Bien sûr, c'est plus la même chose. Je ne suis pas au chômage, je ne vais pas pleurer sur mon sort.


Pudique, verrouillé souvent, malgré les longues interviews en pull cachemire, sous une chemise blanche trop bien repassée, même devant sa fille, Jean-Marc Ayrault ne lâche pas grand chose.
Jamais, il ne trahira des secrets ou sortira ses 4 vérités sur le début du quinquennat, un brin chaotique de la présidence Hollande. Une fois, il s'énerve quand il est question de fusionner les Pays de la Loire avec le Poitou et de métamorphoser la métropole nantaise "en cul de basse-fosse". Une fois de plus, François Hollande lui coupera l'herbe sous le pied.  

Oui, j'ai des regrets. C'est de ne pas avoir mené à bien la réforme fiscale.


Son seul regret, avoir accepté ce que le président lui avait demandé lors de l'affaire Mittal à Florange en faisant tout pour qu'Arnaud Montebourg reste au gouvernement. "Tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes" lui avait dit Montebourg. "Ma loyauté a été poussée à l'extrême et je le regrette". Devant les anneaux de la mémoire, le long de la Loire, comme pour s'en convaincre, il lâche à la fin du film "aujourd'hui je suis sous le contrôle de ma fille".

 

Titulaire d'une licence de Sciences Politiques et d'un diplôme de journaliste, Elise Ayrault a travaillé pendant 15
ans dans la production audiovisuelle pour des émissions comme Nulle Part Ailleurs, Taratata, La fête de la
musique ou Le Grand journal de Canal +, où elle était responsable de La boîte à questions. Elle a également
passé 2 ans à la rédaction du JT de France 2 au service société. Passionnée de séries, elle écrit aujourd'hui pour des programmes courts.

Lundi 13 avril à 22h25
MON PERE, CE AYRAULT
Un film d’Elise Ayrault
En collaboration avec Patrick Menais



 

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