L'Âge d'or: Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil signent l'album de la rentrée, une fable politique au cœur du Moyen-Âge

© Dupuis / Pedrosa & Moreil
© Dupuis / Pedrosa & Moreil

Quand beaucoup d'auteurs se contentent de rester dans leur zone de confort, de peur de dérouter les lecteurs, Cyril Pedrosa n'hésite pas à se remettre en question et quelque part en danger à chaque album. La preuve avec le premier volet de L'Âge d'or réalisé avec Roxanne Moreil. Chef-d'oeuvre ?

Par Eric Guillaud

Oui. Autant le dire tout de suite, L'Âge d'or est un petit chef-d'oeuvre, presqu'un miracle, d'abord graphique, c'est ce qui saute aux yeux en premier lieu lorsqu'on ouvre l'album, puis scénaristique. Autant le dire également tout de suite, Roxanne Moreil qui co-signe justement le scénario de cet album est la compagne de Cyril Pedrosa. Voilà pour le carnet mondain.

Après l'introspectif Portugal qui l'a d'une certaine manière révélé au grand public, l'intimiste Les Equinoxes et le récit d'anticipation Sérum, réalisé avec Nicolas Gaignard, le Nantais, ou ex-Nantais selon des sources bien informées, signe avec Roxanne Moreil une oeuvre très singulière dans laquelle, comme à son habitude, il se livre à une exploration graphique. Cette fois, Cyril Pedrosa s'est inspiré des tapisseries médiévales et des enluminures pour réaliser les planches de ce magnifique album de 232 pages. Normal, l'intrigue se déroule en pleine époque médiévale !

Un saut dans le Moyen Âge

« Je me suis imprégné de toute l'imagerie de la fin du Moyen Âge, juste avant la Renaissance et l'apparition de la perspective, en jouant sur les mises à plat dans l'image de certains éléments et surtout en reprenant les répétitions de personnages dans la même image, un procédé narratif très commun pour l'époque, propre à tout cette communication visuelle destinée à un peuple qui ne sait pas lire, par exemple dans les retables ou les vitraux ».
 
© Dupuis / Pedrosa & Moreil
© Dupuis / Pedrosa & Moreil
Le résultat est tout simplement fascinant. Dès les premières pages, nous sommes happés, submergés, par des décors féeriques en double page que traversent les personnages du récit sans la contrainte des cases et même des pages. C'est magnifique, le graphisme est minutieux mais le travail est titanesque.

Un peu de bizarrerie

« Cyril avait dessiné trente pages qu'il a recommencées entièrement... », raconte Roxanne, « Au départ, il avait pris le parti de travailler au crayon, ça donnait un rendu vraiment "disneyen" très beau et assez rond, mais qui n'allait pas dans le registre. Il fallait rajouter un peu de bizarrerie ». 
© Dupuis / Pedrosa & Moreil
© Dupuis / Pedrosa & Moreil
Mais que raconte L'Âge d'or ? Très bonne question. C'est une histoire de femme dans « un Moyen Âge de fantaisie, de fiction, qui ressemble à celui des contes de Perrault ou à celui de Johan et Pirlouit », nous explique Cyril Pedrosa.

Il était une fois...

Au centre de tout, une femme donc, la princesse Tilda, qui aurait dû hérité du royaume de son père si elle ne s'en était retrouvée brusquement écartée par un complot. Trop réformiste pour certains, trop proche du peuple peut-être, Tilda est condamnée à l'exil. Mais elle n'a pas dit son dernier mot. Avec le soutien des chevaliers Tankred et Bertil, ses plus proches conseillers et amis, Tilda décide de reconquérir le royaume pour mener à bien les réformes nécessaires pour soulager le peuple. 

Commence alors une épopée fantastique à l'ombre ou plus exactement à la lumière de "L'Âge d'or". Derrière ce nom se cache un texte perdu qui parlerait d'égalité, de fraternité, de bonheur entre les hommes et femmes... c'est l'utopie incarnée, un livre-objet magique dont le pouvoir serait si grand qu'il pourrait changer le monde.
L’âge d'or — Dans l’atelier de Cyril Pedrosa (Making-of)
Et c'est bien là la force de ce livre, Cyril et Roxanne nous embarquent dans un récit qui marie le plus pur divertissement, une chevauchée en forme de conte de fées à la Disney, et la fable politique avec une dimension féministe et révolutionnaire assumée. Aucun doute, il y a de l'utopie dans l'air et du talent sur le papier !

L'Âge d'or, de Pedrosa et Moreil. Éditions Dupuis. 32€

 

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