Coronavirus : le Vendéen Vincent Liquière est pilote de ligne chez HOP! "on est tous très inquiet" dit-il

Vincent Liquière a vécu plusieurs crises du secteur aérien. Mais jamais il n'avait vu les avions et les personnels ainsi cloués au sol. Il espère reprendre progressivement son activité début juin mais l'avenir est incertain.

Vincent ne s'était jamais arrêté de voler aussi longtemps depuis 35 ans.
Vincent ne s'était jamais arrêté de voler aussi longtemps depuis 35 ans. © DR Vincent Liquière
"Au début, on le prend du bon côté. Je me suis dit que ça allait me donner du temps. Et puis, au bout d'un mois, quand ça a été prolongé, j'ai commencé à m'inquiéter pour mon boulot..."

Vincent Liquière est pilote de ligne chez HOP! la filiale d'Air France spécialisée dans les vols inter-régions en France et en Europe. Depuis qu'il vole (il a commencé à 15 ans sur des planeurs), il n'était jamais resté aussi longtemps au sol. Et ça lui manque terriblement.
 

"Je n'ai qu'une envie, c'est de repartir"

"On fait tous ce boulot par passion" témoigne ce Vendéen installé à Nantes qui, lorsqu'il ne vole pas entre Manchester et Charles-De-Gaulle pour sa compagnie, prend les commandes d'un Jodel D140 mousquetaire ou d'un planeur à l'aéroclub de La Roche-sur-Yon.

"On n'est pas fait pour rester au sol, je n'ai qu'une envie, c'est de repartir au travail pour voler" s'impatiente-t-il.

C'est sûr qu'après plus de 15 000 heures de vol, se retrouver collé sur le plancher des vaches, ça peut créer quelques turbulences dans les méninges !

Juste avant le confinement, Vincent qui était allé voir sa fille à La Réunion a été contraint de rentrer plus tôt que prévu, le coronavirus débarquait. Dans l'avion qui le ramenait d'Orly à Nantes, il n'y avait pratiquement que des "rapatriés" qui, comme lui, rentraient chez eux.
 

"Des collègues ont fait des vols avec un ou deux passagers"

Depuis quelques temps déjà, ses collègues et lui voyaient les avions de la compagnie (comme des autres) se vider.

"La crise a commencé courant février, raconte Vincent. Quand on faisait des vols sur l'Italie du nord, on commençait à voir que les remplissages n'étaient pas bons. Fin février, on ne faisait plus découcher les équipages en Italie, pour éviter les risques. Parfois, on n'avait plus que 15 ou même 5 passagers au lieu de 100."

Vincent vole sur Embraer 190, un avion de ligne court courrier d'une centaine de places. "La dernière semaine (celle du 16 mars), des collègues m'ont raconté avoir fait des vols avec un ou deux passagers."

Et tout s'est arrêté.

La cinquantaine d'avions de la compagnie HOP! a été répartie sur des sites de stockage. Les entrées et sorties de réacteurs, les sondes et les pneus sont protégés et régulièrement on fait tourner les moteurs, on essaye les commandes de vol pour s'assurer que tout va bien.
 

Tous les pilotes sont convoqués pour des tests sur simulteur

Vincent, lui, dans sa maison de Nantes, potasse ses livres de procédure. Il est aussi instructeur et dès la semaine prochaine, il ira s'assurer que ses collègues sont à niveau.

Tous sont convoqués pour passer des tests sur un simulteur de vol au Bourget. La procédure veut en effet que tout pilote ait au moins effectué trois décollages et trois atterrissages dans les 90 jours pour conserver son habilitation. "On est tous en limite" dit Vincent. D'où cette remise à niveau sur les procédures normales...et anormales.

Et puis, il ramènera un Embraer de sa zone de stockage vers l'aéroport Charles de Gaulle. A vide. Ce sera le test pour l'avion.

Mais ce qui inquiète Vincent, ce n'est pas la sécurité des vols, c'est l'avenir de la compagnie. Il y a quelques jours, Air Canada a annoncé le licenciement de plus de la moitié de ses effectifs, British Airways envisage de s'alléger de plus d'un quart de son personnel. Qu'en sera-t-il pour le groupe Air France-KLM qui perd dit-on 25 millions d'euros par jour ?

"Tout le monde est inquiet" témoigne Vincent Liquière.

Un plan de restructuration était déjà projeté chez HOP! avant la crise du coronavirus, du fait de la dure concurrence des TGV et des compagnies à bas prix. Avec la crise, la direction a annoncé que la restructuration devra se faire plus vite encore.

Même s'il a déjà traversé plusieurs moments difficiles du secteur aérien, la guerre du Golfe, la récession de 1993, les attentats du 11 septembre 2001, la crise de 2008, Vincent jusqu'à maintenant, avait le sentiment d'être "tombé dans la bonne compagnie".

Il avait débuté chez Régional Airlines, fondée par le Vendéen Jean-Paul Dubreuil puis rachetée par Air France en 2000. 
 

Il pilotera avec un masque

D'un trou d'air à l'autre, Vincent avait réussi à maintenir le cap mais là, la météo est vraiment mauvaise et le plan de vol pas franchement assuré.

"A priori, on ne va pas vers les licenciements économiques se rassure-t-il mais est-ce que l'économie va repartir ? est-ce que le transport aérien va repartir ? Il y a toujours eu des crises, mais jamais un arrêt complet."

Dans trois semaines, Vincent Liquière prendra place dans son Embraer 190. Avec son masque. Et avant toute chose, ils désinfectera son poste de commande avec des lingettes. Une ligne de plus sur la checklist de pré-vol.






 
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