Covid-19 : des élèves infirmiers de l'IFSI d'Angers pris entre leur devoir et leurs études

Des élèves infirmiers privés de cours pendant un mois pour pallier le manque de personnel à l'hôpital en raison de la crise sanitaire. La situation concerne une dizaine d'écoles d'infirmiers dans la région.L'ARS promet un contrat pour chaque renfort. 

Les étudiants en seconde année de formation en soins infirmiers de la région Paca ont également peur pour leur avenir professionnel comme ici à Menton (Alpes Maritimes)
Les étudiants en seconde année de formation en soins infirmiers de la région Paca ont également peur pour leur avenir professionnel comme ici à Menton (Alpes Maritimes) © Jean François Ottonello / MaxPPP
Marie (NDLR: c'est un nom d'emprunt) est étudiante infirmière en deuxième année à l'IFSI, l'Institut de Formation en Soins Infirmiers, rattaché au CHU d'Angers.

Elle fait partie des étudiants sollicités par le système de santé pour renforcer les soignants en cette période de tension extrême en raison de l'épidémie de COVID-19.

"Je suis sollicitée en renfort en tant qu'aide-soignante au CHU d'Angers, dans un service auprès de patients COVID", explique l'étudiante de l'IFSI d'Angers.

"Je m'occupe de tout ce qui est accompagnement et toilette des malades atteints du COVID, je m'assure que tout va bien pour eux. Un vrai travail d'aide-soignante". 

Pour remplir cette mission, les cours de l'IFSI d'Angers sont officiellement suspendus pour les deuxième années depuis le 16 novembre et jusqu'au 15 décembre, nous confirme la direction de l'école.

Les soignants de l'avenir

Une implication dans la crise sanitaire que la future soignante ne regrette pas, bien au contraire.

"Je suis contente de pouvoir prêter main forte aux équipes de santé qui ont payé un lourd tribut pour vaincre la pandémie", tient à souligner Marie, "mais ce qui m'agace c'est le manque total d'information".

Et de prendre l'exemple de son arrivée sur son lieu de travail: "Quand je suis arrivée dans mon service, personne n'était au courant que je venais", affirme Marie. 

"Concrètement, je fais des nuits et j'ai été tenu au courant 48h avant. Je l'ai appris très tardivement, pour se préparer c'est très compliqué".

"Nous n'avons aucune visibilité sur l'avenir. On ne sait pas quand on reprendra nos études ni même si on les reprend" ajoute-t-elle.

 

On parle beaucoup des soignants mais nous qui sommes les soignants de l'avenir on a l'impression d'être les pions du système

- Marie, étudiante infirmière en deuxième année à l'IFSI d'Angers

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"Cette mobilisation est nécessaire", explique Sylvie Solorzano, directrice de l'IFSI d'Angers jointe ce vendredi 20 novembre.

"D'ici lundi (NDLR: le 23 novembre), 100% des 142 étudiants de deuxième année de notre établissement auront reçu un contrat de mobilisation dans un établissement de santé ou médico-social".

La directrice de l'IFSI d'Angers ajoute qu'elle organise chaque semaine une réunion en visio-conférence avec les délégués de promotions de son école pour les associer pleinement à la situation.

Sylvie Solorzano affirme, "on réfléchit déjà à comment on peut prendre en compte ce temps de suspension des cours dans la validation du cursus des étudiants concernés".
 

​​​​​​Une situation compliquée pour les élèves infirmiers lors de la première vague


Selon l'étudiante en deuxième année à l'IFSI d'Angers, elle et ses camarades payent les pots cassés d'une mauvaise gestion des renforts lors de la première vague.

"A Nantes pendant la première vague ça a été très compliqué. Il y a beaucoup d'élèves qui ont été mobilisés et qui n'avaient pas de contrat et donc n'ont pas été payés".

"C'était compliqué, les cours continuaient alors que les camarades n'avaient pas forcément le temps en travaillant de nuit de réviser les cours le jour".

"Cette situation a été dénoncée par l'IFSI de Nantes et du coup par raison d'équité je pense que l'ARS a décidé de cette solution."

"On n'a pas à payer les pots cassés. Nous il n'y a pas eu de souci de paiement et là on nous prive de formation parce qu'il y a eu des soucis lors de la première vague".


Des soucis confirmés par La Fédération Nationale des Etudiants en Soins Infirmiers, une structure nationale créé en 2000 lors du mouvement national de protestation des étudiants en soins infirmiers.

Sa représentante pour les Pays de Loire explique que "cette situation ne concerne pas que l'IFSI d'Angers mais en tout une dizaine d'Instituts de Formation en Soins Infirmiers de la région".

Et d'expliquer que certains étudiants de seconde année rentrés au mois de février ne sont pas concernés par cette mesure.

Manon Boscher représentante pour les Pays de Loire de la FNESI  réclame "la continuité pédagogique. On ne veut pas que les étudiants soient mis de côté".
 

Un contrat pour chaque renfort

Stéphane Guerraud, conseiller pédagogique régional et responsable de la cellule Covid RH à l'Agence Régionale de Santé des Pays de la Loire reconnait des inégalités lors de la première vague.

"Le printemps dernier il y a des étudiants qui ont été mobilisés alors qu'ils étaient en stage" explique-il. "Ils touchaient une indemnité de quelques dizaines d'euros, alors que d'autres ont bénéficié d'un contrat, ce n'était pas très équitable".

Cette fois-ci l'ARS s'engage "si on leur propose un renfort, ils ont un contrat et donc un salaire normal d'aide-soignant qui débute".

Le potentiel de mobilisation selon Stéphane Guerraud, c'est 1 200 renforts sur la région, environ 200 à 250 étudiants mobilisables sur chaque département, sauf en Loire-Atlantique qui compte plusieurs IFSI et peut mobiliser prés de 400 étudiants.

Dans un communiqué de presse l'ARS détaille:

"A ce jour, nous observons déjà plus de 500 renforts étudiants mobilisés ou en cours d’affectations en Pays de la Loire :

• En Loire-Atlantique : + de 100 étudiants
• En Maine et Loire : + de 100 étudiants
• En Mayenne : 50 étudiants
• En Sarthe : près de 200 étudiants
• En Vendée : 75 étudiants

Le dispositif sera pleinement opérationnel dans les prochains jours
".

L'ARS a lancé un recueil des besoins pour chaque établissement de la région.

Et annonce qu'il sera tenu compte du domicile de l'étudiant par rapport au lieu de l'établissement qui le demande.

"Tous les 15 jours, on fait un point avec les représentants des promotions de tous les instituts de la région pour voir comment ça se passe", assure le responsable de la cellule Covid RH à l'Agence Régionale de Santé des Pays de la Loire.

Les premiers contrats ont démarré ce week end et les premiers étudiants sont arrivés dés lundi 16 novembre.

Des contrats d'un mois mais précise Stéphane Guerraud "on décidera début décembre si on renouvelle pour un mois, et on s'est fixé un maximum de 2 mois de renfort/contrat".

Pas de 3ème année pour ne pas retarder leur diplôme

Concernant le fait que seuls les étudiants de deuxième année soient concernés par ces renforts et pas les troisième année, l'ARS explique qu'il a été fait "le choix de ne pas trop disperser les mobilisations".

"Sachant que les 3ème année sont censés être diplômés dans 6 mois, d'ici la fin juin donc", précise le responsable de la cellule Covid RH.

"Il nous reste peu de temps pour adapter leur formation sans risquer de retarder leur diplôme".

"Et si 1200 diplômés ne sortent pas de leur école début juillet mais à la fin de l'été cela risque de mettre en difficulté le système de santé".

Concernant les aménagements des deuxième année, "on va tenir compte de leur mobilisation, ce qu'ils font dans un contexte de crise".
 

C'est une mise entre parenthèse des programmes de cours mais pas une rupture complète avec leur formation 

Stéphane Guerraud, conseiller pédagogique régional et responsable de la cellule Covid RH à l'Agence Régionale de Santé des Pays de la Loire 


"Un lien est maintenu  avec chaque étudiant", assure le représentant de l'Agence Régionale de Santé des Pays de la Loire.

"Les propositions d'affectations sont faites par les cadres de santé formateurs qui sont les professionnels qui accompagnent les étudiants et qui savent ce qu'ils ont fait, ce qu'ils peuvent faire".
 
A ce propos, l'ARS des Pays de la Loire précise l'existence d'une plateforme numérique régionale appelée Josette.

Une plateforme régionale conçue au printemps "qui met en relation les étudiants et les structures de santé pour des missions ponctuelles, plus courtes, sur les vacances, les soirées et les week-ends"

A consulter à cette adresse: https://ars-pdl.fr/covol/public/login?profil=etudiant

Un cumul indemnités de stage et cdd 


La région des Pays de la Loire décide pour sa part de donner un coup de pouce financier aux étudiants en soins infirmiers de deuxième année mobilisés sur le front de la crise sanitaire.

Et leur permet de cumuler indemnités de stages avec la rémunération d'un contrat à durée déterminée dans un service de soins ou un EHPAD.

Ce qui n'était pas possible jusqu'à présent.

La Région émet une seule condition à ce cumul: le contrat doit faire partie d'une formation et être considéré comme un stage permettant l'obtention d'un diplôme.
 
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