DOCUMENTAIRE. "365 Jours", récit d’un enfant abusé devenu cinéaste pour briser le silence

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Le réalisateur François Tourtet a été abusé sexuellement durant une année scolaire à l’âge de 12 ans. Ce traumatisme a longuement pesé sur sa vie d’adulte. Aujourd’hui, il raconte son histoire grâce à des images de vie quotidienne en super 8 qu’il avait tournées dans les années 90 sans jamais les regarder depuis. Ce récit autobiographique intitulé "365 jours" nous bouleverse de la première à la dernière image.

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Les bobines oubliées

Combien d’histoires commencent par un carton oublié que l’on ouvre ? "365 jours", magnifique documentaire de François Tourtet et Sandra Thévenet, est l’une de ces histoires. Une histoire de grand déballage, au propre comme au figuré. Dans le carton de François Tourtet dormaient des bobines de film, nombreuses, et jamais visionnées. Au milieu des années 90, alors qu’il étudiait le cinéma, il les avait tournées comme un défi : un plan chaque jour, pendant une année.

La mémoire en pellicule

Et puis François Tourtet est passé à autre chose. Ou plutôt aurait voulu passer à autre chose. Car dans la mémoire de François Tourtet, cet autre carton qu’il lui a fallu aussi ouvrir, il y avait d’autres images. Rémanences des abus répétés qu’il a subis à 12 ans de la part d’un adulte, prof de sport et responsable de colonies de vacances bien connu dans le village où il habitait à ce moment-là.

Ces dernières années, alors que la parole autour des violences sexuelles sur mineurs se libérait, il s’est décidé à porter plainte, posant la première pierre d’une reconstruction qui n’avait que trop tardé. Il n’y aura pas de suite judiciaire, les faits étant prescrits. Mais le besoin de raconter son histoire demeurait intact, brûlant, urgent. Par où commencer, comment s’y prendre ?

Mémoire filmée d'une vie brisée

La rencontre avec Sandra Thévenet, monteuse comme lui, sera décisive dans l’élaboration du récit à naître. François Tourtet a alors ouvert grand les portes de sa mémoire, pour raconter sa vie amochée. Et il a extrait du carton où elles dormaient, les bobines de film pour en faire la matière première et unique du récit de sa vie d’homme longtemps empêché, empêtré, mais aujourd’hui debout.

Le résultat est un miracle d’émotion et de délicatesse. On a rarement décrit ainsi à la première personne ce qu’avoir été la proie d’un abuseur peut faire peser sur une vie d’adulte avec son lot d’errances affectives, de choix de vie menant à des impasses, la honte, le silence. Nombre de documentaires, et c’est heureux, ont permis ces dernières années aux témoignages des victimes d’être entendus par un large public et de nous faire prendre la mesure de l’étendue de la pédocriminalité dans notre société.

"365 jours" nous donnent accès à cette même force du témoignage, mais dans un registre de non – fiction plutôt que strictement documentaire.

De l'image à la parole

Le mélange du récit autobiographique du réalisateur avec un corpus d’images semblant étranger aux faits racontés nous atteint au cœur.

Ces plans de rue, de parcs, de quais de Seine tournés à Paris en super 8 ne sont anodins qu’en apparence. Leur grain chargé d’une puissante nostalgie nous fait l’effet d’une bouteille à la mer retrouvée. Nous ne savions pas que ces images existaient, leur auteur n’avait pas idée de leur destination il y a trente ans. Et voilà que devant nous, durant 50 minutes, elles s’assemblent, prennent sens dans la voix du narrateur et s’éveillent pour former un récit limpide. Sur cette pellicule reposait un silence.

Aujourd’hui, ces images ouvrent un espace intime pour une parole retrouvée

François Tourtet

Réalisateur

La pellicule à fleur de peau

François Tourtet et Sandra Thévenet ont travaillé des mois durant à l’écriture, dans un aller-retour incessant avec la matière filmée, sublimée par leur travail minutieux du son qui donne vie aux images muettes des bobines retrouvées.

"365 Jours" prend une place singulière dans notre programmation documentaire : ni manifeste dénonciateur, ni déposition clinique de faits prescrits, et encore moins film thérapeutique, il ose le geste artistique pour mieux signifier la résilience de son auteur.

Sur la pellicule comme à fleur de peau, la surface est sensible. Après sa toute première projection au Festival International du Film (FIF) de La Roche-sur-Yon en octobre dernier en partenariat avec France 3 Pays de la Loire, François Tourtet expliquait aux spectateurs émus qu’il ne se considérait plus comme une victime, mais une ancienne victime. En rendant au passé ce qui lui appartient, "365 Jours" signe un adieu à l’enfance d’une beauté déchirante.

"365 jours", un documentaire de François Tourtet et Sandra Thévenet

Une production Point du Jour-Les Films du Balibari avec la participation de France Télévision.

Diffusion jeudi 7 décembre à 22 h 50.

Rediffusions à 9 h 10 les vendredis 8 et 22 décembre.

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