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Enquêtes de région

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Enquêtes de région : cap sur le Vendée Globe [Voir ou revoir]

Emmanuel Faure à la rencontre des skippers Fabrice Amedeo et Sébastien Simon / © France Télévisions
Emmanuel Faure à la rencontre des skippers Fabrice Amedeo et Sébastien Simon / © France Télévisions

Le 8 novembre prochain, débutera le 9e Vendée globe. Cette année, 33 skippers prendront le départ aux Sables d'Olonne pour cette course à la voile en solitaire, autour du monde, sans escale, ni assistance. Enquêtes de région se penche sur ce tour du monde pas comme les autres.

Par Emmanuel Faure et Murielle Dreux

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"C’est pour bientôt ?"

C’est par ces mots, presque systématiquement, que commence une conversation entre un quidam amateur de ponton et un skipper affairé à préparer son bateau pour LA course.

C’est toujours dit gentiment. Et c’est d’ailleurs comme ça que le prend Sébastien Simon, son chien courant autour de lui sur ce ponton de Port la Forêt, le port de La Forêt Fouesnant, en Finistère, quand ce monsieur d’un certain âge, la peau burinée par le soleil du sud-Finistère (si si, il y en a) vient l’aborder. Eh oui, monsieur c’est pour bientôt. Le 8 novembre approche chaque jour un peu plus...

Simon : globalement né vendéen pour courir le Vendée Globe

Sébastien Simon courra son premier Vendée. Dans le jargon de la voile on dit : le Vendée, pour parler du Vendée Globe. Quand on est journaliste, soucieux d’être compris par tous, tout du moins le plus grand nombre, on précise le Vendée Globe. Sébastien Simon, jeune skipper de trente ans, originaire des Sables d’Olonne, en rêve depuis qu’il est enfant, n’oubliant pas de préciser qu’il est né juste après la première édition, donc que cette course a toujours fait partie de sa vie.

En 2018, il a gagné la Solitaire du Figaro, à bord d’un bateau de type… Figaro. Mais déjà il avait en tête de s’aligner au départ de cette neuvième édition. Et là c’est fait. Son bateau ? Rien à voir avec un bateau Figaro, là c’est un Imoca. Un soixante pieds. 8 mètres de plus qu’un Figaro. Une formule 1 des mers.

Ça tombe bien, les mers il va les traverser, toutes. Les océans plutôt. Atlantique, Indien, Austral, Pacifique, tout y passe à commencer par les caps : Bonne espérance, Leeuwin, Horn.
 
le skipper Vincent Riou fait partie de la team de Sébastien Simon / © France Télévisions
le skipper Vincent Riou fait partie de la team de Sébastien Simon / © France Télévisions
 

Les foils, ou comment passer du temps à vouloir en gagner.

Bref une promenade de santé, durant laquelle il ne vaut mieux pas être malade, ne pas être touché par le coronavirus.

Sébastien Simon est un garçon plutôt timide. Il parle, répond très bien aux questions, aux miennes en tous cas, mais n’est pas du genre à vous taper dans le dos quand il vous connaît déjà un peu. Il me parle de l’importance du Vendée globe dans sa vie de marin. Ce marin qu’il est devenu quand, tout petit, son père l’a mis sur l’eau. Puis des premières compétitions à l’âge de douze ans.

Parallèlement le garçon a aussi rempli sa tête de connaissances techniques, technologiques. Il est devenu ingénieur. Et ça lui a servi notamment pour concevoir son bateau qu’il a ensuite co-construit. Aujourd’hui, il en connaît les moindres recoins.
Un bateau à foils, vous savez ces appendices, ces moustaches de part et d’autre du bateau qui servent à le faire voler, surfer à la surface ou un peu au-dessus de l’eau. Des foils qui coûtent chers : six-cent-mille euros la paire.

Des foils en forme de C ou de parenthèses, qui ont donné du fil à retordre au skipper. Plusieurs d’entre eux ont cassé dans des épreuves préparatoires au Vendée globe. Dans quelques jours une nouvelle paire lui parviendra, juste avant le départ.
 

L’homme est un compétiteur et rien ne pourra l’arrêter, sauf une avarie ou un skipper plus fort que lui, mais ça sera à vérifier à l’arrivée. Quoiqu’il en soit il pourra compter sur ses deux principaux supporters qui l’attendent déjà aux Sables d’Olonne : papa Alain et mamie Odette.

D’un coup de baguette magique, je quitte Port la Forêt, la Mecque de la course au large où de nombreux bateaux du Vendée globe sont en préparation (celui de Kevin Escoffier est voisin de celui de Sébastien Simon et celui du doyen, Jean Le Cam, est non loin des deux) direction : La Trinité-sur-mer, en Morbihan. Encore des pontons, des bateaux et des skippers.

Amedeo, l’homme qui voyage autour du monde et à l’intérieur de lui-même

Parmi eux : Fabrice Amedeo. Il s’aligne au départ de l’Everest des mers pour la deuxième fois et d’emblée m’annonce qu’il y aura une troisième fois. Car pour lui cette course est plus qu’un objectif, une épreuve sportive seul face aux éléments, c’est une épreuve de vie.

 


L’homme est chaleureux, détendu, rieur, prêt à sortir un bon mot ou à rire au vôtre. À condition que ce soit drôle. Par exemple, il a modérément apprécié que Jean Le Cam, lors d’une vacation radio en pleine course il y a quatre ans, dise que "C’est le Vendée Globe des extrêmes, moi je ne m’en sors pas trop mal (…). Le septième, il est à deux mille milles après, c’est le gros n’importe quoi (…) c’est ridicule".

Alors, il lui a répondu, par écrit, son arme favorite : "Ma déception est à la hauteur de l’admiration que je te voue (…) tu t’es égaré Jean. Je suis arrivé loin derrière toi mais j’ai souffert comme toi et me suis dépassé comme jamais. Et si les marins "ridicules" que nous sommes n’avaient pas été là, tu aurais donc terminé dernier du Vendée Globe… "
 
Tournage sur les pontons de la Trinité-sur-Mer / © France Télévisions
Tournage sur les pontons de la Trinité-sur-Mer / © France Télévisions

Fabrice Amedeo n’est pas né marin. Né à Château-Gontier, en Mayenne, il a été élevé ensuite à Segré, en Maine-et-Loire puis a étudié à Nantes, Loire-Atlantique. Le ligérien parfait. Lui aussi a bénéficié de l’aide paternelle pour faire ses premières armes à bord d’un bateau.

Fabrice Amedeo parle bien et écrit avec le même talent. Il a été journaliste au Figaro (tiens donc comme les bateaux, la mer est vraiment présente dans sa vie) durant de nombreuses années et ce métier aux multiples facettes lui a fait découvrir des univers parfois bien éloignés de la voile. En 2009, un airbus d’Air France faisant la liaison Rio-Paris se crashe dans l’Atlantique, le bilan est de deux-cent vingt-huit morts. Pour le quotidien national, Fabrice Amedeo couvre l’affaire, de l’accident à l’enquête et en tire un livre : La face cachée d’Air France. L’épreuve l’a marqué.

Voilà peut-être pourquoi aujourd’hui l’homme passe le plus clair de son temps sur un bateau. S’il reste journaliste dans l’âme, aimant raconter son aventure au moment où il la vit, Fabrice Amédéo en a fini, pour l’instant tout du moins, avec ce métier.

La science intéresse beaucoup le skipper Amédéo, à tel point qu’il embarque dans sa cabine des instruments de mesure de la salinité de l’eau des océans traversés et de recueil de micro-plastiques. Tout cela sera ensuite analysé à son retour par des laboratoires. Ainsi voyageant utile, Fabrice Amédéo permettra à des chercheurs d’en savoir plus sur l’état de notre planète. S’il le fait c’est aussi en pensant à Joséphine, Louise et Garance, ses filles, et à leur avenir.
 

Avant de quitter Fabrice Amedeo, je lui demande s’il compte battre son propre record établi à cent-trois jours il y a quatre ans. Il me dit : "oui, objectif quatre-vingt jours. Le tour du monde en quatre-vingt jours, ça ferait un bon titre de livre."
Quand je vous disais, enfin quand j’écrivais plus haut, que l’homme a de l’humour.

On parle aussi des femmes dans cette émission sur le Vendée globe. Elles seront six au départ.

Dont Clarisse Crémer et Miranda Merron (à qui l'on consacre un portrait dans l’émission), Samantha Davies, Pip Hare, Alexia Barrier et Isabelle Joschke. Et puisqu’ils sont trente-trois au départ vous avez conclu qu’il y a vingt-sept hommes dans la course.

Caraës, un sage-enthousiaste à la barre… à terre

Le tour du monde parfait, à la voile, c’est vint-et-un mille six-cent trente-hui milles nautiques, soit quarante mille kilomètres à parcourir. En fait les skippers du Vendée globe en parcourront plus. Il y a selon les vents des trajectoires à modifier, des conteneurs à éviter, des icebergs à contourner, donc ça n’est pas droit, on s’approche plus des vingt-huit mille milles soit autour de cinquante-deux mille kilomètres.

Jacques Caraës le sait et va suivre ça de près. Pour la deuxième fois il sera directeur de la course. Il a beaucoup navigué ces dernières dizaines d’années et son expertise lui permet de savoir ce que vont vivre les marins. Des marins dont il sait tout. Il sait qu’ils sont seize à s’aligner pour la première fois au départ. Que dix-sept skippers ont déjà couru le Vendée globe. Qu’il y a six femmes alors que la dernière fois il n’y en avait aucune à tel point que certains ont cru que la course leur était interdite. Que dix-neuf des trente-trois bateaux engagés ont des foils.

Avec lui je passe en revue la technologie qui ne cesse de progresser. Des bateaux toujours plus fuselés pour fendre l’écume, des foils toujours plus incisifs pour que le skipper vole vers la victoire, des instruments de navigation toujours plus précis pour connaître les conditions qu’il fera dans quelques milles.
 

L’homme est souriant, détendu, enjoué. Son visage éclairé me fait penser à celui d’un gamin la veille de Noël. Il attend son cadeau, il vivra avec lui jour et nuit durant 3 mois.
Vivement Noël ! Cette année il tombe le 8 novembre à 13h02.


Je reprends la mer (tatintin) pour me rendre aux Sables d’Olonne, le lieu du départ. Des pontons accueillent déjà les premiers Imoca de la course. Tous devront être là, le 16 octobre au soir et le village qui accueillera le public ouvrira le lendemain.
Ouvrira ? N’ouvrira pas ?

Si on écoute, ce que je fais avec attention et en plein soleil sur cette passerelle de La Chaume, le maire, nul doute qu’il y aura un village avec plein de gens, la fête, l’euphorie avant un grand départ. Ça c’est pour l’instant une utopie tellement les derniers événements sanitaires nous ont prouvé et nous prouvent encore que la situation est tellement tendue qu’elle peut changer à tout moment. En bien ou en mal. Plutôt en mal d’ailleurs.

Moreau, le maire qui veut y croire sans se voiler la face

Car, si on parle de trente-trois skippers, ils seront en fait trente-quatre sur la ligne de départ. Il ne vous a pas étonné qu’on ne parle quasiment pas du coronavirus ? C’est seulement la deuxième fois, depuis que j’écris ce texte, que je mentionne cette pandémie, j’allais écrire avarie, tellement plongé (quel talent !) dans mon sujet.

Il est acté que la course aura lieu. Quitte à ce que quasiment personne ne les voit partir du port, les marins le quitteront le 8 novembre et prendront vite le large. Certains sponsors de skippers ont bien tenté de demander qu’elle soit remise à l’an prochain, ils n’ont pas obtenu gain de cause. Et si c’était simplement pour permettre à leur marin d’être mieux préparé ? Non vous n’y pensez pas

Mais pour ce qu’il en est de nous, public, rien n’est définitivement défini pour l’instant. On imagine, en l’état actuel de la situation, que des milliers de personnes seront par groupe à distance les uns des autres, le long du chenal pour acclamer les partants, à coup de : "Vas-y Sam !", "T’es le meilleur Benjamin", "Allez Arnaud !", "Jérémie à fond, moi je suis moi et toi Beyou." (*) et tout un tas de slogans et d’encouragements tous aussi originaux.

Yannick Moreau, le maire des Sables d’Olonne, se veut résolument optimiste, son masque cache mal son angoisse à l’idée que la Covid-19 arrive juste avant que les marins ne partent et gâche la fête. Mais s’il le faut il fera comme tout le monde, il s’adaptera.

Donc le 8 novembre combien y aura-t-il de personnes au départ ?
 

À noter que les skippers ne seront pas ou quasiment pas présents sur le village du Vendée globe ou même sur leur bateau et les pontons. L’organisation de la course leur impose des tests Covid plusieurs fois avant le départ et surtout un confinement d’au moins 7 jours avant la course. Sébastien Simon, par exemple, a déjà décidé de se confiné pendant deux semaines. Fabrice Amédéo, durant trois semaines.

Celle ou celui qui sera testé positif ne pourra prendre le départ et devra, s’il en a un, laisser la place à bord à son remplaçant, mais tous les skippers n’ont ont pas. Du coup, coup dur pour les sponsors qui pourront le cas échéant se retrouver avec un beau bateau dans le port des Sables d’Olonne, sans skipper à mettre à bord pour arborer ses couleurs autour du monde.

Mais on n’en est pas là, pour l’instant tout rêve est permis.
 
Séquence aux Sables d'Olonne avec le maire Yannick Moreau / © France Télévisions
Séquence aux Sables d'Olonne avec le maire Yannick Moreau / © France Télévisions

►Également dans l’émission :
  • Un portrait du doyen de la course engagé pour un 5ème Vendée globe : Jean Le Cam.
  • Miranda Merron, un beau duo avec Halvard Mabire.
  • Clarisse et Tanguy sont dans un bateau, mais seule l’homme reste à quai.
  • La Mayenne soutient Maxime Sorel.
  • La famille Amedeo de Segré soutient Fabrice.

►Enquêtes de région, le neuvième Vendée globe, sur France 3 Pays de la Loire, le mercredi 7 octobre à 23.10.

*Les prénoms et nom cités sont ceux de skippers réellement engagés.