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DOCUMENTAIRE. A VOIR OU REVOIR - Autonomes, un film de François Bégaudeau

Réunion au GAEC Radis & Co / © Autonomes - François Bégaudeau
Réunion au GAEC Radis & Co / © Autonomes - François Bégaudeau

Ecrit, tourné et monté avant le contexte du confinement, "Autonomes" se révèle d'une flagrante actualité à l'heure de la remise en cause de nos modèles par le Covid-19.  Car le film rend visite à celles et ceux qui ont fait un choix de vie qu'on imagine volontiers comme un possible "monde d'après".

Par Olivier Brumelot

Laëtitia et Sylvain se sont installés dans une ferme alimentée par une source. Il est devenu maraîcher, elle s’est faite éleveuse de moutons.  
Olivier et Cécile vivent dans leur yourte : ils ont décidé de dépendre un minimum de l’extérieur et vivent à fond leur projet d’autonomie.  
Les associés du GAEC Radis & Co travaillent à cinq sur leur exploitation qui produit en bio légumes, lait, farine et autres produits en se passant le plus possible des banques, notamment celle qui domine le secteur agricole.

Trois exemples de retours à la terre, comme on le disait dans les années 70 du siècle précédent ? Ou plutôt la vie comme il faudra l’envisager demain, par conviction ou par nécessité ? 
Laëtitia, paysanne et éleveuse file à l'ancienne / © Autonomes - François Bégaudeau
Laëtitia, paysanne et éleveuse file à l'ancienne / © Autonomes - François Bégaudeau
A voir « Autonomes » à la lumière du contexte du confinement, la direction prise par ces familles ou communautés filmées par François Bégaudeau en Mayenne résonne comme une prémonition.
En tout cas, comme la mise en œuvre concrète d’une réflexion approfondie sur un monde qui de leur point de vue ne tournait déjà pas rond.
S’ils n’étaient pas les seuls à le penser, eux ont mis leur vision en actes, et nous donnent désormais plus que jamais matière à réfléchir.
 

►Voir le film

Autonomes


Autonomes oui, mais pas seuls

L’autonomie c’est leur choix, et aussi une solution : produire soi-même son alimentation, son électricité, mettre en commun sa force de travail, c’est aussi une manière de surmonter la contrainte économique qui s’impose à beaucoup. Ce que permet l’espace rural avec ses logements ou ses terrains plus abordables, ses surfaces cultivables et ses ressources.
 
Sylvain, maraîcher en Mayenne / © Autonomes - François Bégaudeau
Sylvain, maraîcher en Mayenne / © Autonomes - François Bégaudeau
Point commun de ces ruraux qui ont décidé de compter d’abord sur eux-mêmes : ils sont en réseau, aux antipodes du repli sur soi.
Si Olivier et Cécile ont franchi le pas de la descolarisation leurs enfants, c’est pour les éduquer autrement, pas pour les soustraire au monde. Autour d’eux en Mayenne, des dizaines de familles ont fait le même choix, les enfants des uns côtoient ceux des autres, rencontrent d’autres adultes, appréhendent d’autres modèles.

Solidarité, entraide autour de projets pensés pour le bien commun … mais pas toujours bien acceptés. 
« Autonomes » fait  une large part au témoignage de Caroline fondatrice en 2013 à Soulvache, commune rurale de Loire-Atlantique du Papier Buvard, un café-salle de spectacle-librairie-magasin gratuit.
Caroline, fondatrice du Papier Buvard à Soulvache (Loire-Atlantique), aujourd'hui fermé. / © Autonomes - François Bégaudeau
Caroline, fondatrice du Papier Buvard à Soulvache (Loire-Atlantique), aujourd'hui fermé. / © Autonomes - François Bégaudeau
Cette ancienne banquière et le collectif qu’elle avait rassemblé pensait faire œuvre utile pour animer son village qui ne disposait par ailleurs d’aucun commerce. La municipalité a fini par trouver que tout cela créait bien de l’agitation.
Après des mois de conflit, le Papier Buvard a fermé. Soulvache n’a de nouveau plus de commerce.
L’association Le Verre Solidaire qui portait le projet en a monté un autre à quelques kilomètres de là, en Ile-et-Villaine.
 

Extension du domaine de l'alternative 

Le pari du film est de rassembler, et tisser des liens entre des communautés très différentes. Pas une énumération donc, mais la mise en écho de modes de vie singuliers sur le territoire Mayennais, terrain de jeu de François Bégaudeau qui y avait déjà tourné un documentaire en 2015, « N’importe qui ».
© Autonomes - François Bégaudeau
© Autonomes - François Bégaudeau
La caméra pénètre ainsi le quotidien des moniales Orthodoxes de Fontaine-Daniel, et s’aventure au contact de sourciers et d’un guérisseur.
Car cette Mayenne des néo-ruraux reste une campagne où prospèrent toujours des pratiques ésotériques sur lesquelles les siècles ne semblent pas avoir prise.

Cette culture de la sorcellerie, de la « main chaude » qui guérit a certes déjà été documentée : mise en regard avec le mouvement lent mais continu de la recherche de l’autonomie et d'une familiarité retrouvée avec le travail de la terre, elle complète notre regard sur ce territoire Mayennais où le bocage tient à l’abri des regards et des jugements hâtifs ces individus et ces collectifs hors des canons usuels de la société.


Autonomes, deux films

Le film de François Bégaudeau a été présenté en avant-première lors du festival Premiers Plans d’Angers le 24 janvier 2020, qui a donné lieu à un échange entre le réalisateur et le public.
Echange entre François Bégaudeau et le public de Premiers Plans autour de "Autonomes"
D’une durée de 112 minutes, cette version cinéma qui reflète de la façon la plus complète l’intention du réalisateur est construite autour de séquences fictionnées en introduisant le personnage de Camille, un homme des bois qu’on pourrait qualifier de diplômé en autonomie, option survivalisme et embrouilles, interprété par le génial Alexandre Constant !
Je vous recommande très chaudement d’aller le voir en salles, quand cela sera de nouveau possible.


En attendant, ne boudez pas votre plaisir de découvrir la version de 52 minutes que France 3 Pays de la Loire vous propose ce lundi 20 avril, disponible ensuite 30 jours en replay.

Le réalisateur, François Bégaudeau

© DR
© DR
Chanteur et parolier du groupe Zabriskie Point dans les années 90, François Bégaudeau publie son premier roman, Jouer juste, en 2003, aux Editions Verticales.
Suivront, chez le même éditeur : Dans la diagonale, Entre les murs, Fin de l’histoire, Vers la douceur, La blessure la vraie, Deux singes ou ma vie politique, La politesse, Molécules, En guerre (septembre 2018).

Il est aussi l’auteur d’Un démocrate, Mick Jagger (éditions Naïve, 2005), d'un Antimanuel de littérature (Bréal, 2008), d’un livre jeunesse, L’invention du jeu ( Hélium, 2009), d’un essai sur la jeunesse co-écrit avec Joy Sorman Parce que ça nous plaît (Larousse, 2010), d’un essai ironique sur l’idéologie littéraire, Tu seras écrivain mon fils (Bréal, 2011), d’un roman aux Editions Alma (Au début, 2012), d’un abécédaire, D’âne à zèbre (Grasset), d’un ouvrage de la collection Raconter la vie, Le moindre mal (Seuil, 2014), et de L’ancien régime, sur l’entrée de M. Yourcenar à l’Académie française.

Il a dirigé deux ouvrages collectifs : Le sport par les gestes (Calmann-Lévy, 2007), La politique par le sport (Denoël, 2009) et un livre d’entretien avec Sean Rose, Une certaine inquiétude (Albin Michel, 2018).

Son roman Entre les murs est devenu un film de Laurent Cantet en 2008, qui a obtenu la Palme d’or au festival de Cannes. Il en est le co-scénariste et l’interprète principal.
Son roman La blessure, la vraie a été librement adapté au cinéma par Abdelatif Kechiche (Mektoub my love, canto uno).
Il a coscénarisé les films de Patricia Mazuy (Sport de filles, 2012), Fred Nicolas (Max et Lenny, 2015) Pierre Courrège (Un homme d’Etat, septembre 2016), Eric Capitaine (Rupture pour tous, 2017).

Il est membre du collectif Othon qui écrit, tourne et produit des documentaires (Jeunes militants sarkozystes ; On est en démocratie ! ; Le fleuve, la tuffe et l’architecte ; Conte de Cergy), ou des comédies (Réunion, Repérage).
Il a réalisé en 2016 un documentaire, N’importe qui (Atmosphères Production).

Membre de la rédaction des Cahiers du Cinéma de 2003 et 2007, il écrit aujourd’hui sur le cinéma et la littérature dans le magazine Transfuge.
Il a tenu pendant huit ans une chronique sur le sport dans Le Monde.