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DOCUMENTAIRE : “Un Opéra à la Campagne”, champs lyriques en Mayenne

Mise en place des décors du "Trouvère" de Verdi au château de Linières / © Magneto Presse
Mise en place des décors du "Trouvère" de Verdi au château de Linières / © Magneto Presse

Depuis qu'il a racheté le château de Linières à Ballée en Mayenne, le metteur en scène Julien Ostini poursuit un rêve : faire de cet endroit un lieu de production et de représentation d'opéras. "Un opéra à la campagne" raconte cette folle aventure désargentée mais riche de son élan bénévole !

Par Olivier Brumelot

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Une journée d’hiver un peu sombre. A Ballée, dans la campagne du Sud-Mayenne se dresse la silhouette du château de Linières, imposant. À l’intérieur, le son d’un piano, des rires d’enfants.

À sa table, un jeune homme lit et annote une partition.

Julien Ostini et son épouse Véronique vivent ici, dans ce château qu’ils ont acheté en ruine en 2015. Ils y ont monté Carmen en 2017, Aïda en 2018.
Au moment où le documentaire "Un Opéra à la Campagne" commence, à l’hiver 2019, ils préparent "Le Trouvère" de Verdi. Sans argent ou presque, mais pas sans personne !
 
Un opéra à la campagne : des bénévoles lors de la présentation de la mise en scène du Trouvère / © Magneto Presse
Un opéra à la campagne : des bénévoles lors de la présentation de la mise en scène du Trouvère / © Magneto Presse

À rebours des pratiques des grandes maisons d’opéra avec lesquelles il collabore comme metteur en scène, Julien Ostini poursuit un rêve dans son château de Ballée : monter des opéras pour un public populaire, avec l’appui d’une armée de bénévoles du cru.
 
"Un Opéra à la campagne" : les bénévoles de Ballée construisent la scène du "Trouvère"

Les bénévoles se sont regroupés autour de Julien et Véronique Ostini en association , "les Zélés de Linières".
Leurs profils sont très divers : artisan, institutrice, notaire, agriculteur. "Je n’ai pas été éduqué à écouter de l’Opéra" confie l’un d’eux. "Moi c’était plutôt Sardou ou Halliday". L'un n'empêche pas l'autre d'ailleurs.

À Linières chacune et chacun vient proposer son temps et ses compétences.

Il y en a pour tout le monde, entre les travaux pour rénover et aménager le château, pour créer par exemple la réserve des costumes, mais surtout une multitude de choses à faire pour que le production du "Trouvère" voie le jour : scène, décors, costumes, tout est fait par les petites mains au grand coeur, sous l’œil attentif de Julien qui veille à tout.
 
Des bénévoles à l’atelier couture / © Magneto Presse
Des bénévoles à l’atelier couture / © Magneto Presse

Metteur en scène d’Opéra dont le travail a été apprécié à Lyon, Genève, Saint-Etienne et bientôt Angers-Nantes Opéra,  Julien Ostini défend cette approche artisanale dans laquelle il voit l’âme perdue de l’Opéra.

Semaine après semaine, la préparation du "Trouvère" avance sous l’œil des réalisateurs  Sophie Rabiller et Frédéric Decossas, jusqu’à l’été où arrivent à Ballée musiciens, choristes et chanteurs.
 
"Un opéra à la campagne" : les musiciens et chanteurs arrivent à Ballée (Mayenne)


Ils sont 130 et participent bénévolement eux aussi à l’aventure ! Nourris et logés chez l’habitant, ils auront 10 jours pour répéter, dans une grange, dans la cour, ou dans un pré, sous un arbre.

L’ambiance est bon enfant, deux mondes se rapprochent, celui des professionnels de l’Opéra sans doute habitués à d’autres manières et à un autre confort, et l’accueil sans façon des habitants de Ballée qui les applaudiront bientôt.
 
L’orchestre de Linières en répétition / © Magneto Presse
L’orchestre de Linières en répétition / © Magneto Presse

La couleur sonore du film a changé, des instruments se mêlent désormais à la musique habituelle de la campagne aux mois d'été : violoncelles et bourdons, trompettes et tracteurs, voix de ténor et meuglement de vache.

Des décalages cocasses se produisent, comme quand le chœur se réunit au supermarché du bourg pour chanter en guise d’invitation à la première du "Trouvère".
 
"Un opéra à la campagne" : dernières répétitions avant la première du "Trouvère"


Le récit de cet été lyrique aux champs se poursuit comme un compte à rebours.
Il faudra être prêt coûte que coûte, les réservations sont toutes parties, 2600 en tout soit 300 de plus qu’Aïda l’année précédente.

Plus que quelques heures. Le ciel mayennais en cette fin juillet 2019 se charge de gris puis de noir, un vent mauvais se lève. Les représentations en plein air se dérouleront-elles sans encombre ? Les efforts de la petite armée du général Ostini auront-ils été vains ?
 
Julien Ostini dirige une répétition du chœur des femmes / © Magneto Presse
Julien Ostini dirige une répétition du chœur des femmes / © Magneto Presse

On ne dévoilera pas ici la fin du documentaire, sachez simplement que la représentation des Contes d’Hoffmann, prévue cet été est décalée en 2021.
Que Julien court toujours après l’argent pour monter cette nouvelle production. Qu’un financement participatif a été lancé. Que le château est toujours debout, les Zélés toujours là, et le rêve d’un Opéra pour tous, toujours vivant !
 
Julien Ostini / © Magneto Presse
Julien Ostini / © Magneto Presse