• faits divers
  • sport
  • société
  • économie
  • football
  • Insolite

Etienne Davodeau : un auteur de BD au coeur de l'intime

Etienne Davodeau et Benoît Collombat reçoivent le Prix du public Cultura / © AFP Georges Gobet
Etienne Davodeau et Benoît Collombat reçoivent le Prix du public Cultura / © AFP Georges Gobet

Depuis son village posé en terre angevine, Etienne Davodeau a écrit et dessiné plusieurs pièces maîtresses de la bande dessinée francophone. Il revient d'Angoulême avec le Fauve du public pour l'album "Cher pays de notre enfance" réalisé avec Benoît Collombat. Retour sur son parcours...

Par Eric Guillaud

Proche de la terre, proche des gens! Voilà comment on pourrait qualifier en quelques mots Étienne Davodeau, l'homme et l'auteur. Aussi loin que l'on puisse remonter dans sa bibliographie, Étienne Davodeau a toujours eu à coeur d'explorer le réel, le quotidien, la vie des gens ordinaires, notre vie.

Je suis à peu près convaincu que dans chaque vie humaine, on trouverait une histoire digne d’être racontée.






Ne cherchez donc pas de super-héros ou de super-événements dans ses livres, il n'y en a pas ! Ce qui intéresse Étienne Davodeau, ce sont les petites choses de la vie, celles qu'on a tous les jours sous les yeux et qu'on finit par ne plus voir. "Je suis à peu près convaincu que dans chaque vie humaine, on trouverait une histoire digne d’être racontée...", déclarait-il au moment de la sortie du livre "Les Ignorants", "Un exemple ? Élever des enfants, cette expérience « banale », n’est ce pas aussi parfois une sorte de vaste saga pleine de coups de théâtre, d’émotions diverses et de suspens?".
Extrait de l'album Les Ignorants / © Futuropolis - Davodeau
Extrait de l'album Les Ignorants / © Futuropolis - Davodeau
"Les Ignorants" justement, un livre qui met en scène la rencontre de deux mondes, la bande dessinée et les vignes, un auteur et un viticulteur, la cutlure et l'agriculture, deux passions, deux ignorants, et au bout du compte un apprentissage croisé. "Les Ignorants" fut une belle rencontre pour Étienne mais aussi pour le public tombé sous le charme de l'écriture humaniste et de l'approche quasi-journalistique de l'auteur. Étienne Davodeau aime parler de l'autre, des autres. Voilà ce qu'il dit en 2011 du viticulteur, son voisin, son ami : "Richard Leroy est un homme qui a empoigné son destin à deux mains et qui se consacre avec passion à la tâche qu’il s’est librement assignée: écouter, comprendre et accompagner trois hectares de coteaux pierreux plantés de chenin dont il donnera le vin à boire à d’autres êtres humains. Et la rencontre avec ces gens est la finalité réelle de ce projet. Ça me semble un projet de vie infiniment respectable. Ordinaire si on veut, exigeant sûrement, racontable, certainement.".

J’ai juste envie d’emmener la bande dessinée où elle va encore peu -le récit du réel, du quotidien- . Je suis persuadé qu’elle a, pour explorer ces domaines, des aptitudes qu’on sous-estime encore.


Dix ans avant "Les Ignorants", Étienne signait un autre livre ayant lui- aussi pour contexte le milieu agricole, un livre qui annonçait l'éclosion d'un presque nouveau genre, la bande dessinée reportage ou documentaire. Son titre, "Rural!", l'histoire d'une collision politique.  À ma droite des agriculteurs bio, à ma gauche l'intérêt de l'État, au centre le tracé d'une autoroute. "Rural!" est une bande dessinée documentaire et sociale. C'est la touche Davodeau, une touche qui vient de ses influences, "multiples et variées", précisait-il en, 2011, "le travail de Daniel Mermet, homme de radio, n’est pas pour rien dans ma façon de faire de la bande dessinée. Le cinéma social britannique non plus. Mais plus largement, je me nourris de toutes sortes de récits, qui n’ont souvent rien de commun avec la teneur de mes livres. J’aime le travail de ceux qui tracent leur propre route. Les suiveurs m’exaspèrent.".
Extrait de l'album Rural! / © Delcourt - Davodeau
Extrait de l'album Rural! / © Delcourt - Davodeau
"Rural!", "Les Mauvaises Gens", "Un homme est mort", "Les Ignorants", autant de récits marqués par une exploration du réel et une approche intimiste. Même le très sérieux et plus âpre "Cher pays de notre enfance" qui se penche sur la face obscure de la Ve République, avec ce Charles de Gaulle éclaboussé de sang en couverture, Prix du public Cultura au Festival International de la Bande Dessinée, dégage un petit quelque chose d'intime. Probablement par cette façon de se mettre en scène, lui-même et Collombat, pendant l'enquête. Une narration simple mais efficace et humaine.

Documentaire mais aussi fiction. Étienne aime la bande dessinée dans sa diversité. Il aime aussi surprendre le public. Bien sûr, depuis "L'Homme qui n'aimait pas les arbres", l'un de ses premiers travaux, jusqu'au "Chien qui louche", en passant par "Le Constat", "Quelques jours avec un menteur" ou "Lulu femme nue" que la réalisatrice Sólveig Anspach portera à l'écran en 2014, toutes ses fictions sont solidement ancrées dans le réel.
Extrait de l'album Cher pays de notre enfance / © Futuropolis - Davodeau & Collombat
Extrait de l'album Cher pays de notre enfance / © Futuropolis - Davodeau & Collombat
Une quarantaine d'albums en 25 ans. Étienne Davodeau aime son métier et le fait avec passion et conviction. A la question de savoir dans quel état d'esprit il aborde la sortie d'un album, Étienne déclarait en 2013 : "Une sorte de scepticisme navré. Ce livre n'est jamais tout à fait celui que je voulais faire. Alors j'en commence un autre.". Souhaitons simplement qu'il conserve en lui et le plus longtemps possible ce "scepticisme navré" qui nous a jusqu'ici permis de lire quelques-unes des plus belles pages de la bande dessinée franco-belge

Extraits d'interviews réalisées en novembre 2011 et novembre 2013

Etienne Davodeau sera l'invité exceptionnel de l'émission La Voix est libre diffusée samedi 13 février à 11h30 sur France 3 Pays de la Loire
 

A lire aussi

Sur le même sujet

floralies

Les + Lus