Airbus : le géant tangue, les sous-traitants trinquent

Le plan de suppression d'emplois annoncé par la direction d'Airbus n'impacte pas seulement le fleuron de l'aéronautique. Des centaines de salariés, employés par des sous-traitants sont concernés. En passe, eux aussi, de perdre leur travail.

Les salariés d'Airbus ne sont pas les seuls concernés par le plan de suppression de postes annoncé le 2 juillet.
Les salariés d'Airbus ne sont pas les seuls concernés par le plan de suppression de postes annoncé le 2 juillet. © C.François France 3 Pays de la Loire
Les 350 salariés de Trigo Qualitaire ont reçu ce vendredi un courriel de leur direction leur indiquant que 174 d'entre eux allaient être licenciés. 70 personnes sur 130 sont concernées en loire-Atlantique.
Olivier Lecocq est encore sous le choc. "On savait que ça allait mal depuis janvier, on s'attendait à une réduction des effectifs mais pas à ce niveau...vous vous rendez compte, on a pris une baffe!". Pour ce délégué syndical FO, le désarroi le dispute à la colère.

"Est-ce qu'ils ont conscience les directeurs d'airbus des conséquences de ce plan ? Il ne touche pas seulement le personnel du groupe mais des centaines de sous-traitants qui travaillent, comme nous, au service de l'aéronautique. C'est tout un secteur qui se prend en pleine face cette crise Covid".

Trigo Qualitaire, fondée en 1989, est l'une de ces multiples sociétés qui travaillent sur les sites d'Airbus à Nantes ou à Saint-Nazaire. Elle est spécialisée dans le contrôle de la qualité et la conformité des pièces composant les avions. 
"Tous les postes, du cadre au commercial en passant par la production, sont touchés. C'est toute la pyramide des emplois qui se casse la figure". 

Dans le communiqué envoyé aux salariés, l'entreprise indique :
"Notre activité est fortement dépendante d'Airbus qui représente plus de 63% du chiffre d'affaires en France en 2019 (et plus de 78% en incluant les filiales d'Airbus). Trigo Qualitaire subit donc directement l'effondrement de la production et Ia réduction des cadences, auxquelles s'ajoutent aussi des ré-internalisations partielles ou totales par Airbus de certaines activités qui lui étaient auparavant confiées.

Dans ce contexte, l'activité de Trigo Qualitaire devrait baisser de près de 60% par rapport à 2019 avec peu d'espoir de reprise significative avant 2023. La société connait actuellement une baisse drastique de son carnet de commandes et près de 60% des salariés sont sans activité"
.

Pour Nicolas (le prénom a été changé à la demande de l'intéressé), lui aussi salarié de Trigo Qualitaire, c'est une véritable catastrophe.
Car Airbus n'est que la partie immergée de l'iceberg économique qui fait vivre tout un secteur.

"Il y a plein d'entreprises comme la nôtre, des petites boites, des artisans qui travaillent pour Airbus dans tout le bassin nantais et nazairien... on l'a mauvaise de toujours devoir subir. Déjà qu'on s'est toujours adapté aux économies imposées par notre client... les dommages collatéraux c'est nous. Nous les premiers de corvées qui nous levons tôt le matin, qui avons des petits salaires et qui allons nous prendre de plein fouet les répercussions du plan d'Airbus."

J'espère que les politiques locaux et l'état vont faire en sorte de nous accompagner, parce que c'est aussi toute une population qui a permis à cette entreprise de devenir florissante.

Daher, Safran, Saprena, Simra, Gestal, A3A, Halgand, Famatt... toutes ces sociétes dont les noms sont inconnus du grand public, travaillent pour Airbus. Toutes devraient devoir baisser la voilure. Les premières victimes touchées par la chute du géant de l'aéronautique ont d'abord été les intérimaires, dont les contrats ont été stoppés durant le confinement, puis les CDD. Maintenant ce sont les salariés en CDI qui se voient annoncer des plans de licenciements.

Une saignée qui n'est pas terminée. À l'automne, beaucoup craignent que les chantiers navals subissent à leur tour les répercussions de la crise.
Selon Olivier Lecocq, "le chiffre qui tourne en ce moment c'est que cette crise pourrait faire énormément de dégâts, que cela pourrait toucher 6000 personnes dans la région".
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