Coronavirus : à Saint-Brévin, en Loire-Atlantique, le confinement vu par un Soudanais depuis un centre de migrants

Certains sont là depuis deux ans. A Saint-Brévin, un centre de vacances accueille près de 70 migrants, aujourd'hui confinés à cause de l'épidémie de covid-19. Une situation qu'ils prennent avec philosophie, habitués à voir le quotidien suspendu à l'attente des papiers.
Depuis l'évacuation de la "jungle" de Calais en 2016, un centre de vacances à Saint-Brévin sert régulièrement de lieu d'hébergement pour des migrants.
Depuis l'évacuation de la "jungle" de Calais en 2016, un centre de vacances à Saint-Brévin sert régulièrement de lieu d'hébergement pour des migrants. © Maxppp / Franck Dubray
Il aurait dû fermer ses portes à la fin du mois de mars. Un centre de vacances, dédié depuis l'automne 2018 à l'accueil des migrants. D'abord, ceux du campement du square Daviais, suite au démantèlement de ce village de tentes en centre-ville de Nantes, puis d'autres, au gré des arrivées et des départs.

Aujourd'hui, ils y sont un peu plus de 70, qui devaient tous partir, début avril, pour d'autres lieux d'accueil aux environs de Nantes. "Je ne sais pas où exactement. On ne nous a pas donné plus de détails." Notre interlocuteur vit là depuis deux ans.


L'attente, plus longue que le confinement

C'est un jeune Soudanais au sourire pétillant, d'une trentaine d'années, qui espère obtenir le statut de réfugié, et travailler un jour peut-être, sur le chantier naval de Saint-Nazaire en tant que soudeur, son métier au pays.

Depuis 2018, son dossier suit son cours, mais ce n'est que tout récemment qu'il a enfin pu rencontrer l'Ofpra, l'office des réfugiés et apatrides, qui doit se prononcer sur son statut. " Je connais des personnes pour qui ça a pris deux mois, d'autres trois mois, et même six mois pour les plus longs", nous confie-t-il au téléphone, misant sur une attente jusqu'à l'hiver prochain.
 
L'étude de son cas prendra-t-elle du retard avec le confinement? Autour de lui, tous ceux qui avaient des rendez-vous à l'Ofpra ou en préfecture les ont vus reportés.

Tout comme le déménagement du centre, suspendu tant que durera l'épidémie. Pas de téléviseur au centre, il n'a donc pas suivi le discours d'Emmanuel Macron.

Le confinement, les migrants l'ont appris par les réseaux sociaux, et le lendemain, les employés de l'association leur ont donné toutes les modalités, et imprimé des formulaires.

Le confinement n'a pas bouleversé le quotidien

Depuis, les représentants de l'association ne viennent plus beaucoup, une heure ou deux par jour. Une seule personne qui tient une permanence pour voir si tout va bien. Le quotidien pourtant, n'a pas beaucoup changé : "On joue au foot, on se fait à manger, on sort parfois pour faire nos courses. C'est juste qu'on ne peut plus aller à la plage" détaille notre interlocuteur.

Depuis l'annonce du déménagement, début mars, les bénévoles ne passaient plus pour les cours de français et les activités.

Le confinement rend simplement certaines choses un peu plus compliquées, comme se rendre à Saint-Nazaire pour acheter la viande halal qu'on ne trouve pas à Saint-Brévin. Il n'y a plus de bus, et les voitures ne prendront pas le risque d'emmener un auto-stoppeur.

Ici, la vie reste rythmée par les petits repères qui donnent du sens à la journée : "Je lis, j'écris, je fais du sport, j'essaie de rester occupé", nous explique-t-il. Sa vie d'avant ressemble à nos vies confinées, si ce n'est qu'elle dure depuis deux ans.

Pas de malades pour l'instant dans le centre, ni au Soudan, son pays d'origine : "Il y a des rumeurs, il y aurait 5 ou 6 cas, mais ce n'est pas confirmé. J'ai un peu peur pour mes proches car si le virus arrivait, il n'y aura pas assez de protections." De toutes façons, il n'y peut pas grand chose, il doit être patient. Pour le virus, et surtout pour la suite.
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