Législatives 2024. "Ils ne voient pas de lien entre ces hommes en costard-cravate et leur vie quotidienne", la jeunesse sera-t-elle l'arbitre de ces élections ?

Au lendemain des Européennes, comment se positionnent les jeunes par rapport aux législatives ? Qu'importe le bord politique, les 18-24 ans constatent une radicalisation de la politique française. Malgré un taux d'abstention important aux Européennes, la jeunesse n'a pas encore dit son dernier mot.

Devant le lycée Mandela à Nantes, plusieurs groupes d'élèves sont assis par terre, ou contre un mur. S'ils sont encore au lycée, certains n'ont pas que le bac en tête.

Les plus âgés viennent de voter, pour la première fois, aux élections européennes. Ils seront à nouveau appelés aux urnes, le 30 juin, pour le premier tour des élections législatives. 

Les primo votants entrent en scène

"Les Européennes, c'était mon premier vote. J'ai découvert le fonctionnement par liste. Je savais que je voulais voter, mais je ne comprenais pas bien le fonctionnement", avoue Sol, lycéen en terminale générale. 

Comme plusieurs de ses camarades présents ce matin-là, Sol envisage de voter pour le Nouveau Front populaire aux législatives. Aucun des jeunes majeurs interrogés n'envisage l'abstention. Pourtant, aux Européennes, d'après les sondages, seulement 40 % des 18-24 ans sont allés exprimer leur vote.

Une série Netflix

En prime, ces nouveaux électeurs ont droit à des législatives express. Vingt jours de campagne éclair, des réseaux sociaux qui s'enflamment et avec, comme le sentiment d'être arrivé en plein milieu d'une série télévisé. 

"Un jeune m'a dit, l'autre jour : c'est vraiment comme dans une série Netflix en ce moment", rapporte Hamza Makhlouk, étudiant en cinquième année de médecine et président de la branche nantaise "Les Engagés". L'association apartisane sensibilise les jeunes à l'engagement citoyen et à la vie politique. 

"Les Européennes ne parlent pas beaucoup aux jeunes, mais je suis aussi pessimiste pour les législatives", concède le jeune homme de 22 ans. À la manière de House of Cards, la scène politique du moment se focalise sur les coalitions, oppositions, trahisons et autres coups d'éclat. "Dans ce contexte, on ne parle pas des programmes et du fond finalement", regrette Hamza Makhlouk. 

La scène politique actuelle n'est pas la plus propice pour que les jeunes se positionnent

Hamza Makhlouk

Étudiant en médecine et président des Engagés Nantes

"C'est dur de se reconnaître dans la proposition politique actuelle, il n'y a que de l'opposition permanente" précise le jeune franco-marocain. 

Le mythe du désintérêt

Titouan fait partie des Jeunes Européens de Nantes, une association pro-européenne qui n'est rattachée à aucun parti. 

Pour lui, l'abstention des jeunes s'explique par le manque de représentation. "C'est un mythe de penser qu'ils ne sont pas politisés" affirme le jeune homme avant d'ajouter,"les jeunes sont super politisés, notamment sur des sujets de société, ils sont conscients. Mais ils ne se reconnaissent pas parmi les figures politiques."

Ils ont l'impression que voter ne changera rien, que leurs voix n'ont pas d'importance

Titouan

Étudiant en M2 de droit, 22 ans

Pour lui, c'est une question de légitimité. Quand on est jeune, on maîtrise moins les ressorts du débat politique et on peut avoir le sentiment de ne pas avoir sa place dans les délibérations publiques." Mais même si on ne comprend pas tout, on peut aller voter", rappel Titouan. 

L'abstention, reste une manière de s'opposer au système, de refuser de participer au fonctionnement politique tel qu'il est aujourd'hui.

Il y a une forme de radicalité chez La France insoumise et le Rassemblement national, mais aussi dans l'abstention. L'abstention, c'est dire : allez vous faire foutre, on en a marre

Diane

Juriste, 23 ans

Suite à un appel à témoignage sur le compte Instagram des Jeunes Engagés de Nantes, un certain nombre d'étudiants ont accepté de répondre aux questions de la rédaction. C'est le cas de Diane, juriste de 23 ans.

Pour elle, si les jeunes ne s'intéressent pas à la politique, c'est parce que personne ne cherche à vraiment les intéresser. "Ils ne voient pas de lien entre ces hommes en costard-cravate et leur vie quotidienne. Les acteurs politiques sont loin de leurs préoccupations", explique la jeune femme. 

Génération Bardella

Des figures politiques loin des considérations des jeunes et qui ne leur ressemblent pas. Mais leur vote est un enjeu majeur pour les partis. Il représente une réserve de voix potentielles considérables, capable de faire basculer les résultats des élections. 

Le Rassemblement national (RN) l'a bien compris, mobiliser les jeunes, c'est la clé. En se saisissant des réseaux sociaux, Jordan Bardella a su s'adresser aux 18-24 ans et les emmener jusqu'aux urnes. 

Cette génération Bardella, elle s'est politisée pendant les quinquennats de Macron

Diane

Juriste, 23 ans

Diane compte voter pour le Nouveau Front populaire, mais elle comprend aussi ce ras-le-bol général et la montée de l'extrême droite. "Les 18-24 ans et même, celle des 25-34 ans, sont les déçus de la majorité présidentielle", analyse la Nantaise. 

À l'époque de mes parents, c'était une honte absolue de dire qu'on votait Front national, aujourd'hui, on assiste à une légitimation de la parole du RN

Diane

Juriste, 23 ans

Ce qui fait peur à Diane, c'est qu'avec l'extrême droite institutionnelle, fleurit également une extrême droite de rue, avec des milices et des actions violentes.

Cette extrême droite de rue est de plus en plus importante, et plus le RN va prendre de la place dans la vie politique, plus ces milices vont se sentir légitimes

Diane

Juriste, 23 ans

Contre "les extrêmes", plusieurs positions

Alix et Simon envisagent de voter tous les deux pour Les Républicains (LR). Pour autant, ils ne sont pas vraiment d'accord. Simon a répondu à l'appel à témoignage. Il fait partie des déçus du gouvernement de Macron et pense que le centre n'a plus sa place aujourd'hui dans le paysage politique français.

Si on est engagé en politique, c'est tout ou rien

Simon

Étudiant en biologie, 21 ans

À l'inverse, Alix, contacté via le BDE de son école, hésite encore entre le candidat LR de sa circonscription et celui de la majorité présidentielle. Pour la jeune femme de 19 ans, "les extrêmes, ce n'est pas de la démocratie". Pourtant, dans son entourage, beaucoup ont voté RN. "Je n'étais pas étonné de ces résultats, avec l'insécurité qu'il y a à Nantes" déclare l'apprentie infirmière.

Bardella a réussi à faire entendre ce qu'il voulait en utilisant les réseaux sociaux

Alix

Étudiante infirmière, 19 ans

Si la plupart des jeunes rencontrés affirment suivre la campagne des législatives sur les réseaux sociaux, tous savent qu'il faut mettre un peu de distance avec les contenus. "Les réseaux sociaux permettent aux jeunes de se repolitiser" estime Alix. Elle essaye de suivre, en ligne, plusieurs partis, pour avoir une vision globale de la politique, "sinon, on peut vite être embrigadé" souligne la jeune Nantaise.

Enzo, lui, souhaite voir la majorité présidentielle être reconduite. Pour le jeune homme de 20 ans, à droite comme à gauche, "les extrêmes" sont dangereux.

Je pense que l'extrême gauche est tout aussi dangereuse que l'extrême droite

Enzo

Étudiante en BTS de management, 20 ans

"Ils sont dangereux sur le fond. Leur programme n'est pas viable, ce serait une catastrophe économique", déplore Enzo avant d'ajouter, "l'augmentation du SMIC impacterait trop l'État".

La gauche appelle à une forme de chaos. En manif, des drapeaux français ont été arrachés, on n'a pas à arracher le drapeau de sa patrie

Enzo

Étudiant en management, 20 ans

Besoin d'être fière

Les amis du jeune Simon ont voté pour La France insoumise aux Européennes. Pour lui, il est difficile de parler de politique avec les autres jeunes de son âge. "Il y a une diabolisation de la droite chez les jeunes", explique-t-il. Il ajoute,"quand il y a des discussions politiques autour de moi, je ne participe pas. Je me tais".

Les jeunes se sentent dépossédés de la France

Judith

Étudiante en sciences politiques, 22 ans

Comme de nombreux jeunes, Judith a fait le choix du RN pour les législatives. Elle fait partie de la Cocarde, un syndicat étudiant d'extrême droite. Dans son entourage, tout le monde vote comme elle. Son choix, elle l'explique par l'envie de renouer avec ses origines françaises.

Les jeunes, aujourd'hui, ont envie de montrer qu'ils sont fiers d'être français

Judith

Étudiante en sciences politiques, 22 ans

Être fiers de sa nationalité, c'est avec ces mots que la jeune femme explique son adhésion à l'extrême droite. Pendant sa scolarité, elle a presque eu honte d'être française. "À l'école, quand on est plus jeune, on nous demande nos origines et souvent, quand on est français, on dit juste qu'on n'en a pas", raconte la jeune Nantaise.

Aujourd'hui, on est en France et j'ai envie d'être fière de la terre de mes ancêtres

Judith

Étudiante en science politique, 22 ans

Entre, la bataille idéologique de la gauche et de l'extrême droite, et un centre qui refuse une "radicalisation" de la politique, les jeunes cristallisent la fracture française actuelle. Généralement considérée comme dépolitisée, la jeunesse n'a pourtant pas encore dit son dernier mot.

Pour préserver l'anonymat de certaines sources, des prénoms ont été modifiés. 

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