Baccalauréat 2021 : une manif inter-lycées ce lundi à Nantes pour des épreuves en contrôle continu et un avenir serein

Les annonces de Jean-Michel Blanquer n'ont pas suffi à calmer leur colère. Les lycéens se mobilisent de nouveau,  ce lundi à Nantes, pour réclamer l'intégralité des épreuves du baccalauréat en contrôle continu et des garanties pour l'avenir. Non déclarée en préfecture la manif a été interdite.

Blocus au lycée Guist'hau de Nantes mercredi 5 mai 2021. Les lycéens réclament des évaluations en contrôle continu.
Blocus au lycée Guist'hau de Nantes mercredi 5 mai 2021. Les lycéens réclament des évaluations en contrôle continu. © Capture Twitter

Anouk est en première au Lycée Guist'hau de Nantes. Sa voix en dit long sur la lassitude et le désarroi après deux années scolaires en pointillé. Depuis une semaine, chaque matin, elle bloque l'entrée de son établissement. Passer le bac français avec le choix entre deux textes plutôt qu'un seul imposé, comme l'a suggéré le ministre de l'Education nationale, ne suffit pas à apaiser la colère et le stress généré par cette crise sanitaire qui n'en finit pas. 

"Pour moi ce n'est plus nécessaire de passer un bac français tellement il y eu de modifications. Pouvoir avoir le choix entre deux textes, c'est juste une manière de ne pas supprimer l'épreuve mais en soi, autant l'annuler! Le maintenir, dans des conditions comme celles que l'on a vécues, on n'a pas pu passer une année normale, ça n'a aucun sens", explique la lycéenne.

Depuis des mois elle doit s'adapter, en présentiel, en semi-présentiel, en distanciel. Les consignes ont changé sans cesse. Du coup, elle n'a jamais pu trouver un rythme. 

Je prenais du temps à m'adapter à chaque fois. Je donnais pourtant tout ce que j'avais mais j'ai perdu de la motivation en cours de route. A force de chercher à suivre toujours les nouvelles mesures, je n'arrivais plus à être dans une réelle concentration

Anouk, élève de première

"Je n'arrive plus à me projeter sur mes études"

"En fait avec la situation actuelle, je n'arrive même pas à me projeter dans mes études supérieures. J'ai du mal à voir le bout du tunnel. Je ne parviens pas à envisager ce que je vais pouvoir ressentir à l'avenir. Je suis une personne qui gère difficilement son stress. C'est impossible de tenir pour moi. Les cours prennent beaucoup plus d'importance qu'en temps normal. On n'a plus du tout de temps pour soi. C'est tendu!", déplore Anouk. Côté profs il y "ceux qui aident, ceux qui nous culpabilisent de ne pas y arriver, et ceux qui font l'autruche. De toute façon ils sont perdus comme nous", ajoute la jeune fille.

Ce lundi après-midi, Anouk participera à la manifestation inter-lycées et elle ne sera pas seule, à venir crier son désarroi.

Le point de rassemblement est fixé à 15 heures place du Bouffay, en plein coeur de Nantes. Malgré les annonces de Jean-Michel Blanquer, les lycéens, fatigués de naviguer à vue, veulent continuer à se battre. Plusieurs établissements se sont regroupés au sein d'un collectif pour redire leur besoin d'avenir serein.

Au final ils étaient 150 à manifester, vite bloqués par des policiers plus nombreux que les lycéens dans les rues du centre ville de Nantes. Les forces de l'ordre ont empêché les jeunes de manifester et supprimer banderolles et mégaphones, au prétexte que le rassemblement n'était pas déclaré en préfecture.

Les futurs bacheliers ont donc fait demi-tour, sans pouvoir défiler. Les revendications affichées sont pourtant nombreuses.

Les 150 lycéens présents dans les rues de Nantes ont vite été bloqués par les policiers plus nombreux qu'eux dans les rues du centre ville de Nantes.
Les 150 lycéens présents dans les rues de Nantes ont vite été bloqués par les policiers plus nombreux qu'eux dans les rues du centre ville de Nantes. © Anouk

Nous demandons à ce que le baccalauréat session 2020-2021 soit évalué en contrôle continu pour les élèves de première et terminale. En effet, la pression pour l’obtention de ce diplôme est plus forte que d’habitude en raison de la situation sanitaire actuelle : nous ne sommes pas préparés à passer des épreuves aussi conséquentes et déterminantes dans notre vie. Cette mesure avait déjà été prise l’année dernière, suite à un mois et demi de confinement.


"Désormais, après une année scolaire intégralement abîmée, avec des élèves baladés entre des cours en présentiel, en distanciel et en semi-présentiel, il nous semble encore plus légitime d’opérer les mêmes arrangements", explique le communiqué.

"Des élèves favorisés face à la selection Parcoursup"

Les élèves de première et de terminale réclament aussi plus d’égalité entre les lycées : "l’ensemble des institutions scolaires n’ont pas été toutes en mesure d’offrir les mêmes dispositions pour accueillir les élèves en présentiel et en distanciel au cours de l’année. Certaines étaient limitées dans leurs moyens, dans l’indisponibilité d’offrir un cadre stable aux élèves leur permettant de se préparer correctement au baccalauréat. Cela résulte aujourd’hui en des inégalités marquées entre les niveaux des lycéens, devant désormais passer les mêmes épreuves. Les lycées ayant davantage été aptes à donner des cours en présentiel verront leurs élèves favorisés face à la sélection sur Parcoursup. À l’inverse, les lycées ayant été davantage contraints de donner des cours par le distanciel voient leurs élèves avoir un retard plus conséquent sur le programme."

Sans parler des établissements qui ont pu bénéficier d’un ou plusieurs bac blanc complets, tandis que d’autres y ont eu droit partiellement, voire pas du tout.

"Dépressions et décrochages"

Le collectif inter-lycée demande par ailleurs une plus grande vigilance et une prise en compte de santé mentale.

Le cortégé des lycéens le long de la ligne de tramway, lundi 10 mai 2021.
Le cortégé des lycéens le long de la ligne de tramway, lundi 10 mai 2021. © Anouk

"Notre combat ne se résume pas à l’obtention des épreuves du baccalauréat en contrôle continu. Nous luttons pour notre avenir à tous-tes, mis en danger par notre système actuel, basé sur les inégalités et les oppressions. Nous ne voulons plus subir les lois et les réformes nous concernant, nous voulons y prendre part. D’autant plus lorsque nous savons que les professeurs sont, comme nous, mis à l’écart et prévenus aux derniers moments des nouvelles décisions. Cela est porteur de stress et cause des problèmes d’organisations majeurs. Nous continuerons à bloquer, manifester, lutter tant qu’il le faudra", conclut le communiqué.

Nous sommes depuis de nombreux mois trimballés entre le présentiel, le distanciel, les visios, les changements d’emploi du temps et de calendriers d’épreuves, les confinements successifs qui nous éloignent du système scolaire ainsi que de nos amis, piliers affectifs pour nombre d’entre nous

"Le maintien des épreuves de philosophie, du Grand Oral et des épreuves de français nous semble illogique et va engendrer des inégalités présentes depuis de nombreuses années déjà et exacerbées par la crise. Nous ne disposons pas tous des mêmes conditions de vie et d’études, des mêmes dispositions au travail en autonomie ni même du matériel nécessaire au suivi des cours en ligne (ordinateur, imprimante, connexion internet illimitée…)", ajoutent les lycéens.

Ils attendent donc le passage au contrôle continu de toutes les épreuves programmées en juin, qu’elles concernent les BTS, les BAC pro, techno ou généraux.

Ils exigent aussi "une rentrée 100% en présentiel en septembre 2021 dans les lycées et les universités".

"La jeunesse oubliée"

Précarité, isolement, décrochage, pour ces futurs bacheliers "la jeunesse a été la grande oubliée des mesures d’aide, laissée pour compte, et de ce fait mise en danger par le gouvernement".

Nous demandons des mesures pour la jeunesse, sous la forme d’un vrai soutien économique, psychologique et une vraie considération de la part de la classe politique.

Au delà de l'obtention d'un diplôme, les futurs bacheliers s'inquiétent pour le futur. "Nous revendiquons le droit à un avenir juste et viable, autant sur le plan économique, écologique, social et culturel. Nous ne pouvons pas vivre sur une planète qui se meurt, nous ne pouvons pas vivre sans le monde de la culture, nous refusons de subir les réformes nuisant à notre développement en tant qu’individus, sur le plan éducatif comme sur le plan personnel."

Tant que ces revendications ne seront pas entendues et prises en considération, ils se disent prêts à continuer "à lutter, à bloquer, à résister. Mais pour l’instant, le gouvernement semble plutôt préoccupé par des histoires d’épaules dénudées, de cheveux voilés et de points médians. Nous n’avons pas tous les mêmes priorités, mais il serait temps que Macron revoie sa copie!".

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