BD. Naduah ou le destin tragique de Cynthia Ann Parker retracé dans un slow western du dessinateur nantais Vincent Sorel accompagné au scénario de Séverine Vidal

Publié le
Écrit par Eric Guillaud .

Vincent Sorel n'est pas un inconditionnel du western, il aurait même quelques retenues à l'égard du genre. Mais le jeune dessinateur nantais accompagné de Séverine Vidal au scénario nous livre avec Naduah un magnifique récit au coeur de la conquête de l'Ouest, le portrait d'une femme forte et déterminée au destin balloté entre deux mondes...

Encore un western diront certains. Mais non ! Ou du moins pas comme on pourrait l'imaginer. Naduah se déroule effectivement pendant la conquête de l'Ouest mais ne raconte pas une histoire de cowboys, de poursuite infernale ou de duel au soleil. Naduah est avant tout l'histoire d'une femme, Cynthia Ann Parker pour les colons blancs, Naduah pour les autochtones comanches, une femme au destin incroyable confrontée toute sa vie à la violence des hommes..

Cynthia Ann Parker n'a que 9 ans lorsqu'elle est enlevée et sa famille massacrée par les Comanches. Renommée Naduah, elle mène la vie normale d'une indienne, épouse Peta Nocona, a trois enfants quand en 1860, 24 ans plus tard, elle est à nouveau capturée, cette fois par une troupe de Texas rangers, et ramenée de force dans le monde des blancs, laissant derrière elle son foyer, son homme, ses enfants. Tout le reste de sa vie, Naduah n'aura qu'une obsession, fuir la communauté des colons pour retrouver les siens, les Comanches...

C'est cette histoire vraie, avec bien sûr quelques éléments de fiction pour lier le tout, que raconte l'album de Séverine Vidal et Vincent Sorel. Une histoire vraie, un destin extraordinaire, celui d'une femme au caractère entier, une femme puissante plongée dans un monde d'hommes brutaux qui décident pour elle, l'arrachent pas deux fois à sa vie, à sa mère tout d'abord, à ses enfants plus tard.

"Naduah est une victime...", explique Séverine Vidal dans une interview retranscrite dans les dernières pages de l'album, "et dans ce récit, je prends parti pour elle. Elle a souffert toute sa vie de la violence des hommes, dans un XIXe siècle éminemment patriarcal, peu préoccupé (c'est un euphémisme!) par les droits des femmes, ni du côté des colons blancs, ni du côté des autochtones comanches".

Féministe, le récit l'est forcément. Ce qui n'est pas pour déplaire au dessinateur Vincent Sorel qui reconnaît son faible enthousiasme pour les histoires de cow-boys : "le western n'est pas forcément mon genre de prédilection, mais le scénario très bien écrit et très touchant, le fait qu'il se penche plutôt sur les indiens que sur les cowboys, m'a intéressé"

"Je précise quand même que si je n'aime pas plus que ça le genre, il y a des westerns qui me plaisent (...) en BD je parlerais de la série Gus de Christophe Blain, de L'Odeur des garçons affamés de Loo Hui Phang et Frédérik Peeters, du travail d'Hugues Micol…" Et de Lucky Luke, une de ses séries BD préférées parmi les grands classiques des années 50/60.

"J'ai un rapport un peu paradoxal au genre qui s'explique tout simplement parce que c'est un genre qui n'intéressait pas mes parents, que j'en ai jamais regardé dans mon enfance et que ça ne m'a pas construit".

Plus qu'un western, Naduah est un slow western.

"L'idée, c'est de ne pas être dans une forme de cavalcade mais de se concentrer sur les personnages plus que sur le côté aventure".

"On sait peu de chose du personnage, de ses années chez les Comanches, on sait par contre que lorsqu'elle est revenue chez les blancs, elle a passé tout le reste de sa vie à essayer de s'enfuir... Le fait qu'elle ait passé une grande partie de sa vie à se battre et refuser le destin qu'on voulait lui imposer dessine le portrait d'une femme plutôt forte".

Avec son trait vif au stylo, ses pages denses "pensées comme si elles étaient en noir et blanc", ses couleurs très légères façon aquarelles et ses illustrations pleine page qui viennent régulièrement aérer l'album, Vincent Sorel participe lui aussi à dépoussiérer le genre et à nous offrir un portrait saisissant gorgé d'humanité.

Naduah de Séverine Vidal et Vincent Sorel. Editions Glénat. 22€

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