Coronavirus : un lycéen de Saint-Herblain, près de Nantes, a écrit son journal du (dé)confinement

Paul habite à Saint-Herblain, près du parc de la Chézine. Ce lycéen de terminale a consciencieusement noté, chaque jour du confinement, les informations qui lui arrivaient de l'extérieur par les médias, les réseaux sociaux et quelques réflexions plus personnelles. Extraits.

En 70 pages, Paul a raconté la crise du coronavirus à travers ce que les médias en disaient et ce qu'il vivait pendant le confinement.
En 70 pages, Paul a raconté la crise du coronavirus à travers ce que les médias en disaient et ce qu'il vivait pendant le confinement. © DR
Le confinement a débuté le 17 Mars 2020 pour se terminer près de deux mois plus tard, le 11 mai. Cela nous semble déjà loin. Un jeune Nantais, Paul Telion, 16 ans, a voulu garder un souvenir précis de cette période qui a tout bousculé. Un livre de bord de 70 pages dans lequel il a consigné ce qu'il entendait, lisaitet comprenait à travers les médias. 

Une démarche qu'il explique dans son introduction : "J’ai décidé de faire un journal de bord pendant la durée de cette crise du Coronavirus, pour montrer l’état d’urgence du pays français et une situation inédite sous la Ve République. Moi, adolescent de 16 ans, cette crise va me marquer profondément et je voulais faire un récit au jour le jour."

Paraphrasant la romancière Virginie Grimaldi, il intitule son premier chapitre "Le premier jour du reste de ma vie". Sauf que le roman est léger et que là c'est plutôt l'inquiétude, la stupeur d'un adolescent qui se prend une pandémie et un confinement en pleine face.

Illustré notamment des unes des journaux, le récit montre dans quelles angoisses ceux qui se sont abreuvés d'infos ont pu vivre cette période.
 

"Nous sommes en guerre"

Le "Nous sommes en guerre" lancé par Emmanuel Macron a été la note de départ de cette crise sur laquelle se sont accordés bon nombre de téléspectateurs dont Paul. On constate qu'il a fait une orgie d'informations pendant ce confinement. De quoi se charger en désespoir pour un bout de temps sans doute. Même s'il tente de se rassurer en écrivant "Cette guerre va être dure mais on va la gagner, il y aura un avant et un après Coronavirus."

Au fil des lignes, on retrouve chaque étape, chaque mise en garde, consigne, mais aussi les réactions excessives vécues ici et là comme la peur du manque et les files d'attente pour faire du stock, la saturation du 15 débordé par les appels souvent injustifiés. Et les chiffres des décès qui chaque jour sont annoncés par le ministre de la santé.

On découvre les programmes télé que regarde Paul,  des émissions qui s'arrêtent, diffusent des best-of, d'autres qui sont réalisées au domicile des animateurs. Mais Paul commence à s'ennuyer.

"Il faut occuper notre temps, écrit Paul. Je travaille car je suis encore au lycée et les enseignants nous envoient des cours. Regarder la télé car oui il y a encore quelques émissions le matin mais surtout le soir. On peut aussi sortir dehors, dans un parc à côté pour se dégourdir les jambes. Mais, il faut avoir le sésame. L’attestation. Il y a beaucoup de monde dans les parcs pour faire des footings ou encore juste sortir prendre l’air. Mais, tout cela doit être fait tout seul. L’ambiance est étrange."
 

"Ces soignants ne seront jamais assez remerciés "

Dans cet océan de mauvaises nouvelles, Paul note tout de même des attitudes rassurantes de solidarité et les applaudissements le soir à 20h pour les personnels soignants.

"Les Français se lèvent maintenant tous les soirs à 20h pour soutenir les soignants. Cela devient un rituel pour tous...Ces soignants ne seront jamais assez remerciés et la population en est pleinement reconnaissante."

Mais il y a aussi les décisions autoritaires : "les policiers et gendarmes veulent faire respecter ce confinement. Les drones également surveillent. Les plages de l’Ouest et du Sud ferment pour éviter tout rassemblement.."

Pourtant, il y a, dit-il, des moments heureux : "Etre confiné c’est jouer, reconnaît Paul. Jouer aux jeux de société, aux jeux-vidéos. C’est aussi s’amuser, rigoler, être heureux, malgré les temps durs. On peut faire des choses qu’on n’a pas l’habitude de faire."

L'adolescent s'inquiète de voir les compétitions sportives, les événement culturels s'annuler les uns après les autres. Il remarque aussi la chute des cours de la bourse. "Les bourses sont au plus bas, note-t-il. Le Wall Street n’a jamais connu une aussi grande baisse depuis la crise de 2008. Pareil pour la bourse de Paris ou encore de Francfort. De nombreuses entreprises font faillite en raison de cette épidémie."
 

"On évite de regarder des chaînes d’infos en continu"

Comme beaucoup, il passe d'un sentiment à l'autre, l'inquiétude au regard des chiffres de la pandémie et l'espoir en apprenant qu'un professeur français a peut-être trouvé le remède miracle.

Puis Paul commence à percevoir les dangers d'une surinformation dont il semble lui aussi être victime : "Mais ce qui nous fait le plus peur, ce sont toutes les émissions qui parlent sans cesse du Coronavirus, cela crée un climat d’anxiété dans la population. Chaque jour, les mêmes paroles mais chaque jour les mêmes peurs. C’est pourquoi, on évite de regarder des chaînes d’infos en continu comme BFM TV, déclenchant un affolement des gens. Les réseaux sociaux créent cette même atmosphère. Même si, certains tweets sont très drôles et permettent de rigoler dans des moments difficiles."

Il apprécie cependant certains rituels : "Chaque soir, raconte-t-il, à 19h45, nous sortons dans la rue avec quelques voisins (environ une dizaine) et nous prenons un apéro. Ca fait chaud au coeur car cela nous redonne le moral. Enfermés pendant toute la journée de 8h à 23h, voir quelques amis nous fait du bien. On sort sur le pas de notre porte et nous trinquons pour notre santé. On a besoin de moments comme ça. Puis, un élan de générosité s’est crée dans tout le quartier."
 

Un journal très policé

On est pourtant un peu surpris du ton très policé de ce journal de bord, très respectueux des institutions. On s'attendrait à plus de révolte de la part d'un adolescent de 16 ans. Elle pointe à peine au détour de certaines anecdotes : "hier, en faisant une petite balade en vélo, j’ai été arrêté par la police municipale dans ma rue. Ca faisait drôle. Heureusement, pas d’amende mais ils m’ont demandé de rentrer chez moi. Pourtant, j’avais mon attestation."

Les polémiques n'ont pourtant pas manqué pendant toute cette période. Il y avait de quoi s'indigner, la pénurie de masques, le manque de moyens dans les hôpitaux, les restrictions de libertés... Mais Paul n'en fait pas vraiment état. 

On aurait aimé aussi plus de références à la vie à Nantes. On parle de Paris, de New-York, de Venise, mais peu de Nantes. Pas ou peu de mots sur l'ambiance à la maison, les réactions dans la famille... Dommage. Ce témoignage qui est une bonne chronologie des faits aurait gagné à être moins international, plus personnel.

Interrogé à ce sujet, Paul explique qu'il ne voulait pas trop donner son avis. "Je voulais que ce soit neutre, nous a-t-il dit. Que plus tard, dans dix ans, je le relise pour me souvenir mais mon avis aura peut-être changé."

Mais continuons de le lire.

Paul veut voir les points positifs "On respire mieux, remarque-t-il. Les voitures restent au garage et on entend les oiseaux chanter. En seulement quelques jours depuis le confinement, la nature revient à sa place." Mais Paul ne se fait pas d'illusions sur l'après...

Le jeune Herblinois s'intéresse aussi à ces stars qui s'engagent contre la pandémie : "Le basketteur Rudy Gobert a versé 500 000 dollars pour aider le système de santé français et l’APHP (Hôpitaux de Paris)."
 

Paul peut enfin revoir sa grand-mère à l'EHPAD

Arrive le déconfinement. Comme tout le monde, Paul va chez le coiffeur, apprend à utiliser le gel hydroalcoolique à l'entrée des magasins et à porter le masque dans les lieux clos. Il s'enthousiasme de la reprise du football, d'une balade en bord de mer et apprécie de pouvoir rendre visite à sa grand-mère en EHPAD même si la visite souffre d'un protocole sanitaire imposé.

"D’abord, nous pouvons les voir via une vitre, c’est à dire que les résidents des maisons de retraite se placent dans un sas entre 2 vitres, à l’entrée de l’EHPAD. Alors que les personnes qui vont rendre visite, sont à l’extérieur. C’est pourquoi, la communication est très compliquée et nous avons du mal à comprendre tous les mots. Nous devons tout déchiffrer. Ce n’est pas comme ça qu’on voulait voir notre grand-mère mais cela s’est fait de cette manière."
 

"Ce n’est pas fini"

Graphiques, captures d'écran et photos d'agences de presse à l'appui, Paul a noté, compilé, archivé au fil des jours ce qu'il retenait des informations qu'il consommait visiblement avec avidité. Son journal de bord est intéressant pour ce qu'il nous fait revivre. Ces épisodes que nous avions déjà oubliés, happés que nous sommes par le quotidien. Peu de jeunes de cet âge ont sans doute autant travaillé sur cette période.

C'est un travail sur lequel il pourra se pencher dans quelques années et y poser ses propres critiques. Pour l'instant, Paul ne l'a partagé qu'avec ses proches. "Je préfèrais que ça reste intime", dit-il.

Séduits par cet étonnant livre de  bord, ses parents lui ont suggéré de nous contacter.  

Et ce n'est que le premier épisode. Ce n’est pas fini, prévient-il à la fin de ce journal. Nous sommes au début. Restons unis et ensemble, tous ensemble, nous gagnerons contre ce virus."
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