Covid 19 : le Xav 19, une piste de traitement prometteuse à Nantes, mais ralentie par les contraintes administratives

Un médicament pour soigner le Covid, et toutes les formes de variants. C'est la promesse de la biotech nantaise Xenothera, dont l'essai clinique pour le Xav 19 se trouve en phase finale. Et qui attend, désespérément, le feu vert de l'Etat pour accélérer la production du traitement.

A Nantes, Xenothera, une biotech, start up spécialisée dans le domaine du médical, travaille sur une formule pour lutter contre le covid 19
A Nantes, Xenothera, une biotech, start up spécialisée dans le domaine du médical, travaille sur une formule pour lutter contre le covid 19 © France 3 Pays de la Loire

35 hôpitaux, 250 patients inclus, et des dizaines déjà, sur les listes d'attente. L'essai clinique sur le Xav 19 figure parmi les pistes de traitement les plus prometteuses pour éviter les formes graves de Covid 19. A base d'anticorps polyclonaux, le traitement a déjà prouvé sur des souris sa capacité à empêcher le virus de pénétrer dans les cellules. Avec l'accélération de l'épidémie, l'étude devrait prochainement atteindre les 400 patients, qui permettront d'évaluer l'efficacité de ce médicament sur les humains.
 

Les données des essais bloquées pendant 60 jours

Pourtant, même si l'essai devait s'achever avant la fin du mois d'avril, il faudrait patienter au moins jusqu'à la fin du mois de juin pour que les chercheurs puissent en consulter les résultats, et commencer à les analyser. 60 jours d'attente après le dernier patient inclus dans une étude, c'est la règle imposée par l'autorité nationale de sécurité du médicament.

"C'est un principe de précaution qui s'applique un peu partout dans le monde. Pourtant, face à cette épidémie, l'Angleterre et la plupart des autres pays publient les résultats de leurs études dans le mois qui suit la clôture des essais", explique Odile Duvaux, médecin et présidente de Xenothera. La chercheuse a déjà demandé la réduction de ces délais, mais les autorités sanitaires tardent à lui répondre.

"On n'a pas été assez vite, assez fort là-dessus"

Un attentisme qui tranche avec les déclarations d'Emmanuel Macron, ce mercredi 24 mars : "On est en train de rattraper. On est un peu un diesel", a déclaré le président de la République dans une interview pour la télévision grecque.

"Nous, on n'a pas été assez vite, assez fort là-dessus", a-t-il dit en parlant du vaccin. "Et donc, on a sans doute moins rêvé aux étoiles que certains autres. (...) On a eu tort de manquer d'ambition, j'allais dire de folie, de dire : 'C'est possible et on y va'. On est trop rationnels peut-être".

 

La biotech attend toujours l'acompte

Pourtant, la biotech nantaise attend toujours l'accompte qui permettrait de lancer la production du Xav 19 en grande quantité. Lors de son déplacement à Nantes le 11 février dernier, Emmanuel Macron avait annoncé la volonté de l'Etat de réserver 30 000 doses de traitement. Engagement confirmé par la suite quand le Premier ministre, Jean Castex, est à son tour venu dans la cité des Ducs.

Mais depuis, le laboratoire n'a eu aucune réponse à ses demandes de financement pour engager une précommande. "Nous sommes une trop petite société pour pouvoir engager les sommes qui permettraient de mettre en route une production massive", regrette Odile Duvaux. "Nous ne ferons pas de bénéfices sur ce traitement, si les essais cliniques s'avéraient décevant, nous rembourserions les sommes qui n'auraient pas été utilisées.
 

170 millions d'euros pour un traitement acheté à l'étranger

Pour avancer dans la production du traitement, Xenothera aurait besoin de 5 millions d'euros. Une somme que la présidente met en regard avec les 170 millions d'euros dépensés par la France pour acquérir des doses d'un anticorps monoclonal, "inefficace sur les variants africains et sud-africains. Et après, on nous parle d'indépendance sanitaire?" s'indigne Odile Duvaux. Xenothera réserve ses doses à l'Etat français, mais plusieurs pays ont déjà approché la biotech nantaise pour acheter les premières doses de Xav 19.

Contacté à ce sujet, le ministère de la Santé ne nous a, pour l'heure, pas encore répondu.

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