Déconfinement : les cinémas, théâtres et musées sous le choc après un nouveau report d'ouverture de trois semaines

Ce sera finalement le 7 janvier que les établissements culturels recevant du public pourront rouvrir leurs portes. Un nouveau bouleversement qui passe mal auprès des acteurs du secteur qui pointent les incohérences de la décision. Exemples dans un cinéma et un théâtre nantais.

Les salles de spectacle vides et sans spectateurs pour encore plusieurs semaines.
Les salles de spectacle vides et sans spectateurs pour encore plusieurs semaines. © Darek SZUSTER / MAXPPP

"C'est rageant", assène Caroline Grimault, la directrice du cinéma le Katorza à Nantes.

Ce temple de la cinéphilie situé en plein centre-ville accueille ses spectateurs dans six salles et fête cette année son centenaire.

L'annonce de Jean Castex laisse plus que perplexe la directice du cinéma art et essai.

"Toute la profession, y compris les multiplexes qui vont être plus dans une logique de rentabilité, a toujours accepté de s'adapter aux contraintes sanitaires", rappelle Caroline Grimault, qui poursuit sans mâcher ses mots: "Et on vous dit, la magie de Noël c'est juste d'aller au centre commercial et à la rigueur à la messe. Emmener ses enfants au spectacle, au cinéma, au musée qui sont des moyens de pratiquer autrement, ça on n'a pas le droit".

 

Des efforts anéantis

L'équipe du Katorza se préparait à rouvrir se sportes avec une séance anticipée dès 11h le mardi 15 décembre.

Les mesures sanitaires incluent bien sûr le port du masque pendant toute la séance et  la mise à disposition de gel hydro-alcoolique mais aussi de laisser un siège libre entre chaque spectateur et groupe de spectateurs.

Ainsi que le nettoyage de la salle entre chaque séance avec aération du lieu pendant vingt minutes.

Ceci couplé avec l'obligation de terminer les séances avant 21h.

"Tout cela rend impossble plus de 3 séances dans l'après-midi" détaille la directrice du Katorza.

"En plus", rajoute Caroline Grimault, "comme celà a été dit lors de l'intervention de Jean Castex, ce ne sont pas des lieux de transmission."

"Pourquoi donc ne pas ouvrir ces lieux ? Pour qu'il y ait moins de monde dans les rues ? Mais les gens sont déjà partout dans les rues pour faire leurs courses" constate-t-elle.

Outre les séances scolaires qui étaient programmées à partir du 15 décembre il y a bien sûr les films dont la sortie était programmée spécialement pour cette période de vacances de Noël et qui seront invisibles.

"Il y avait par exemple ce magnifique dessin animé "Le Peuple Loup" qui devait sortir le 16 décembre", constate l'exploitante, "Comment ils vont faire? Tous ces types de films vont sortir en même temps au mois de février (NDLR: pendant les vacances scolaires)"

 

Des festivals annulés

Se pose aussi la question des festivals qu'organise régulièrement le Katorza, deux ont déjà été annulés depuis la rentrée (NDLR: le festival des Trois Continents s'est tenu en ligne, le festival du cinéma allemand a été reporté)

Même si le prochain, le festival Univerciné britannique, doit se tenir du 12 au 18 janvier, donc quelques jours après la date actuelle de réouverture annoncée des salles de cinéma (NDLR: le 7 janvier), l'incertitude reigne.

"On est ouvert dans des conditions compliquées depuis le mois de juin" rappelle Caroline Grimault, "on aura été fermé presque 5 mois et demi dans l'année"

Pour moi la question est avant tout symbolique, elle n'est pas économique

Caroline Grimault - directrice du Katorza

L'équipe du Katorza a décidé de garder le moral en maintenant une vente-dédicace du livre "La Folle Histoire du Katorza" qui retrace 100 ans d'histoire du cinéma en présence des auteurs le samedi 12 décembre entre 14h et 17h .

 

La grande désillusion au Grand T

"On est abattu", lâche Catherine Blondeau, la directrice du Grand T à Nantes.

Le Grand T devait rouvrir ses portes le mercredi 16 décembre avec un spectacle intitulé  "Le Nécessaire Déséquilibre des choses" par la compagnie "Les Anges au Plafond".

Initialement, ce spectacle devait être créé en novembre à la Maison de la Culture de Bourges.

Les dates de représentation nantaise ont elles mêmes été ont été changées : initialement prévues du 14 au 18, "Le Nécessaire Déséquilibre des choses" devait se jouer  du 16 au 19 décembre.

"Ça fait quize jours qu'on travaille pour pouvoir ouvrir à cette date, et on ne rouvre pas un théâtre comme ça sur un claquement de doigts" explique la directrice du Grand T.

"On a contacté chaque spectateur pour voir s'ils pouvaient reporter leur venue, et tous on joué le jeu" , remarque Catherine Blondeau.

On sent qu'il y a un désir des gens de revenir au théâtre

Catherine Blondeau - directrice du Grand T

Il y a aussi de l'incompréhension dans l'annonce de la nouvelle qui touche le secteur culturel, alors que d'autres secteurs voient leur activité maintenue.

"C'est un peu difficile à comprendre de voir tous les commerces ouverts et occupés par des foules", confie la directrice du Grand T, "et nous fermés, alors que nous sommes capables de canaliser les flux, d'imposer le port du masque pendant toute la représentation, d'espacer les personnes ou les groupes de personnes".

En 2021 le Grand T devait reprendre sa saison le 6 janvier avec Mathurin Bolze un des plus grands artistes français de cirque contemporain.

"Les 5 représentations sont déjà archi-pleines car le public s'est précipité" détaille Catherine Blondeau, "on sait déjà qu'on ne pourra pas faire la première et on ne sait pas encore comment on va faire pour les autres représentations".

 

Une tournée remise en cause

Une situation difficile à vivre aussi pour les membres de la compagnie "Les Anges au Plafond".

Marionnettistes, acteurs, musiciens et techniciens peaufinaient jusqu'à leur spectacle sur le plateau du Grand T lors d'une résidence de création.

Le report de l'ouverture a des conséquences sérieuses sur le reste de la tournée.

Du 14 au 17 janvier la pièce devait se jouer au Théâtre 71, la Scène Nationale de malakoff, en région parisienne.

Rien n'est moins sûr, même si la réouverture des théâtres est fixée au 7 janvier, comme l'explique Brice Berthoud, le metteur en scène de la pièce et co-directeur de la compagnie "Les Anges au Plafond".

"Très concrètement c'est ce qu'on appelle le mode tragique en théâtre, c'est à dire dans la tragédie tout est su d'avance", glisse, grinçant, Brice Berthoud.

"On attend faussement le dénouement mais c'est un report impossible" selon le metteur en scène, le problème c'est que on ne sait pas si ça va reprendre vraiment le 7 janvier. Tous les lieux vont décaler leurs programmations, mais nous on ne peut pas décaler nos tournées, c'est impossible" lâche-t-il.

La décision du gouvernement a du mal à passer pour cet homme de théâtre qui ressent "une colère qui dure".

"C'est de plus en plus incompréhensible assure Brice Berthoud, c'est une forme de censure aggravée. On nous dit les lieux de culte n'ont pas plus, mais nous on ne peut pas avor moins puisqu'on avait rien".

Il y a dans la culture une liberté du culte qui est propre à chacun; se raconter des histoires c'est quelque chose d'extrêmement important"

- Brice Berthoud

En accord avec le Grand T, les comédiens vont tout de même jouer une première sans public de la pièce "Le Nécessaire Déséquilibre des choses" le mercredi 16 décembre, "histoire de montrer qu'on est quand même essentiel" glisse Brice Berthoud.

 

Des musées dans l'attente

Côté musées, certaines villes comme Angers avaient déjà annoncé leur réouverture seulement la semaine suivant le 15 décembre.

Il faut aussi compter avec le fait que cette journée théorique de réouverture, tombait  un mardi, jour traditionnel de fermeture des musées.

A Nantes, seuls le Musée d'Histoire situé dans le Chateau des Ducs de Bretagne et l'exposition temporaire du Lieu Unique devaient rouvrir le 15 décembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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