DÉCOUVERTE. Le rock aiguisé de Lame

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Écrit par Eric Guillaud

Il est parfois nécessaire de prendre un peu de hauteur. C'est chose faite pour Lame. Après quatre années de concerts sur les scènes rock d'ici et d'ailleurs, le quatuor sort son premier EP, Pleasantly Disappointed, quatre titres qui jouent les paradoxes, aussi lumineux que ténébreux, aussi énergiques que mélodiques. Interview...

Le nom du groupe, le titre de l'EP, la pochette... rien n'a été choisi au hasard. Lame aime jouer sur - et avec - les mots, ça se sent, mieux encore ça s'entend.

En quatre petites années, et malgré la pandémie, le groupe nantais s'est taillé un style, une identité, dans l'esprit rock des années 2000, celui des Strokes ou d'Arctic Monkeys pour ne citer qu'eux. Avec un supplément d'âme, une touche personnelle tant dans la musique que dans les paroles lumineusement sombres et simplement complexes. À moins que ce ne soit l'inverse !

Pleasantly Disappointed, agréablement déçu dans la langue de Molière, vient de sortir, quatre titres à découvrir sur les plateformes habituelles ou sur CD. En attendant, Etienne Sauvage à la composition, au chant et à la guitare, Bertrand Gavroy à la basse, Nicolas Wendling à la batterie et David Pecheloche à la guitare lead nous offrent ce Summer sun, un soleil d'été en plein hiver. Tout le charme de Lame...

En quelques mots, Lame c'est qui, c'est quoi ?        

Étienne. Juste 4 types qui font de la musique ensemble avec de vrais instruments. Ça ressemble à de l’indie rock mélodique, teinté de brit pop. Tout ça avec une légère odeur de transpiration. 

En anglais, Lame signifie boiteux. Pourquoi avoir choisi ce nom ?  

Étienne. Déjà, on aime l’ambiguïté du mot. Quand on le voit écrit, les gens ne savent jamais s’il faut le prononcer à l’anglaise ou à la française… C’est un mot qui existe dans les 2 langues avec des significations différentes. On cherchait surtout un mot simple en une syllabe, facile à prononcer, facile à retenir. Boiteux, ça fait référence au rythme très personnel donné au chant et au fait qu’on aime utiliser des mesures tronquées et des cycles impaires, ce qui donne un aspect boiteux à la rythmique des morceaux. Lame signifie aussi de manière imagée « nul » ou « foireux »… Et comme on fait un style de musique qui n’est pas dans la hype actuellement, on s’est dit que ça nous allait bien !           

Pleasantly Disappointed est votre tout premier EP. Il est sorti le 21 janvier. Comment vivez-vous ce moment ?

Étienne. On doit bien avouer qu’on est très agréablement surpris par l’accueil reçu par le disque ! Pour un premier EP autoproduit, avec un budget hyper serré, on ne s’attendait pas à un tel écho ! Mais c’est vrai que notre ami Sébastien Condolo, qui a enregistré et mixé les morceaux, a fait un super taf ! Du coup on a hâte de pouvoir retourner en studio pour enregistrer la suite !

Pleasantly Disappointed, agréablement déçu en français, tout est dans le titre ? Un rock lumineusement sombre... ou peut-être bien le contraire...

Étienne. À la base, c’est un lapsus de Bertrand, le bassiste du groupe, un jour où on le vannait sur son pessimisme légendaire ! La phrase est restée, comme un gimmick entre nous ! Et ça s’est imposé quand on cherchait un titre à cet EP. Ça résume bien la tension qui habite notre musique, entre un aspect pop accrocheur et lumineux, et des thématiques plutôt sombres. En fait, on aime bien mettre les gens sur des fausses pistes. On te met un riff qui te fait croire à une pop song toute simple, et la mesure d’après on part sur autre chose… Mais la vie est comme ça : 

c’est au moment où tu penses que tu as tout compris que d’un coup tu t’aperçois que les choses sont en fait plus complexes, plus ambigües, et que la pureté n’existe que dans l’esprit des imbéciles…

Quatre morceaux qui font immédiatement penser au rock anglais du début des années 2000, de Strokes à Arctic Monkeys avec une pointe de Happy Mondays. C'est ça Lame ? Mais encore ? Quelles sont vos influences et qu'est-ce qui vous inspire généralement ?

Étienne. Oui c’est ça, en partie. Cette influence british se matérialise à travers notre goût pour les mélodies et les harmonies. On écrit avant tout des chansons. C’est à dire des morceaux qui se structurent autour de la mélodie lead du chant, c’est elle qui pose l’histoire à raconter. Et autour on construit les arrangements comme la mise en scène de cette chanson, de cette histoire. Mais on est également influencé par la scène indie américaine : Velvet, Television, Pixies, Interpol… Avec cet aspect plus sombre, qui joue aussi avec les dissonances…

Après on n’essaie surtout pas de faire « à la manière de ». Je compose les chansons et les paroles qui viennent « comme ça », comme une évidence. C’est ma façon d’interagir avec le monde. C’est ce que le monde, la vie, les gens, provoquent comme réaction chez moi. Et puis le groupe choisit collectivement quelles chansons travailler. À partir de là, on se met tous, collectivement, au service de la chanson, on essaie ensemble de créer l’arrangement qui nous semble exprimer le mieux la chanson. 

Summer Sun est votre premier single. Que raconte-t-il ? Que racontent vos textes en général ?

Étienne. Je présente en général la chanson comme un art oral. On parle alors plus de « paroles » que de « textes ». Car on ne lit pas une chanson mais on l’écoute, et les mots sont portés par des notes, soutenus par des harmonies etc. Et la difficulté qu’on a parfois à distinguer nettement les mots chantés, mêlés à la musique, ça fait partie des charmes et des mystères de la communication orale ! D'ailleurs, il a fallu que les autres insistent pour que j'accepte de diffuser les paroles par écrit !... 

Niveau paroles, on retrouve la notion « d’obscurité » opposée à la lumière, de tout à l’heure. À la fois car les thématiques sont souvent sombres : dépression, dépersonnalisation, inadéquation avec le monde, les autres etc. Mais aussi parce que la manière dont sont écrites les paroles ne fonctionne pas comme un discours ou une narration. Il s’agit plutôt d’utiliser les mots comme une matière à part entière. Jouer sur les sonorités, la polysémie des mots, l’ambiguïté, les associations d’idées… Il ne s’agit jamais d’aborder un sujet comme le ferait un journaliste ou de décrire une scène, ou raconter une histoire, comme un chanteur réaliste par exemple (Brassens, Brel, Renaud…), mais plus d’évoquer des sensations qui se mêlent à des images, des bribes de phrases…

Summer Sun est une chanson qui tourne autour de la difficulté à habiter le monde, à se faire une place au milieu des autres, à s’accepter et à accepter l’autre.

Un mot sur votre pochette signée Lohengrin Papadato...

Étienne. Superbe ! On est super heureux d’avoir collaboré avec lui ! On a même décliné son visuel en affiches disponibles sur notre site internet et en concerts. Elle illustre parfaitement notre univers. On a beaucoup échangé avec lui pour la réalisation de cette pochette, et il a su parfaitement tout retranscrire en un dessin ! Et en retour son dessin a influé sur notre morceau Summer Sun, dont on a modifié l’intro pour en faire une version « sonore » du visuel. De manière à ce qu’il y ait une continuité entre la pochette du disque et les premières notes qu’on peut entendre. 

Question concerts, vous en êtes où ? Je crois que vous fêterez la sortie de l'EP au Ferrailleur le 3 mars prochain. Impatients ?

Étienne. On a repris le chemin de la scène depuis janvier ! Et oui on fêtera la sortie de l’EP le 3 mars en LIVE au Ferrailleur avec notre ami Ryoddson et son indie folk superbe ! Ça va être top ! On est HYPER impatients !!! 

En attendant, vous irez voir qui, écouter quoi ? 

Étienne. Malheureusement, depuis le début d’année les concerts se font rares à cause des restrictions de jauge etc. Sinon, prochainement, on va voir KO KO MO, MNNQS... Et puis tout un tas de groupes au Ferrailleur, au Michelet etc. Il se passe plein de choses sur la scène locale ! Il faut vraiment aller aux concerts dans les bars, les cafés concerts ! C’est des lieux indispensables ! Et puis on y passe de très bons moments !

Que peut-on vous souhaiter ? 

Étienne. De nombreux concerts et albums !!! Ou une lente et douloureuse agonie, si tu nous détestes ! À toi de voir ! 

Merci Étienne, merci Lame. Propos recueillis le 28 janvier 2022

Plus d'infos sur le groupe ici